‹ L'air et le monde aérienChapitre 205 sur 210 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

spécialement organisés pour la rapine et le carnage... Ai -je besoin d’ajouter qu’il n’a nullement, comme l’a dit Aristote, la faculté de regarder fixement le soleil : faculté dont l’objet, du reste, ne se concevrait pas? Ce qui est plus exact, et beaucoup plus avantageux pour l’aigle, c’est que, des hauteurs prodigieuses où s’élève son vol, il voit et vise avec une précision surprenante un lièvre ou tout autre petit animal blotti dans l’herbe. Mais sous ce rapport, comme sous le rapport

Condor.

de la force musculaire et de la puissance du vol, on doit placer encore au-dessus de lui le vautour géant des Cordilières, le condor.

On s’est plu à faire de l’aigle l’emblème de la valeur guerrière et des nobles instincts, et du vautour le type accompli de la couardise et de la bassesse. Cette opposition est tout imaginaire. L’aigle est un bourreau qui immole très lâchement des êtres inolfensifs; le vautour est un croque-mort qui tout au plus achève les mourants, et, pour l’ordinaire, se contente de dévorer les cadavres. Le vautour a donc au moins le mérite de remplir, comme agent de la grande voirie de la nature, une fonction qui nous inspire sans doute un légitime dégoût, mais dont nous ne pouvons méconnaître l’utilité. Le nom de cathartes , qu’on a donné aux

LE MONDE AERIEN

vautours d’Amérique, signifie nettoyeurs : il exprime très exactement le rôle providentiel de ces mangeurs de charognes. Les vautours attendent que la mort ait fait son œuvre; puis par troupes il s’abattent sur l’animal dont les chairs vont se décomposer, répandre dans l’air l’infection. Ils le font disparaître. Le condor se rapproche davantage de l’aigle ; au besoin , il tue pour manger : toute la différence est qu’il se rassasie sur place, tandis que l’aigle emporte sa victime encore vivante dans son aire, pour l’y égorger et l’y dépecer à son aise.

Catharte.

Les rapaces nocturnes ( strigidés d’Isidore Geoffroy- Saint- Hilaire), que nous appellerons plus simplement chouettes, ne ressemblent aux diurnes que par leurs appétits carnassiers et meurtriers, par la structure de leur appareil digestif et par la disposition de leurs serres, rétractiles comme celles de leurs analogues quadrupèdes, les chats. A leurs habitudes nocturnes ou crépusculaires correspond, du reste, une organisation toute spéciale, qui les distingue nettement de leurs confrères les accipitrés. En effet, premièrement, tandis que ces derniers ont la tête allongée, le crâne déprimé, le sourcil saillant, les yeux dirigés obliquement, la mandibule supérieure soudée au crâne, les chouettes ont, au contraire, la tête arrondie et volumineuse, les yeux dirigés en avant et formant le centre de cercles de plumes disposées en rayons; leur bec est court, presque entièrement caché sous les plumes et réuni au crâne par une cire molle, en sorte que les deux mandibules sont également mobiles, comme chez les perroquets ; leur disque facial, plus ou moins complet, leur donne un air de ressemblance grotesque avec certains visages humains.

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