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LES RAPACES

Les personnes qui visitaient, il y a une vingtaine d’années, la ménagerie du muséum d’histoire naturelle ne manquaient pas de remarquer, dans le vaste enclos affecté aux échassiers et aux palmipèdes, un oiseau dont voici le signalement : Taille d’un mètre vingt centimètres; bec aquilin; œil gris; tour de l’œil jaune et dénué de plumes; nuque ornée d’une huppe de plumes, rejetée en arrière; cou dégagé; ailes moyennes, armées chacune de trois éperons; queue étagée; plumage varié de noir, de blanc, de gris et de brun; tarse très long, revêtu d’écailles jaunes ; doigts au nombre de quatre: trois en avant, un en arrière; ongles noirs, usés par la marche; signe particulier : une jambe de bois habilement adaptée et remplaçant un des tarses, supprimé sans doute par la balle du chasseur. Cet oisead- invalide, qui du reste se servait très prestement de sa jambe postiche, était un serpentaire du Cap, appelé aussi secrétaire à cause des plumes qu’il porte derrière l’oreille comme un bureaucrate, et messager à cause de la rapidité de sa marche. Le serpentaire, dont on voit souvent des spécimens dans les ménageries, établit la transition entre deux ordres d’oiseaux qui sembleraient à un observateur superficiel aussi différents l’un de l’autre que peuvent l’être deux groupes d’animaux appartenant à la même classe : les échassiers et les rapaces. Comme les premiers, il est habitant de la terre, coureur, sauteur alerte, et ne fait guère usage de ses ailes que pour accélérer sa course. Mais il se rattache aux seconds par son bec crochu, par ses jambes emplumées et par la structure de ses organes internes; si bien que les naturalistes modernes l’ont définitivement rangé parmi les oiseaux de proie.

Hâtons-nous d’ajouter que le Créateur semble l’avoir chargé spécialement d’une mission toute bienfaisante : celle de détruire les reptiles, si nombreux dans l’Afrique australe, et particulièrement les serpents venimeux. 11 attaque et combat ces dan-

LE MONDE AERIEN

gcrcux animaux avec un courage et une adresse qui lui assurent presque toujours la victoire, se faisant d’une de ses ailes un véritable bouclier, trompant et lassant par ses évolutions multipliées son ennemi, qui ne tarde pas à succomber sous les coups redoublés de son bec et de ses éperons. Les serpents ne sont pas, du reste, sa seule nourriture : son appétit est fort exigeant, et il dévore aussi d’autres reptiles et même des insectes. Levaillant a trouvé dans l’estomac d’un serpentaire vingt et une petites tortues de trois à cinq centimètres de diamètre, onze lézards de vingt à vingt-cinq centimètres, trois serpents de soixante-dix à soixante-quinze centimètres, une multitude de sauterelles et une pelote volumineuse composée de résidus non assimilables des repas précédents.

Le serpentaire est un oiseau à part. On n’en connaît qu’une espèce, qui forme tà elle seule un genre et même une famille distincte. Tous les autres rapaces ont les tarses courts, les pieds longs, les doigts grêles, déliés, terminés par des ongles recourbés, acérés et rétractiles, qu’on nomme serres, les ailes amples et larges, garnies de pennes solides et mises en mouvement par des muscles extrêmement forts. La base de leur bec, où sont percées les narines, est garnie d’une membrane ordinairement jaune ou rougeâtre, qu’on appelle cire. Leurs yeux sont grands, enfoncés dans leurs orbites et protégés par des arcades sourcilières proéminentes; leur vue est d’une portée extraordinaire. Leurs instincts sont farouches; ils se nourrissent exclusivement de chair; leur appétit est vorace, et lorsqu’ils se trouvent en présence d’un repas copieux, ils se gorgent jusqu’à n’en pouvoir plus; mais en revanche la nature, prévoyant que la proie pourrait souvent leur manquer, les a doués de la faculté de supporter sans en souffrir des jeûnes de plusieurs jours, et même, dit-on, de plusieurs semaines.

Les divisions de l’ordre des rapaces étaient tout indiquées par des différences d’organisation et de mœurs qui n’ont laissé aux ornithologistes que la peine de les constater et de les enregistrer, et d’après lesquelles ces oiseaux ont été partagés en deux sous-ordres : celui des rapaces diurnes, ou accipilrés, et celui des rapaces nocturnes, ou strigidés.

Les accipitrés (du latin accipiter, épervier) sont subdivisés en deux familles : celle des falconidés et celle des vulturidés. Nous dirons de préférence faucons et vautours. Il faut cependant remarquer que dans la famille des falconidés on a fait entrer non seulement les faucons proprement dits et tous les rapaces de petite taille qui jouaient autrefois un rôle dans la fauconnerie : gerfauts, émérillons, autours, éperviers, cresserelles , etc., mais encore les grands oiseaux de proie communément désignés sous le nom déaigles. Les zoologistes auraient-ils prétendu donner à ces derniers une leçon d’humilité, en prenant leurs plus faibles confrères le faucon et l’épervier pour types, l’un de la sous -classe entière des rapaces diurnes, l’autre de la grande famille dans laquelle eux, les aigles, les tyrans de l’air, ne forment qu’un simple genre perdu au milieu de la foule?

Déjà les maîtres ès fauconnerie, divisant les oiseaux chasseurs en deux classes,

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