‹ L'air et le monde aérienChapitre 57 sur 210 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Enfin l’hydrogène phosphoré se dégage, dit-on, surtout pendant les nuits d’été qui succèdent à de chaudes journées, des tourbières et plus encore des cimetières; et comme il s’enflamme spontanément au contact de l’air, on l’a considéré longtemps comme donnant naissance à ces llammes bleuâtres qui voltigent dans l’air au gré du vent. On sait que, suivant une croyance superstitieuse encore très répandue dans les campagnes, ces feux follets attirent à leur suite les gens égarés ou attardés, et les conduisent à quelque rivière où ils se noient, à quelque fondrière où ils se brisent les os. L’hydrogène phosphoré résulte de la décomposition de la matière cérébrale et nerveuse des animaux, et principalement de l’homme : matière dont le phosphore est un des éléments.

M. Jules Lefort, membre de l’Académie de médecine, qui a fait d’intéressantes expériences sur la destruction des gaz passant à travers une couche de terre, ne croit pas aux feux follets que la légende populaire place dans les cimetières; il ne croit pas non plus, par suite, aux prétendues exhalaisons fournies par la putréfaction des corps inhumés.

a Dans les cimetières, dit-il', le dégagement de vapeurs lumineuses mobiles, sous l’infiuence de la putréfaction, n’est pas possible, ainsi qu’on l’écrit encore chaque jour, parce que la profondeur à laquelle se produit la décomposition cadavérique ne permettrait pas, soit à du phosphure de soufre, soit à de l’hydrogène phosphoré (s’il était capable de prendre naissance) de traverser une épaisseur aussi considérable du sol sans se détruire complètement.

« Tous les chimistes savent aujourd’hui que ces dérivés du phosphore ne sont pas gazeux et qu’ils se décomposent avec accompagnement de lumière, pour peu qu’ils reçoivent le contact de l’air. Or le sol, même dans ses parties les plus profondes, contient toujours de l’air atmosphérique plus ou moins normal, qui réagirait sur ces substances inflammables à mesure de leur entrainement par l’acide carbonique ou tout autre gaz inerte, tel que l’hydrogène.

« S’il n’en était pas ainsi, le voisinage des nécropoles comme celles des grandes villes serait inhabitable, attendu que les autres gaz infects qui se forment en même temps dans la putréfaction cadavérique suivraient le même chemin que ces matières phosphorées. »

J’ai tenu à citer ces quelques lignes du savant chimiste, d’abord parce qu’elles protestent, comme on le voit, contre un vieux préjugé populaire, et ensuite à cause de l’intérêt qui s’attache, en ce moment surtout, à tout ce qui touche les cimetières, leurs émanations et les dangers qu’ils peuvent présenter pour les grandes agglomérations urbaines.

Les liquides qui peuvent se trouver en suspension dans l’atmosphère sont très peu nombreux, ou plutôt ils se réduisent à tin seul, l’eau. Les nuages et les brouillards ne sont autre chose que des masses d’eau extrêmement divisée, à l’étal de vésicules, ou de gouttelettes, ou même de petites aiguilles de glace. 11 arrive que, par suite de circonstances particulières, les gouttelettes en suspension dans l’aii' contiennent des substances acides, alcalines, salines, etc. Au bord de la

1 Mémoire sur le rôle du phosphore et, des phosphates dans la putréfaction.

L’AIR

mer, par exemple, l’air recèle des gouttelettes imperceptibles d’eau salée provenant de l’écume des vagues, et qui lui donnent une saveur salée quelquefois très sensible.

Quant aux corps solides qui perpétuellement nagent dans l’atmosphère, ils sont de plusieurs sortes.

Peu de recherches directes avaient été entreprises jusqu’ici pour l’étude de ces corpuscules aériens, sur lesquels on disserte tant, surtout depuis les discussions soulevées à propos de la génération spontanée. Si j’excepte une étude de M. Pou-

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