DEUXIÈME PARTIE
sons, qui n’est qu’une corruption du mot arabe et malais moussin (saison). L’alizé du sud-est, qui règne dans la partie méridionale de l’océan Indien, n’éprouve aucune perturbation; mais dans la partie septentrionale, au nord de l’équateur, le vent du nord-est ne souffle que d’octobre en avril; c’est un vent de sud-cuest, au contraire, qui souffle d’avril en octobre. Le premier est, pour l’Inde, la mousson d’hiver, et le second, la mousson d’été.
L’alternance des moussons s’explique par celle des saisons, entre les deux hémisphères austral et boréal. Pendant l’hiver de l’hémisphère boréal, l’été règne dans l’hémisphère austral; alors la température du continent asiatique se refroidit, tandis que les contrées et les mers situées au sud de l’équateur, l’Afrique et la Nouvelle-Hollande, reçoivent du soleil une plus grande quantité de chaleur. Il se forme, en conséquence, un courant qui va des régions les plus froides vers les régions les plus chaudes, c’est-à-dire du nord au sud, mais qui, dévié par la rotation de la terre, prend la direction du nord-est. Durant l’autre moitié de l’année, les phénomènes se renversent : c’est l’hémisphère boréal qui est dans la saison chaude, et l’hémisphère austral qui est dans la saison froide. La mousson souffle donc du sud au nord; ou plutôt, — en raison de la position du continent asiatique par rapport au continent africain et à l’Australie, d’où arrive surtout l’air froid; en raison aussi du mouvement terrestre, que doivent devancer des masses d’air s’éloignant de l’équateur, — la mousson arrive du sud-ouest. Les deux périodes sont parfois séparées par un. calme plus ou moins prolongé; mais ordinairement le changement de mousson se fait d’une façon très brusque et sans transition.
Ce n’est pas seulement dans l’Asie méridionale et dans l’océan Indien qu’on rencontre des moussons ou vents réguliers; mais leur périodicité change selon les climats. Ceux de la Méditerranée sont appelés vents étésiens (du grec h oç). Ce sont les etesiæ des anciens.
Outre les vents dont nous venons de parler, et qu’on peut appeler « à grandes périodes », on observe dans un bon nombre d’endroits, surtout au bord de la mer, des vents qui changent soir et matin, par suite de réchauffement et du refroidissement alternatifs résultant du rayonnement solaire pendant le jour, et du rayonnement terrestre pendant la nuit. C’est ce qu’en météorologie on nomme les brises journalières, ou simplement les brises. Dans les contrées maritimes, on dit souvent aussi vents de terre et brises de mer.
L’alternance de ces vents s’explique par réchauffement inégal de la terre et de la mer. Vers neuf heures du matin, la température est à peu près la même sur la terre et sur la mer, et l’air est en état d’équilibre. A mesure que le soleil s’élève au-dessus de l’horizon, le sol s’échauffe plus que l’eau; il en résulte un vent de terre supérieur, qu’on reconnaît souvent à la marche des nuages élevés, et une brise marine soufflant en sens contraire. Au moment du maximum de température de la journée, cette brise acquiert sa plus grande force; mais vers le soir l’air de la terre se refroidit, et au coucher du soleil il a la même température que l’air marin. Il en résulte quelques heures de calme parfait. Pendant la nuit la terre se refroidit plus que l’eau, et il règne un vent de terre dont le maximum de force coïncide avec ce moment du minimum de la température des vingt-quatre heures,
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qui est aussi celui où la différence de température entre la terre et la mer est la plus grande possible.
M. Fournet, professeur à la faculté des sciences de Lyon, a constaté qu’il existe, dans les pays montagneux, des brises de jour et de nuit tout à fait semblables aux brises de mer. Le matin, il s’établit, le long des flancs des montagnes, un courant ascendant qui persiste pendant la plus grande partie de la journée, mais qui, le soir, est remplacé par un courant descendant. Ces brises sont bien connues des montagnards, ainsi que des habitants des vallées, qui les désignent dans leurs dialectes respectifs sous les noms de vésine, de pontias, de rebas, à'aloup du ben, de solore, etc. M. Fournet explique le courant ascendant du matin par l’action calorifique du soleil levant sur les versants et les cimes des montagnes, et le courant descendant du soir par réchauffement de la plaine, beaucoup plus considérable pendant le jour que celui de la montagne.
Nous savons tous combien, dans les climats tempérés où nous vivons, les vents sont variables. Ce n’est pas certes dans la zone des alizés qu’on eût inventé ce proverbe, si populaire chez nous : « Changeant comme le vent. » C’est que la zone intermédiaire, qui n’engendre point de grands courants, est le lieu où se rencontrent tous les vents généraux allant soit de l’équateur au pôle, soit du pôle à l’équateur. Ces vents, ayant alors perdu en grande partie leur température et leur impulsion premières, sont susceptibles de se modifier, et se modifient en effet, sous l’influence d’une multitude de causes. Toutefois leur mutabilité n’est pas telle, qu’on ne puisse reconnaître dans chaque région la prédominance de certains vents ou leur retour à des époques assez régulières, et que leurs changements ne soient soumis à des lois qu’il est possible de déterminer. Ainsi M. Dove a reconnu qu’en Europe les vents se succèdent généralement dans l’ordre suivant : sud, sudouest, ouest, nord-ouest, nord, nord-est, est, sud-est, sud; et il a justement assimilé cette rotation à celle des aiguilles sur le cadran d’une horloge : elle s’accomplit, en effet, dans le même sens. Il a constaté en outre, — et c’est ce que tout le monde est à même de vérifier, — que cette succession des vents a surtout lieu en hiver avec une grande régularité, et qu’elle se relie d’une manière à peu près constante aux oscillations du baromètre et du thermomètre, en un mot, aux changements de temps.
De même que les montagnes aux neiges éternelles communiquent au vent du nord, déjà froid naturellement, une température très basse, de même aussi les grandes plaines arides, brûlées par le soleil, absorbent rapidement d’énormes quantités de chaleur qu’elles renvoient au fur et à mesure à l’atmosphère; en sorte que lorsque les déserts de l’Afrique, par exemple, sont balayés par le vent du sud ou du sud-est, ce vent acquiert dans sa marche une température de plus en plus élevée et une vitesse de plus en plus grande. Il soulève et entraîne en outre des nuages de poussière et de sable qui achèvent de le rendre presque irrespirable. Tel est le vent du sud-est si fréquent dans les déserts de l’Afrique et de l’Arabie, et si redouté des voyageurs qui traversent ces grandes mers de sable pendant la saison chaude. En Arabie, en Perse et dans la plupart des contrées de l’Orient, ce vent est connu sous les noms de simoun, de semoun ou de samoun, dérivés de