DEUXIEME PARTIE
de l’hébreu pour une personne étrangère à la physique. Mettez entre les mains d’un ignorant le traité de météorologie le plus élémentaire : il sera arrêté dès la première page par des considérations dont il n’entendra pas un mot, et il fermera le livre.
En résumé, l’étude des phénomènes de l’air présente des difficultés qu’il ne faut pas se dissimuler; elle exige des aptitudes et une somme de connaissances faute desquelles les météorologistes improvisés s’exposent à bien des mécomptes. En revanche il en est peu d’aussi attrayantes; il en est peu qui piquent plus vivement la curiosité, et qui, à tout prendre, la satisfassent plus aisément, pourvu qu’on n’aspire pas au rôle de prophète, et qu’on n’ait pas la prétention de tout savoir sans avoir eu la peine de rien apprendre. Car s’il n’est pas donné au premier venu d’être bon météorologiste, non plus que d’être bon médecin ou bon ingénieur, il n’est personne qui, doué d’un esprit curieux des choses de la nature, ne puisse s’initier avec un peu d’application aux principes fondamentaux de la météorologie. Une fois en possession de ces principes, on trouve, dans l’observation directe des variations atmosphériques et dans la lecture des ouvrages où elles sont décrites ou expliquées, une occupation pleine de charmes, une source de jouissances toujours nouvelles. Le temps n’est plus ce lieu commun banal auquel on a niaisement recours lorsqu’on ne sait de quoi parler, et qui est épuisé lorsqu’on a répété pour la millième fois les cinq ou six phrases que tout le monde sait par cœur : le temps est un vaste ensemble de faits dont la connaissance et l’intelligence nous importent au plus haut point; c’est un sujet de recherches intéressantes, de discussions sérieuses et instructives; c’est en outre un spectacle d’une magnificence et d’une variété incomparables, et dont on sent d’autant plus vivement les beautés, qu’on connaît mieux les ressorts invisibles qui en changent à chaque instant la mise en scène. Dire quel sens nous attachons à ce mot, le temps, c’est dire de quel point de vue nous allons considérer le grand objet qu’il représente. Cet objet, je le répète, est essentiellement complexe. Il comprend une multitude de phénomènes dont l’origine et le lieu échappent nécessairement aux observateurs superficiels, souvent aussi à ceux qui savent le mieux interroger la nature. Les apparences mêmes de ces phénomènes peuvent être trompeuses. Nous nous efforcerons de les voir, non seulement tels qu’ils semblent être, mais tels qu’ils sont réellement. Nous rechercherons les forces qui les engendrent, les lois qui les régissent, les influences qu’ils exercent. Chacun d’eux soulèvera ainsi une triple question de cause, de rapport et d’effet. La science positive est le seul oracle auquel nous demanderons d’y répondre. Lorsqu’il nous arrivera de la trouver muette, nous nous garderons bien de suppléer à son silence par des explications arbitraires; car la science est le seul guide que nous puissions suivre avec sécurité : là où ce guide hésite, la raison nous prescrit de nous arrêter, et d’attendre qu’il ait frayé plus loin le chemin de la vérité.