‹ L'air et le monde aérienChapitre 202 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

les nobles et les ignobles, n’avaient pas craint de reléguer l’aigle dans la seconde de ces catégories. Le signe de la noblesse ou de la roture se trouvait dans la forme des doigts, longs et déliés chez les oiseaux nobles, plus courts et plus massifs chez les ignobles. Mais cette différence extérieure correspond, il faut le reconnaître, à une différence de mœurs et de goûts qui n’avait point échappé aux anciens veneurs. En effet, tandis que les nobles ne dévorent que des proies vivantes, et passent sans s’arrêter auprès d’un gibier mort, les ignobles, pour peu que la faim les presse, ne dédaignent point les cadavres, et même la chair déjà corrompue. On distinguait d’autre part les faucons en oiseaux de haut vol, ou rameurs, et oiseaux de bas vol, ou voiliers. D’après Huber (de Genève), les rameurs sont les falconiens acutipennes , c’est-à-dire à aile aiguës, et les voiliers sont les falconiens obtusipennes.

La fauconnerie, ou chasse à l’oiseau, était autrefois, on lésait, le passe-temps favori des rois, des seigneurs et des grandes dames. C’est un art compliqué, dispendieux, et de plus passablement barbare. Il est aujourd’hui généralement abandonné et presque entièrement oublié dans la plupart des pays civilisés. On le pratique cependant encore, dit-on, dans quelques parties de l’Europe : en Angleterre, en Écosse, en Allemagne, en Suède et en Norwège. « Il y a en Belgique, près de Namur, dit Le Maout, un village nommé Falken-Hauzer, dont les habitants ont pour unique industrie l’éducation du faucon. Us vont chercher ces oiseaux dans le Hanovre, reviennent les dresser dans leur village, et les vendent ensuite dans le nord de l’Europe, à l’aide de correspondances qu’ils entretiennent avec soin. Lorsqu’ils ont placé un faucon dressé, ils restent chez l’acheteur jusqu’à ce que le faucon soit habitué à obéir à la voix de son nouveau maître. »

C’est surtout parmi les princes et les hauts personnages de la Perse, de l’Hindoustan et de l’Afrique septentrionale que la fauconnerie était naguère en honneur. Les Persans, en particulier, avaient porté l’éducation des faucons à un très haut degré de perfection. Ils en dressaient à chasser toute espèce de gibier; toutefois le vol de la gazelle était peut-être celui qu’ils préféraient à tous les autres. « Ils y dressent leurs oiseaux d’une façon très ingénieuse, dit le voyageur Thévenot. Ils ont des gazelles empaillées, sur le nez desquelles ils donnent toujours à manger à ces faucons, et jamais ailleurs. Après qu’ils les ont ainsi élevés, ils les mènent à la campagne, et lorsqu’ils ont découvert une gazelle, ils lâchent deux de ces oiseaux, dont l’un va fondre sur le nez de la gazelle et s’y cramponne avec ses griffes. La gazelle s’arrête, et se secoue pour s’en délivrer; l’oiseau bat des ailes pour se retenir accroché, ce qui empêche encore la gazelle de bien courir, et même de voir devant elle. Enfin lorsque, avec bien de la peine, elle s’en est défaite, l’autre faucon, qui est en l’air, prend la place de celui qui est à bas, lequel se relève pour succéder à son compagnon lorsqu’il sera tombé; et de cette sorte ils retardent tellement la course de la gazelle, que les chiens ont le temps de l’attraper. Il y a

d autant plus de plaisir à ces chasses, que le pays est plat et découvert, y ayant fort peu de bois. »

Il ne peut entrer dans notre plan de nous arrêter à l’étude des procédés en

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usage pour dresser les faucons aux différents genres de volerie. J’engage ceux de mes lecteurs qui désireraient s’initier aux secrets de cet art à lire le livre très curieux que MM. Chenu, Verreaux et des Murs ont ajouté à leurs Leçons sur l’histoire naturelle des oiseaux, et qui traite spécialement de la fauconnerie ancienne et moderne. Je me bornerai à indiquer ici quelques-uns des oiseaux nobles les plus

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