DEUXIEME PARTIE
applique aux tempêtes de nos climats. En réalité, ces tempêtes suivent d’ordinaire une courbe plus ou moins fïexueuse; mais leur mouvement de translation ne se complique pas, comme celui des cyclones, d’un mouvement de rotation sur ellesmêmes. Elles embrassent souvent une immense étendue en largeur, parcourent avec une extrême rapidité plusieurs centaines de lieues et ne s’arrêtent, en perdant peu à peu leur vitesse, qu’ après avoir marqué leur passage sur la mer et sur les continents par de terribles ravages. Des observations barométriques faites méthodiquement sur un grand nombre de points à la fois ont permis d’analyser ces météores et d’en déterminer, pour ainsi dire, le mécanisme.
En Europe, la plupart des tempêtes viennent de l’ouest ou du sud-ouest; mais lorsqu’elles suivent cette dernière direction, qui est la plus ordinaire, il n’est pas rare qu’arrivées à une certaine hauteur, rencontrant un courant du nord ou du nord-est, elles se détournent brusquement, redescendent vers le sud, et quelquefois reprennent de nouveau leur direction primitive. Quelques météorologistes les considèrent comme les contre-coups des cyclones de la zone torride. Cette opinion est d’autant plus vraisemblable, que ces tempêtes surviennent généralement dans la saison où les cyclones se déchaînent au-dessous de l’équateur. Quoi qu’il en soit, elles ne sont pas moins dangereuses pour les navigateurs que leurs congénères des régions tropicales. Leur passage à travers l’océan Atlantique et leurs apparitions dans la Méditerranée sont toujours signalés par d’innombrables sinistres de mer. A terre, elles perdent beaucoup de leur force, et n’occasionnent guère dans les villes et dans les campagnes que des dégâts relativement insignifiants.
Une de celles qui ont laissé parmi les marins les plus lugubres souvenirs est la tempête du mois de novembre 1703. Le célèbre auteur de Robinson Crnsoé, Daniel de Foe, en a laissé une monographie très détaillée, publiée en 1704. Elle atteignit son maximum d’intensité dans la nuit du 20 novembre, et fit d’affreux ravages sur les côtes de l’Angleterre et des Pays-Bas, et dans presque toute l’Europe septentrionale.
MM. Zurcher et Margollé parlent d’une autre tempête qui, en 1836, commença à Londres, aussi au mois de novembre, vers dix heures du matin, et qui, le même jour, atteignit la Haye à une heure, Emden à quatre, Hambourg à six, Stettin à neuf heures et demie. Sa vitesse était donc, en moyenne, de trente mètres par seconde. Michelet, dans la Mer, a décrit avec son inimitable talent la tourmente d’octobre 1859 (toujours du sud-ouest), qui dura cinq jours et cinq nuits, et sema de naufrages toutes nos côtes occidentales. Des tempêtes non moins violentes ont sévi sur l’océan Atlantique et sur l’Europe, en octobre 1862 et au commencement de décembre 1863.
Nous voici arrivés aux véritables ouragans ( hurracan , mot indien ou caraïbe)1,
1 Dans la Description de l’Inde occidentale adressée à Charles -Quint par Fernando de Oviédo, on lit ce qui suit relativement aux superstitions des Indiens de la terre ferme :
« Quand le démon veut les terrifier, il les menace du hurracan , ce qui veut dire tempête. Le hurracan se lève si violemment, qu’il renverse les maisons et arrache beaucoup d’arbres. J’ai vu des forêts profondes entièrement détruites sur l’espace d’une demi -lieue en longueur et d’un quart de lieue en lar-
PHENOMENES DE L’AIR
régime des vents périodiques le renverse, et l’on voit alors succéder à l’immobilité de l’air des tempêtes justement redoutées des marins qui fréquentent ces parages, et des hommes qui ont fixé leur demeure sur les côtes et dans les îles de l’océan
geur; tous les arbres, grands et petits, étaient déracinés. C’était un spectacle si terrible à voir, qu’il paraissait être sans nul doute l’ouvrage du diable : on ne pouvait le considérer san6 terreur. » ( Les Tempêtes, par MM. Margollé et Zurcher, note 8.)
aux terribles tempêtes tournantes des régions tropicales. Ces tourbillons sont surtout fréquents dans la zone des calmes de l’équateur; car l’état d’équilibre auquel ces calmes sont dus n’est rien moins que stable : la moindre perturbation dans le