‹ L'air et le monde aérienChapitre 203 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

recherchés des veneurs d’autrefois. Au premier rang se placent, comme les plus beaux, les plus forts, les plus braves et les plus dociles à la fois, les faucons proprement dits : le faucon blanc, le faucon d’Islande, le faucon-gerfaut, le fauconsacre, le pèlerin ou faucon commun, X autour et Xépervier. « De tous les oiseaux de proie, dit Sinnini, le gerfaut (et sous ce nom Sinnini comprenait, outre le gerfaut proprement dit, le faucon blanc, les faucons d’Islande et de Norwège, et le sacre) est, après l’aigle, le plus fort, le plus vigoureux et le plus hardi; il ne craint même pas de se mesurer avec le tyran des airs, et, dans un engagement en apparence inégal, il prouve par ses victoires ce que peut la valeur contre les avantages de la taille et des armes. A ces qualités nécessaires à un être que la nature a destiné aux combats et au carnage, cet oiseau joint la promptitude des mouvements, la célérité dans l’exécution et l’activité qui enchaîne le succès. Aussi l’art de la fauconnerie s’est-il emparé de cette espèce puissante. Le gerfaut tient le premier rang parmi les oiseaux de haute volerie. Il est bon à toutes les sortes de chasses, il n’en refuse aucune. Il a bientôt fatigué et pris les grands oiseaux d’eau, tels que le héron, la gi'ue, la cigogne. Il est aussi très propre au vol du milan; et si on l’emploie à des expéditions moins brillantes et plus productives pour la table, il réussit mieux qu’aucun autre, etc. »

On voit, d’après ce passage emprunté à la monographie de MM. Chenu, Verreaux et des Murs, que le milan, oiseau de proie bien caractérisé pourtant, loin d’être employé à la chasse, était, au contraire, on de ceux qu’on faisait chasser. Le vol du milan était, disait-on, plaisir de roi. On y employait non seulement les grands faucons, mais l’épervier, qui est cependant beaucoup plus petit que lui, et qui en venait à bout sans peine.

L’autour est de la même taille que les grands faucons ( cinquante à cinquantecinq centimètres). Ses tarses et ses serres sont robustes. Son plumage est bleu cendré sur la tête, la nuque et les ailes, blanc avec des raies transversales, brun foncé sur la gorge et sur le ventre. Il est commun en Russie, en Allemagne et en Suisse. C’est un oiseau de basse volerie. On l’emploie avec succès au vol du faisan et des grands échassiers. En liberté, il chasse, outre les oiseaux, les lièvres, les lapins, et au besoin les taupes et les mulots.

Il ne faut pas confondre l’autour avec X aigle -autour , dont on connaît trois espèces, l’une propre à l’Amérique, les deux autres à l’Afrique. Ces oiseaux, bien que peu supérieurs aux faucons par la taille, se rapprochent cependant davantage, par leur plumage, par leur conformation et leurs habitudes, des aigles proprement dits. MM. Chenu, des Murs et Yerreaux les rangent dans le genre spizaète (du grec épervier, et àerdç, aigle), avec le griffard, le jean-le-

blanc, X urubitinga et la harpie. « Les spizaètes, disent ces naturalistes, peuvent rivaliser avec les aigles, car ils sont les tyrans de tous les petits quadrupèdes et de tous les oiseaux; ce sont de vrais despotes, qui abusent de leurs serres, de leur bec et de leur agilité pour faire la guerre à tout ce qui les environne et

immoler tout ce qui les approche. » Le plus redoutable de tous est celui qu’on a désigné sous les noms significatifs de harpie et d 'aigle destracteur. Sa physionomie a quelque chose de vraiment sinistre. Ses yeux flamboyants, profondément enfoncés dans les arcades sourcilières, ont une expression de férocité terrible, à laquelle ajoute encore la crête de plumes dont sa tète est surmontée, et qui se

Épervier commun.

Faucon d’Islande.

Milan noir.

hérisse lorsqu’il est animé par la colère ou par l’aspect d’une proie. 11 est remarquable toutefois que la harpie n’attaque pas les oiseaux; c’est aux paresseux, aux agoutis, aux sarigues et surtout aux singes qu’elle fait une guerre acharnée. On assure même qu’elle ne craint pas de s’attaquer à l’homme et aux animaux carnassiers les mieux armés. Elle habite les forêts humides des contrées les plus chaudes de l’Amérique [méridionale. Les Indiens professent pour cet oiseau une sorte de culte, qui ne les empêche cependant pas de le tuer pour s’emparer de ses dépouilles, auxquelles ils attachent un grand prix; mais ils préfèrent de beaucoup le prendre vivant et le réduire en captivité. Lorsqu’ils y réussissent, ils le conservent et le nourrissent avec grand soin. Deux fois par an ils lui arrachent les plumes des ailes pour empenner leurs flèches, et le duvet du cou pour s’en

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