TROISIEME PARTIE
parer dans les grandes circonstances. Ils parviennent à le dompter, à l’apprivoiser et à le rendre très docile. « C’est en quelque sorte pour eux un trésor, dit d’Orbigny, et s’ils changent de campement, les femmes sont chargées, l’une après l’autre, de porter l’oiseau. »
Près des spizaètes, ou aigles -épervi ers, se placent les circaètes, ou aigles-
Thrasaôte - harpie.
buses, dont l’espèce la plus curieuse est le circaète-bateleur, ou aigle- bateleur de l’Afrique tropicale. Cet oiseau a le plumage d’un bleu noir mat teinté de roux, avec les tectrices grises, et la queue, qui est très courte, d’un roux vif. Le bec est noir; le tour de l’œil et la cire sont rouge orangé, ainsi que les tarses. L’aigle- bateleur est commun dans la Cafrerie. Lorsqu’on le voit voler, on le prendrait pour un aigle ordinaire, de petite taille, qui aurait, comme le renard de la Fontaine, « perdu sa queue à la bataille. » Il plane en tournant et en poussant des cris rauques. « Souvent, dit Levaillant, qui a le premier observé et décrit cet oiseau, il suspend tout à coup son vol et descend à une certaine distance, en battant l’air de ses ailes, de manière qu’on croirait qu’il s’en est cassé une, et qu’il va tomber jusqu’à terre; sa femePe ne manque jamais alors de
répéter le même jeu. On peut entendre ces coups d’ailes à une très grande distance... J’ai tiré le nom de cet oiseau de sa manière de se jouer dans les airs : on croirait voir, en effet, un bateleur qui fait des tours de force pour amuser les spectateurs. »
Je dirai peu de chose des grands aigles : aigle, impérial, aigle royal , pygargae, dont l’histoire occupe, dans tous les ouvrages d’ornithologie, une si grande place. Bufifon, qui, comme nous l’avons vu, applique à ces oiseaux l’épithète
Circaète-bateleur.
méritée de tyrans lorsque cette antithèse lui paraît propre à faire ressortir les vertus pacifiques qu’il attribue au cygne, ne laisse pas de proclamer ailleurs la royauté de l’aigle, qu’il compare au lion, et auquel il prête, ainsi qu’au prétendu roi des quadrupèdes, des qualités admirables : le courage, la grandeur d’âme, et jusqu’à la tempérance! ...
Le fait est que l’aigle est un animal féroce, d’une voracité extrême, ayant, il est vrai, une grande prédilection pour le sang chaud et la chair palpitante, mais s’accommodant fort bien de viande faisandée et d’aliments impurs. Quant au courage dont on lui fait honneur, les écrivains qui Font vanté le plus n’en ont jamais pu citer que des exemples d’une authenticité contestable. La supériorité de son vol, de sa force et de ses armes assure à l’aigle une victoire facile sur tous les animaux faibles et désarmés dont il fait sa proie. C’est seulement lorsqu’il est pressé par la famine ou forcé de défendre sa vie ou celle de ses petits, qu’il se décide à faire tête à des ennemis capables de lutter avec lui; et en cela il ne se montre pas plus brave que beaucoup d’autres animaux qui ne sont pas comme lui