PREMIERE PARTIE
cavités ou grottes que présentent les pays volcaniques, et quelques-uns des terrains calcaires. 11 existe aussi au fond des puits, dans les mines et dans les carrières. Comme il est plus pesant que l’air (sa densité est de 1,529), il n’occupe jamais que la partie inférieure de ces cavernes, à moii;s que la quantité qui se dégage continuellement du sol ne soit assez considérable pour les remplir entièrement, ce qui arrive dans quelques localités... Dans les mines mal aérées et dans les houillères, il manifeste souvent sa présence en éteignant les lumières des mineurs, et en rendant leur respiration excessivement pénible; ils le nomment m o fe tteasphyxian te . »
Les grottes d’où s’exhale du gaz acide carbonique sont très communes sur le territoire de Naples et dans quelques parties de l’Italie. La plus célèbre est la grotte du Chien, située au bord du lac d’Agnano, près de Puzzuolo. Son nom lui vient de ce que, de temps immémorial, les habitants du voisinage exercent l’industrie d’offrir aux étrangers qui viennent visiter cette grotte le spectacle de l’asphyxie d’un chien : asphyxie incomplète ordinairement.
Les substances que nous venons de passer en revue, — à savoir : l’azote, l’oxygène, la vapeur d’eau et l’acide carbonique, - — entrent toujours et partout, en proportions sensiblement constantes, dans la composition de l’air. Mais il en est d’autres, en très grand nombre, qui peuvent s’y trouver mêlées, quelquefois en assez grande quantité pour exercer une action délétère sur les hommes et sur les animaux qui les respirent. Dans ce cas, on les désigne sous le nom de miasmes. Ces substances étrangères sont gazeuses, liquides ou solides. Parmi les gaz, qui le plus souvent altèrent la pureté de l’air, il faut citer l’oxyde de carbone, l’acide azotique, l’ammoniaque, l’hydrogène carboné, l’hydrogène phosphoré, et l’hydrogène sulfuré ou acide sulfhydrique.
L’ammoniaque est un des corps dont la présence dans l’atmosphère est le plus fréquente, surtout au-dessus des lieux habités; et cela s’explique aisément, puisque ce gaz est un produit constant de la décomposition des matières animales. On a évalué à 0 milligr. 42 la quantité d’ammoniaque contenue dans un litre d’eau de pluie à la campagne. Pour les villes, la proportion serait bien plus forte. A Paris, par exemple, d’après M. Barrai, l’eau tombée pendant l’année 1851 renfermait 3 milligr. 80 d’ammoniaque. M. Boussingault a trouvé pour moyenne générale 3 milligr. 08. « 11 n’y aurait, au reste, rien de surprenant, dit cet éminent chimiste, à ce que la pluie, après avoir la lavé l’atmosphère d’une grande cité, contînt plus d’ammoniaque. Paris, sous le rapport des émanations, peut être comparé à un tas de fumier d’une étendue considérable. »
« Ceci, remarque M. Dehérain, n’est pas flatteur pour la capitale du monde civilisé; mais il n’en est pas moins vrai qu’à de certains jours d’été, quand la population se porte en foule sur les grandes voies de communication, on y sent très nettement l’odeur d’ammoniaque. »
Les brouillards et la neige absorbent encore plus d’ammoniaque que l’eau de pluie; ce qui explique et l’odeur désagréable des premiers, et l’heureux effet que produit sur les champs le séjour de la seconde.
La présence de l’hydrogène sulfuré dans Pair est, comme celle de l’ammoniaque, un résultat de la décomposition , disons mieux, de la putréfaction des substances
L’AIR
animales; mais elle n’est heureusement que locale et accidentelle. L’hydrogène sulfuré se reconnaît aisément à son odeur d’œufs pourris. Il s’exhale abondamment des fosses d’aisance, des sentines où sont accumulées les immondices des grandes villes, de certains marécages tourbeux où des cadavres d’animaux sont mêlés à des détritus végétaux, enfin de plusieurs sources d’eaux minérales. C’est un gaz extrêmement délétère : V1500 suffit pour tuer un oiseau.
Gaz des marais (hydrogène protoearburé ) recueilli dans un flacon.
L’hydrogène protocarboné se forme en grande partie dans la vase des marécages; aussi lui a-t-on donné le nom de gaz des marais. On peut le recueillir en agitant cette vase avec un bâton au-dessous d’un entonnoir plongé dans l’eau et surmonté d’un flacon renversé. En outre il se dégage du sol dans certaines localités, où l’on peut l’enflammer, et comme il brûle parfois d’une manière continue, les habitants du pays l’utilisent pour faire cuire leurs aliments. « Il existe en Italie, sur la pente septentrionale des Apennins, des dégagements de gaz qui soulèvent une boue imprégnée de sel marin, et forment ces volcans de boue appelés salze . Il existe de semblables sources de ce gaz dans le département de l’Isère, en Angleterre, en Crimée, sur les bords de la mer Caspienne, en Perse, à Java, au Mexique1. » C’est le même gaz qui, dans les mines de houille, constitue avec l’air ce mélange détonant dont les formidables explosions sont justement redoutées des mineurs. Ceux-ci le désignent sous le nom de feu grisou.
1 H. Debray, Cours élémentaire de chimie , 1 vol. in-8°. Paris, 1863.