PREMIÈRE PARTIE
que c’était sans doute l’électricité qui tenait les nuages suspendus dans l’atmosphère, crurent obtenir un dégagement de ce fluide en combinant une fumée alcaline, celle de la laine, avec une fumée acide, celle de la paille. Un ballon ouvert à sa partie inférieure, et sous lequel ils brûlèrent une certaine quantité de ce mélange, s’éleva, comme ils l’avaient espéré, à une assez grande hauteur, mais ne tarda pas à retomber. Ils eurent alors l’heureuse idée de suspendre un réchaud sous l’orifice, en sorte que la machine emportât avec elle la cause de son ascension. L’expérience, tentée dans ces conditions, réussit à souhait, et MM. Montgolfier se décidèrent à la renouveler publiquement : ce qu’ils firent le 5 juin 1783, à Annonay, avec un plein succès, en présence des députés aux états du Vivarais et d’une foule nombreuse. Un globe de 1 1 mètres 30 de diamètre, en toile doublée de papier, pesant environ 215 kilogrammes, et chargé, en outre, d’un poids de 200 kilogrammes, s’éleva en dix minutes à une hauteur de 1,500 mètres, et alla tomber à environ 2,500 mètres de son point de départ.
11 est inutile de dire que, comme le démontra bientôt après Th. de Saussure, l’ascension de ce ballon était due, non pas à la nature particulière de la fumée produite par le mélange de paille et de laine, mais simplement à la dilatation des gaz par la chaleur. Néanmoins les frères Montgolfier se persuadèrent qu’ils avaient trouvé leur nuage électrisé, et même qu’ils avaient découvert un nouveau gaz; et leur erreur fut quelque temps répandue dans le public, où l’on parlait du gaz de MM. Montgolfier , lequel était, disait-on, deux fois moins pesant que l’air respirable.
Lorsque l’expérience d’Annonay fut connue à Paris, elle y frappa vivement l’esprit du public et du monde savant. Les deux frères furent mandés par l’Académie des sciences, et la cour et la ville, comme on disait alors, ne songèrent plus qu’à organiser des expériences aérostatiques. Un physicien nommé Jacques-Alexandre- César Charles, déjà connu à cette époque pour un professeur disert et un habile expérimentateur, n’eut pas plus tôt Connaissance de la nouvelle découverte, qu’il s’occupa de la perfectionner, en substituant l 'air inflammable au prétendu gaz Montgolfier. Il ne fut point arrêté par la facilité avec laquelle l’hydrogène s’échappe à travers les tissus, et réussit sans peine à faire disparaître cet inconvénient, en enfermant le gaz dans une enveloppe de taffetas rendu imperméable par un enduit de caoutchouc dissous dans l’essence de térébenthine.
Bientôt, grâce à lui, l’expérience d’Annonay eut à Paris sa contre-partie. Tandis que les frères Montgolfier préparaient péniblement chez le papetier Réveillon la machine à air chaud qui devait s’élever en présence des commissaires de l’Académie, un ballon à air inflammable, en taffetas gommé, construit chez les frères Robert par les soins de Charles, s’élançait du Champs-de-Mars dans les airs, aux regards émerveillés d’une multitude immense, le 27 août 1783. Le 21 novembre suivant, un jeune savant auquel sa témérité devait coûter la vie deux ans plus tard, Pilâtre du Rozier, osa le premier s’aventurer dans les airs sur une montgolfière , ou ballon à air dilaté. Il était accompagné, dans cette expédition, du marquis d’Arlandes. Les deux hardis voyageurs, partis à 1 heure 50 minutes du jardin de la Muette, allèrent descendre sans accident de l’autre côté de Paris, dans un endroit
L’AIR
appelé la Butte-aux-Cailles , situé entre les barrières d’Enfer et de Fontainebleau. Enfin, le 1er décembre, les physiciens Charles et Robert exécutèrent les premiers une ascension à l’aide d’un ballon gonflé de gaz hydrogène, et enveloppé d’un filet
auquel était suspendue une nacelle où se placèrent les aéronautes. Ceux-ci emportaient un thermomètre et un baromètre pour observer les changements de température et mesurer les hauteurs. La nacelle était chargée de sacs de sable, et le ballon muni d’une soupape : ce qui permettait d’augmenter la légèreté spécifique de l’appareil en jetant du lest, ou de la diminuer en laissant échapper du gaz. Le