PREMIÈRE PARTIE
et aux animaux, en activant outre mesure la transpiration et l’évaporation des liquides de l’organisme.
Nous venons de voir que, dans l’acte de la respiration, les animaux transforment en acide carbonique une certaine quantité d’oxygène. Cette quantité est considérable. L’air expiré par un homme en repos, dans l’état de santé, contient en moyenne 4 pour 100 d’acide carbonique. Un adulte vigoureux rend, dans l’espace de vingt-quatre heures, 867 grammes ou 443,409 centimètres cubes de gaz. En outre, des sources naturelles abondantes, et d’innombrables foyers allumés par la main de l’homme, versent continuellement dans l’atmosphère des torrents d’acide carbonique. 11 doit donc sembler étonnant que, malgré cela, depuis que la terre est habitée, l’air n’ait pas cessé d’être respirable, et ne contienne toujours que des traces d’acide carbonique. Mais il ne faut pas oublier que, tandis que les animaux absorbent de l’oxygène et rendent de l’acide carbonique, les plantes, au contraire, absorbent de l’acide carbonique, s’assimilent le carbone, et restituent à l’air de l’oxygène; qu’ainsi la composition chimique de l’atmosphère n’est point altérée. D’ailleurs, « le calcul montre, dit M. Dumas, qu’en exagérant toutes les données, il ne faudrait pas moins de huit cent mille années aux animaux vivant à la surface de la terre pour faire disparaître l’oxygène en entier. Par conséquent, si l’on supposait que l’analyse de l'air eût été faite en 1809, et que pendant tout le siècle les plantes eussent cessé de fonctionner à la surface du globe entier, tous les animaux continuant d’ailleurs à vivre, les analystes, en 1900, trouveraient l’oxygène de l’air diminué de i/sooo de son poids, quantité qui est inaccessible à nos méthodes d’observation les plus délicates, et qui, à coup sûr, n’influerait en rien sur la vie des animaux ou des plantes...
« En ce qui concerne la permanence de la composition de l’air, nous pouvons dire, en toute assurance, que la proportion d’oxygène qu’il renferme est garantie pour bien des siècles, même en supposant nulle l’influence des végétaux, et que néanmoins ceux-ci lui restituent de l’oxygène en quantité au moins égale à celle qu’il perd, et peut-être supérieure; car les végétaux vivent tout aussi bien aux dépens de l’acide carbonique fourni par les volcans qu’aux dépens de l’acide carbonique fourni par les animaux eux -mêmes*. »
L’acide carbonique a passé longtemps pour un gaz vénéneux. On confondait alors ses effets avec ceux de l’oxyde de carbone, qui se produit d’abord dans les fourneaux lorsque la combustion du charbon est encore peu active, et qui, brûlant à son tour avec une jolie flamme bleue, passe à l’état d’acide carbonique. La vérité est que l’acide carbonique, loin d’être un poison, jouit, au contraire, de propriétés salutaires. Ingéré dans les organes digestifs avec les boissons gazeuses, il exerce sur ces organes et sur toute l’économie une action légèrement stimulante, qui le fait souvent recommander par les médecins. En Allemagne, on l’emploie depuis plusieurs années pour guérir les douleurs rhumatismales et traumatiques1 2, et en France on l’utilise également, soit à titre d’anesthésique local,
1 Essai sur la statistique chimique des êtres organisés. Paris, 1864.
2 En plongeant le membre malade ou blessé dans une atmosphère d’acide carboniques
L’AIR
soit en raison de ses propriétés cicatrisantes. Respiré en petite quantité avec l’air normal, il n’incommode point; mais il est aisé de comprendre que, dans un espace confiné où il est substitué en tout ou en partie à l’oxygène, la respiration
devienne pénible et bientôt impossible. Les hommes ou les animaux périssent alors par asphyxie.
« L’acide carbonique, dit M. J. Girardin1, est à coup sûr un des corps les plus répandus dans la nature... Il se rencontre, pur ou presque pur, dans les diverses
1 Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriels ( 2 vol. in-8°, Paris, 1860), 1. 1, 3e leçon.