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DEUXIEME PARTIE

Maury, les Jensen, les Arago, les Humboldt, les Dove, les Becquerel, qu’entre le langage d’un M. Jourdain et celui d’un Bossuet ou d’un Mirabeau; entre le style d’un écrivain public et celui d’un Pascal, d’un Voltaire ou d’un Lamartine. Tout le monde aussi fait de la politique : est-ce à dire que tout homme ait en soi l’étoffe d’un Colbert ou d’un Turgot?

Prétendre que la météorologie n’exige, pour être cultivée même avec succès, aucune préparation, est donc, selon moi, une erreur grave, dangereuse même jusqu’à un certain point, et à laquelle il est fâcheux de voir un savant, un penseur du mérite de celui que je viens de citer, prêter l’appui de son autorité. Le nombre est assez grand de ceux qui se mêlent d’interpréter, d’expliquer, voire de prédire les phénomènes atmosphériques. Dieu sait l’abus que font les ignorants de la pluie et du beau temps, du chaud et du froid. Dieu sait quels lieux communs se débitent et se répètent à perpétuité sur cette matière, (pii est, on le sait du reste, la ressource de tous les diseurs de riens, « la planche de salut qu’on tend aux timides et aux sots, » dit.M. La u gel lui-même. M. Laugel reconnaît que les habitants des villes, qui parlent sans cesse du temps, ne s’y connaissent guère, et n’y trouvent qu’un thème banal de conversation. Mais il ne veut point qu’on dédaigne la « science pratique » des paysans et des matelots, « fruit d’une expérience séculaire. Si les explications qu’elle propose sont souvent erronées, les faits qu’elle prend pour base sont, selon lui, toujours certains. » Voilà, ce me semble, une affirmation bien absolue, et qui m’étonne venant d’un écrivain aussi profondément pénétré que l’est M. Laugel de la haute mission de la science. On ne peut nier qu’à force d’observer les phénomènes de l’atmosphère avec une attention commandée par leurs plus chers intérêts, les agriculteurs et les marins ne soient parvenus à se faire une sorte de compendium météorologique, contenant sur les signes du temps quelques données exactes. Mais de combien d’erreurs, de préjugés, de superstitions même ces notions tout empiriques ne sont-elles pas mêlées! Est-il un seul paysan qui ne fasse entrer comme élément fondamental dans toutes ses prévisions les phases de la lune; qui n’accepte comme axiomes indiscutables un certain nombre de dictons où la rime, — et quelle rime! — tient lieu de raison et de bon sens; qui n’ait une foi entière dans les prédictions saugrenues de X Almanach Liégeois ou autre, dont les volumes achetés chaque année composent d’ordinaire toute sa bibliothèque?

C’est faire trop bon marché de la théorie, que de croire qu’une science qui n’explique point les phénomènes qu’elle observe, ou qui les explique par des hypothèses irrationnelles, puisse jamais arriver, si ce n’est par hasard, à des résultats de quelque valeur. Tant que, sous les noms d’alchimie et d’art hermétique, la chimie s’est fourvoyée dans le dédale des recherches chimériques, quelle a constaté et reproduit, sans pouvoir les expliquer, des combinaisons et des décompositions, ses progrès n’ont marché qu’avec une excessive lenteur; elle a pris, au contraire, un rapide essor à partir du jour où elle a pu se rendre logiquement compte des actions réciproques des corps. Pourquoi en serait-il autrement de la météorologie? Par quel privilège aussi échapperait -elle à la loi de solidarité qui régit le développement des sciences, et qui permet tout au plus de les partager en

PHENOMENES DE L’AIR

deux ou trois groupes, jusqu’à un certain point indépendants les uns des autres, mais formant chacun un tout indissoluble?

On est convenu de distinguer les sciences mathématiques ou sciences exactes des sciences physiques, et celles-ci des sciences naturelles. Mais tout en plaçant, par exemple, l’astronomie et la mécanique dans le premier groupe, on est obligé de reconnaître que ces deux sciences, étroitement liées entre elles, ne le sont guère moins avec la physique; que celle-ci à son tour est inséparable de la chimie; que d’autre part l’astronomie se rattache directement à la géologie, qui suppose ellemême la connaissance de la physique et de la minéralogie, et qui rentre avec cette dernière dans la classe des sciences dites naturelles : si bien qu’on ne peut exceller dans une quelconque de ces sciences fondamentales sans posséder aussi celles du même groupe, et souvent encore une ou deux d’un groupe voisin.

Or la météorologie appartient manifestement au groupe des sciences physiques; mais elle n’a point, en réalité, d’existence propre. Tous les phénomènes qu’elle, comprend sont dus à des causes physiques ou mécaniques. Elle n’est donc qu’une branche de la physique; et comme elle se confond à peu près entièrement avec ce qu’on nomme la physique du globe, elle se trouve ainsi rattachée par certains points à l’astronomie, à la géologie, surtout à la géographie physique. Cela est si vrai qu’elle n’a réellement pris naissance que du jour où ces sciences ont pu donner la clef des phénomènes atmosphériques, demeurés si longtemps inexplicables. Si l’on n’avait, grâce aux découvertes et aux calculs des physiciens et des astronomes, déterminé les mouvements de notre globe, les actions qu’il reçoit du soleil et de la lune, la marche des saisons; si l’on n’avait pénétré les mystères de l’électricité et du magnétisme, de la chaleur et de la lumière; si la chimie enfin, aidée de la physique, n’avait fait connaître la véritable constitution de l’atmosphère, à quoi se réduirait la météorologie? A ce qu’elle était pour les anciens, et à ce qu’elle est encore aujourd’hui pour les bonnes gens dont on nous vante la « science pratique » : c’est-à-dire à un fatras d’observations incohérentes, souvent erronées, sur le chaud et le froid, la pluie et la sécheresse, la direction des vents, les aspects du ciel, la couleur et la forme des nuages. Et des observations même exactes, n’en déplaise à M. Laugel, ne peuvent avoir de valeur qu’à la condition d’être raisonnées; un fait ne porte en soi son enseignement que si on en connaît la cause, si l’on sait par quel lien il se rattache aux faits du même ordre. Autrement il reste à l’état d’énigme : chose dont les esprits les moins éclairés ne s’accommodent point, et qu’à défaut d’explication rationnelle ils résolvent tant mal que bien par des hypothèses de fantaisie.

Les instruments dont se sert le météorologiste sont simples, dit-on. M. Laugel cite le baromètre, le thermomètre, la girouette. Il eût pu en ajouter quelques autres qui ne sont pas moins nécessaires : les anémomètres, les pluviomètres, les udomètres, les hygromètres, les électroscopes , les boussoles d’inclinaison, de déclinaison, d’intensité et de variations, les magnétomètres. Ces appareils ne sont pas, en général, d’une structure très compliquée; mais ils sont délicats à manier; il faut savoir s’en servir, et surtout saisir le sens de leurs indications, comprendre leur langage. Et ce langage, — qu’on me passe cette métaphore vulgaire, — - est

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