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L’AÉROSTATION ET L’AÉRONAUTIQUE

Rien ne nous paraît plus simple aujourd’hui que l’ascension d’un aérostat. Les principes élémentaires de la physique nous en fournissent aisément l’explication. Qu’est- ce, en effet, qu’un ballon gonflé de gaz hydrogène ou de gaz d’éclairage? C’est un corps plus léger que le volume d’air qu’il déplace. Comme tous les corps plongés dans un fluide, il est soumis à la fois à l’action de la pesanteur qui tend à le faire tomber, et à la poussée qui le sollicite en sens opposé, c’est-à-dire de bas en haut; celle-ci est la résultante des pressions exercées par l’air environnant sur chaque élément superficiel du ballon, normalement à cet élément. Elle comprend les pressions de haut en bas et celles de bas en haut; cette poussée est égale au poids de l’air déplacé par l’aérostat, et comme, grâce à la faible densité du ballon, la première force est moindre que la seconde, il obéit à cette dernière : au lieu de tomber, il s’élève jusqu’à ce qu’il arrive à une hauteur où, son poids redevenant égal à celui de l’air ambiant, l’équilibre des forces contraires se rétablit, et il demeure suspendu dans l’atmosphère.

Cela est fort élémentaire assurément. Et pourtant, lorsque, — il y a, au moment où j’écris, quatre-vingt-seize ans jour pour jour, — nos pères virent planer dans la région des nuages le premier de ces météores artificiels, rien n’égala leur étonnement et leur admiration.

C’est qu alors la physique et la statique des gaz étaient à peine ébauchées, que l’existence de fluides élastiques autres que « l’air commun » venait seulement d’être reconnue par quelques chimistes, et qu’à force de se traduire par des théories de l’autre monde et par des tentatives insensées, l’idée si séduisante de voguer au sein de l’océan aérien avait fini par tomber au rang des chimères ridicules, avec la pierre philosophale et l’élixir d’immortalité.

Mais il n’est pas d’utopie si discréditée dans l’opinion, si solennellement condamnée par la science, qui ne passionne encore çà et là certains esprits aventureux et indisciplinés; et il n’est pas rare qu’un hasard heureux, parfois même une conception erronée conduise inespérément à la solution du problème quelqu’un

L’AIR

de ces rêveurs obstinés. Ainsi, tel malade que les plus savants praticiens avaient abandonné a été guéri par le remède d’un empirique ignorant, et du même coup l’art médical s’est enrichi d’un précieux remède contre une maladie réputée jusque-là incurable.

A Dieu ne plaise qu’il entre dans ma pensée de diminuer la gloire des créateurs de l’ aérostation ! Certes, les frères Montgolfier n’étaient point des ignorants. L’aîné, Michel, mourut membre de l’Institut, et les arts mécaniques lui durent plus d’une invention utile. Le plus jeune, Etienne, avait montré dès l’enfance une rare aptitude pour les sciences, et il eût sans doute conquis parmi les chimistes de son temps une place distinguée, si la mort ne l’eût arrêté au milieu de sa carrière. Nous allons voir cependant que le hasard fut bien pour quelque chose dans la découverte qui a immortalisé leur nom; ou plutôt que les lois de la physique vinrent fort à propos corriger leurs erreurs, et qu’ils durent le succès de leurs expériences à un effet tout autre que celui qu’ils s’efforçaient d’obtenir.

On sait que les frères Montgolfier dirigeaient en commun, à la fin du siècle dernier, une importante manufacture de papiers, située à Vidalon-lez-Annonav. Leurs loisirs étaient presque entièrement occupés par des études scientifiques, auxquelles le plus jeune surtout s’adonnait avec une ardeur extrême. La pensée d’ouvrir aux hommes, comme on l’a dit plus tard, la route des deux, leur lut, dit-on, inspirée par le spectacle des nuages qui, chaque jour devant leurs yeux, se formaient et flottaient sur les cimes des montagnes. Ils se demandèrent si l’homme ne pourrait pas produire une sorte de nuage artificiel, l’emprisonner dans une enveloppe légère, et s’y suspendre. Sachant que les nuages sont formés par la vapeur d’eau, ils gonflèrent d’abord avec cette vapeur, puis avec de la fumée de bois, des enveloppes en toile qui furent, en effet, soulevées, mais retombèrent presque aussitôt; car la vapeur, en se refroidissant, se condensait sur les parois. Découragés par ce résultat, ils avaient suspendu leurs expériences, lorsqu’un jour Étienne, étant allé à Montpellier, y acheta la traduction, récemment publiée, de l’ouvrage de Priestley sur les différentes espèces d’air. Il lut avec avidité ce livre, où étaient exposées les propriétés des divers gaz jusqu’alors inconnus, et notamment celles de X air inflammable (l’hydrogène), découvert en 1777 par Cavendish. Il entrevit dans ce fluide le véhicule de la navigation aérienne, et en revenant à Annonay il cria à son frère, du plus loin qu’il l’aperçut : « Nous pouvons maintenant voguer dans l’air! »

Tous deux reprirent leurs essais avec une ardeur nouvelle. L 'air inflammable leur parut, à raison de sa pesanteur spécifique, treize fois et demie moindre que celle de l’air commun, tout à fait propre à leurs desseins. Mais ce gaz avait l’inconvénient de s’échapper très promptement à travers les tissus dont MM. Montgolfier formaient leurs enveloppes, et qu’ils ne savaient pas rendre imperméables. Ils renoncèrent donc à l’employer, et revinrent à leur idée primitive de composer, pour ainsi dire, de toutes pièces des nuages artificiels. L’électricité était alors fort à la mode; on y avait recours pour expliquer tout ce qu’on ne comprenait pas, et on lui attribuait toutes sortes de vertus extraordinaires. Les deux frères, supposant

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