DEUXIEME PARTIE
l’arabe samma, qui signifie poison. Dans la partie occidentale du Sahara, on l’appelle harmattan; en Egypte, on le nomme chamsin (cinquante), parce qu’il souffle chaque année pendant cinquante jours environ, depuis la fin d’avril jusqu’en juin, époque où commence l’inondation du Nil. La plupart des auteurs le désignent de préférence sous le nom de simoun, et ceux qui en connaissent l’étymologie ne manquent pas d’insister sur sa signification terrible, et sur les ravages qu’il cause, « sans réfléchir, dit Kaemtz, que, semblables aux enfants, les peuples non civilisés appellent poison tout ce qui est désagréable ou dangereux. » Le fait est que le simoun, lorsqu’il souffle pendant plusieurs jours de suite, ce qui est rare, peut devenir funeste aux hommes et aux animaux qu’il surprend au milieu du désert. Sa haute température et la vitesse dont il est animé déterminent à la surface du corps une évaporation rapide, qui sèche la peau, accélère outre mesure la respiration, enflamme le gosier et cause une soif dévorante. En même temps il vaporise l’eau dans les outres, et prive ainsi les malheureux voyageurs des moyens d’étancher l’ardeur qui les consume. Le sable brûlant dont il est chargé, et qui pénètre dans les yeux 'et dans les voies respiratoires, met le comble à leurs souffrances. On sait que le simoun anéantit jadis l’armée de Cambyse. Bien des fois depuis ce vent a fait périr des caravanes entières, et, il y a quelques années seulement, il faillit être funeste au corps d’armée que commandait le général Desvaux.
L’harmattan, très fréquent dans le Sahara occidental, où il souffle souvent cinq à six et quelquefois quinze jours de suite, est accompagné, dit M. A. Maury, d’un brouillard si obscur, qu’on n’aperçoit le soleil que pendant quelques heures après midi. Il dépose sur les plantes et sur la peau une poussière minérale, ordinairement blanche; il dessèche avec une incroyable rapidité les végétaux et tous les objets humides. Tout craque et se fend. Les nègres, pour échapper aux douleurs cuisantes que l’harmattan leur cause aux yeux, aux lèvres, au palais et sur les membres, ont soin de s’enduire de graisse tout le corps.
Ce n’est pas seulement dans les déserts de sable de l’Afrique et de l’Asie que les vents chauds sont à redouter, mais dans presque toutes les contrées continentales voisines des tropiques. Dans l’Inde, ces vents sont connus sous le nom de souffle des diables. Ils sévissent fréquemment durant la saison sèche et répandent dans les campagnes, et jusque dans les villes, l’effroi et la dévastation. Les effets délétères de ces vents ont été sans doute, comme ceux du simoun, fort exagérés. La qualification de souffles empoisonnés que leur appliquent, par exemple, deux historiens anglais, William Thorn et John Macdonald Kimseil, est évidemment hyperbolique. Il est certain toutefois que des vents animés d’une vitesse formidable, emportant avec eux des flots de sable, et dont la température s’élève à -40° et plus, doivent exercer sur leur parcours une action malfaisante, et devenir surtout funeste aux Européens, qui ne savent nullement s’en garantir. A la Louisiane, au Chili, dans les llanos ou 'pampas de l’Orénoque, on redoute aussi certains vents brûlants et, dit-on, malsains. Sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, les vents de terre ont également une très haute température.
Enfin, dans l’Europe méridionale régnent souvent en été des vents chauds,
PHÉNOMÈNES DE L’AIR 141
appelés sirocco en Italie et solano en Espagne. Ces vents ont probablement la même origine que le simoun. Ivaemtz suppose cependant que, dans certains cas,
ils peuvent prendre naissance sur les rochers arides de la Sicile ou dans les plaines de l’Andalousie.
On peut considérer comme appartenant à la même famille que le sirocco et le solano, probablement même le simoun, le vent chaud qui à certaines époques de l’année souffle sur la Suisse, quelquefois avec la violence d’un véritable ouragan. Ce vent est connu dans le pays sous le nom de fœhn. M. W. Hüghes, major du