‹ L'air et le monde aérienChapitre 54 sur 210 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

inerte, et dont la présence dans l’air semble avoir pour but unique de tempérer les affinités extrêmement énergiques de l’oxygène. Celui-ci est l’agent le plus puissant des combinaisons et des décompositions chimiques. Uni à l’hydrogène, il constitue l’eau. En se fixant sur les métaux, il forme les bases (chaux, terre et alcalis des anciens chimistes) ; de sa combinaison avec les métalloïdes résultent la plupart des acides, qui, s’unissant eux-mêmes avec les bases, forment les sels. Le feu qui nous chauffe ou nous éclaire est toujours l’effet de la combinaison de l’oxygène avec un corps organique riche en carbone ou en hydrogène (houille, bois, graisse, huile, gaz d’éclairage, etc.). Enfin l’oxygène seul entretient la respiration des animaux, véritable combustion lente, où l’excès de carbone et d’ hydrogène dont le sang a été chargé par la nutrition est brûlé et transformé en vapeur d’eau (oxygène et hydrogène) et en acide carbonique (oxygène et carbone), et source principale de la chaleur qui se répand et se maintient incessamment dans tout le corps, tant que dure la vie.

L’oxygène est encore aujourd’hui considéré comme un corps simple. En sera-t-il toujours ainsi? 11 est permis d’en douter. Déjà l’on sait que, sous l’influence de fortes décharges électriques, ou lorsqu’il se trouve à l’état naissant , c’est-à-dire au sortir d’une combinaison, l’oxygène ne se ressemble plus à lui-même. 11 acquiert une odeur forte, piquante, ressemblant beaucoup à celle de l’acide sulfureux. Cette odeur a été remarquée par toutes les personnes qui ont eu la fortuhe de se trouver assez près d’un endroit où la foudre tombait pour observer les effets du terrible météore, et assez loin pour n’en pas devenir victimes. Elle a fait naître et entretient encore dans le vulgaire l’opinion que la foudre n’est autre chose qu’un jet de soufre enflammé. Cependant la même odeur se manifeste aussi lorsqu’on tire des étincelles d’une machine électrique, et quand on dégage l’oxygène de l’eau au moyen d’un courant voltaïque, c’est-à-dire dans des circonstances où l’on peut s’assurer que le soufre et l’acide sulfureux ne sont pour rien dans ce qui se passe. Dès 1786, Yan Marurn avait observé ce phénomène. 11 avait vu que l’oxygène électrisé est absorbé par le mercure avec une rapidité extraordinaire ; mais il avait attribué l’odeur du soufre à la matière électrique , et l’oxydation du mercure à l’acide azotique que l’oxygène pouvait contenir. Ce ne fut qu’en 1840 que M. Schœnbein crut reconnaître que cette substance odorante et oxydante n’était autre que l’oxygène lui-même, dans un état particulier. Il lui donna le nom d 'ozone. L’ozone a été étudié depuis par MM. Erémy, Becquerel et Uouzeau, qui ont confirmé par de nombreuses expériences les vues de M. Schœnbein. On admet donc aujourd’hui que ce gaz est identique à l’oxygène, mais qu’en outre de l’odeur particulière dont je viens de parler, il jouit de propriétés bien plus énergiques que celles qu’on observe dans l’oxygène normal. Ses affinités sont, pour ainsi dire, exaltées; il est plus oxydant, plus comburant; il déplace l’iode de ses combinaisons; mis en présence de l’eau oxygénée, il revient à l’état d’oxygène ordinaire, en détruisant autant d’eau oxygénée qu’il en faut pour fournir un volume d’oxygène égal à celui de l’ozone détruit. Ce dernier fait, découvert par M. Schœnbein, l’a conduit à supposer l’existence de deux espèces d’oxygène actif : l’un, auquel il conserve le nom d’ozone; l’autre, qu’il appelle Yantozone. Ce serait

L’AIR

ce dernier qui se trouverait dans l’eau oxygénée (bioxyde d’hydrogène), et qui lui communiquerait ses propriétés singulières. De la combinaison de l’ozone et de l’antozone résulterait l’oxygène ordinaire, ou neutre.

On sait maintenant qu’il existe de l’ozone dans l’atmosphère, mais en quantité très variable, selon les lieux. Quelques savants ont attribué à ce principe une grande inlluence sur la salubrité ou l’insalubrité de l’air. Un chimiste, — M. Braconnot (de Nancy), je crois, — a même avancé qu’en temps de choléra la mortalité augmentait ou diminuait infailliblement suivant que l’air des localités infestées contenait moins ou plus d’ozone. Des observations et des expériences longuement suivies, souvent répétées et d’une exactitude inattaquable, pourrraient seules nous apprendre ce qu’il y a de vrai dans ces assertions, qui ne s’appuient que sur des preuves insuffisantes. La présence môme de l’air et la valeur des procédés ozonométriques employés n’ont pas été sans soulever des objections. Cependant les recherches patientes poursuivies depuis plus de dix ans à ce sujet ont permis à M. Houzeau de déterminer rigoureusement la proportion d’ozone existant dans l’air. Dès 1872, il présentait à l’Académie des sciences les premiers résultats de ses observations, et des résultats absolus. Ainsi l’air de la campagne, pris à 2 mètres de hauteur audessus du sol, contient au maximun 1/450 de son poids d’ozone. Cette proportion paraît augmenter à mesure qu’on s’élève au-dessus du sol. Dans ce mémoire, M. Houzeau confirmait l’origine de l’ozone, attribué généralement à l’oxygène de l’air modifié par l’électricité.

MM. Houzeau et Renard et M. Boillot ont produit des quantités considérables d’ozone en faisant agir sur l’oxygène ou même sur l’air atmosphérique les effluves électriques, c’est-à-dire l’électricité sans chaleur ni lumière apparente, et constituant une force nouvelle, d’une application des plus intéressantes. C’est ainsi que M. Boillot a imaginé un appareil qui permet d’obtenir jusqu’à 45 et 46 milligrammes d’ozone par litre d’oxygène.

L’ozone exerce dans l’atmosphère une action purifiante par la propriété énergique qu’il possède de détruire des gaz délétères émanés des substances organiques en décomposition. C’est un puissant oxydant et un décolorant actif, et les hygiénistes se sont plus d’une fois préoccupés des moyens de rendre plus importante la proportion qu’on en trouve dans l’atmosphère. Un savant anglais, le Dr Robertson, dans un mémoire lu à la session de 1875 de l’association britannique pour l’avancement des sciences, traçant le plan d’une cité idéale, qu’il appelait Hygiæa, et dans laquelle tous les principes de l’hygiène moderne seraient scientifiquement appliqués, prévoyait l’établissement d’appareils spéciaux pour la production en grand de l’ozone et l’assainissement de l’atmosphère de la grande ville.

Nous nous occuperons plus loin de la vapeur d’eau qui fait partie de notre atmosphère, et des phénomènes météorologiques qui se rattachent à sa production et à sa condensation. Je me bornerai, pour le moment, à faire remarquer que son importance, au point de vue de la physiologie animale et végétale, est beaucoup plus grande qu’on ne serait tenté de le croire. Un air chargé d’humidité est très favorable à la végétation; il est malsain pour la plupart des animaux, et en particulier pour l’homme; un air entièrement sec serait également funeste aux plantes

Page 1