‹ L'air et le monde aérienChapitre 72 sur 210 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

comme le carré de celle-ci. .l’emploierai donc indifféremment ces deux termes : force du vent, et vitesse du vent. Cette propriété, non moins variable que la direction, n’est pas à beaucoup près aussi facile à déterminer exactement. Ce n’est que grâce aux récents progrès de la physique et de la mécanique qu’on est parvenu à construire des appareils désignés sous le nom à' anémomètres (de àvspoç, vent, et f/irpov, mesure), qui permettent de la mesurer avec précision.

Comme les vents sont toujours produits par une rupture d’équilibre dans l’atmosphère, il semblerait au premier abord qu’ils dussent reconnaître un grand nombre de causes diverses. Mais un examen attentif a permis de ramener toutes ces causes à des différences de température entre des contrées voisines. L’opinion vulgaire, se fondant sur l’analogie qui existe entre l’Océan marin et l’Océan atmosphérique, attribue à l’attraction de la lune et à celle du soleil une influence considérable sur les déplacements de l’air. Or il est aisé de démontrer qu’ici l’analogie conduit à des conclusions erronées.

Sans doute l’air est soumis, comme l’Océan, à l’attraction luni- solaire. 11 y est même d’autant plus sensible que sa mobilité est plus grande, et que ses couches extrêmes sont plus éloignées du centre du globe. Il y a donc, incontestablement, des marées atmosphériques, qui suivent les mêmes lois que les marées neptuniennes; mais les oscillations qui en résultent peuvent à peine se faire sentir près de la terre. On sait, en effet, que l’attraction sidérale s’exerce proportionnellement aux masses; que chaque molécule d’un corps soumis à une force quelconque obéit également à cette force, que le corps dont il fait partie soit très rare ou très dense; que seulement, dans le premier cas, le nombre des molécules attirées est, à volume égal, plus grand que dans le second: ce qui ne modifie en aucune façon l’action même de la force. 11 faut se rappeler aussi que l’effet de l’attraction luni-solaire sur l’Océan est superficiel et se réduit à peu de chose, puisque les plus hautes marées n’élèvent pas de plus de vingt à vingt-cinq mètres le niveau de la mer sur un point donné. Transportons cet effet à l’atmosphère, dont la hauteur est peut-être égale à cinquante ou soixante fois la profondeur moyenne de l’Océan, et nous serons obligés d’avouer que la part de l’ attraction luni-solaire dans les mouvements qui agitent l’enveloppe de notre globe est tout à fait insignifiante. Les vents plus ou moins violents qui soufflent sur nos côtes à l’entrée du printemps et de l’automne, et qu’on connaît sous le nom de tempêtes d'équinoxe, n’ont avec les grandes marées qu’un rapport de coïncidence, et sont dus à une rupture d’équilibre produite par les changements de température qui se manifestent à cette époque de l’année.

C’est, je le répète, dans les changements de température qu’éprouvent à chaque instant les diverses parties de l’atmosphère qu’il faut chercher la véritable cause des vents : car l’air, en s’échauffant, se dilate, augmente de volume; en se refroidissant, il se contracte, il diminue de volume. L’équilibre, ainsi rompu sur des étendues plus ou moins grandes, tend à se rétablir: ce qui ne peut avoirdieu que par l’afflux de l’air froid vers les parties raréfiées, et par l’écoulement de l’air dilaté vers les régions abandonnées par l’air le plus dense.

Ainsi un vent chaud se dirigeant dans un sens donne nécessairement naissance

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

à un vent froid se dirigeant en sens contraire , et réciproquement ; et le premier affecte les couches supérieures de l’air , tandis que le second se trouve près de la surface du sol. Ce phénomène est parfaitement représenté par une ingénieuse et très simple expérience de Franklin. Soient deux chambres contiguës, dont une seulement est chauffée. Ouvrez la porte qui les fait communiquer : il s’établira aussitôt, de la chambre froide vers la chambre chauffée, un courant inférieur, et de celle-ci vers celle-là un courant supérieur. On s’en assurera en posant une bougie sur le plancher, et en en tenant une autre élevée près du sommet de la porte : la flamme de la première se dirigera de la chambre froide vers la chambre chaude, et la flamme de la seconde en sens contraire. Tous les vents peuvent se ramener ainsi, soit à un phénomène de tirage semblable à celui que nous produisons à l’aide de nos cheminées, soit à un phénomène inverse. La formation et la précipitation des vapeurs et les autres circonstances accessoires qui interviennent dans ces agitations se rapportent toujours aux mêmes causes, c’est-à-dire à des phénomènes d’échauffement et de refroidissement.

Les vents généraux et permanents qui constituent proprement la circulation générale de l’atmosphère sont les alizés et les contre- alizés. D’après le savant météorologiste F. Maury, ils partagent la surface du globe en neuf zones. La zone centrale est celle des calmes de l’équateur, où l’air fortement échauffé est animé d’un mouvement ascensionnel, et vers laquelle afflue incessamment l’air plus froid des deux hémisphères. Au nord de celte première zone, se trouve celle des alizés du N.-E., et au sud celle des alizés du S.-E. Nous voyons ici une preuve de la déviation que le mouvement diurne de la terre fait subir aux grands courants qui, du nord et du sud, se dirigent vers le foyer équatorial. Au delà des alizés, on rencontre deux nouvelles zones de calme: celle du Cancer et celle du Capricorne; puis viennent au sud les contre-alizés du N.-O., et au nord les contre-alizés du S. - 0. ; enfin, aux pôles, aucun courant ne se fait sentir, ce qui donne encore deux zones extrêmes de calme. Maury a représenté cette distribution des courants et des calmes constants par une figure qu’il nomme le diagramme des vents.

En résumé, les alizés ne sont autre chose que les deux grands courants froids de surface qui, de chaque hémisphère, arrivent au foyer équatorial suivant une direction rendue oblique par la rotation terrestre. Ils apportent là des masses d’air qui s’échauffent, se dilatent, s’élèvent et forment deux courants supérieurs et divergents, lesquels vont remplacer au pôle l’air qui en avait été déplacé. Ce sont ces deux courants de retour que Maury appelle les contre -alizés. L’atmosphère est ainsi, comme l’Océan, le siège d’un vaste système de courants et de contre-courants, qui mélangent continuellement ses parties les plus éloignées et assurent l’identité de sa composition.

La prédominance des terres, leur configuration et leurs reliefs accidentés, et, plus que tout cela, les différences de température entre les continents asiatique, africain et australien qui enserrent l’océan Indien, troublent, ou plutôt modifient dans cet océan la régularité de l’alizé du nord-est, et transforment ce vent constant en deux courants périodiques alternatifs, qui soufflent chacun très régulièrement pendant six mois de l’année. Ces deux courants sont connus sous le nom de mous-

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