DEUXIEME PARTIE
Indien on de la mer des Antilles. Les premiers navigateurs portugais et espagnols qui furent à même de les observer les avaient désignés sous les noms de travados et de tornados. Dans les Indes et dans l’Indo-Chine, on les appelle typhons. Enfin le savant ingénieur anglais Piddington, qui les a particulièrement étudiés, et qui a indiqué le premier la loi de leur mouvement, leur a donné le nom de cyclones, que les météorologistes ont définitivement adopté. Ce nom est assez justifié par le double mouvement de rotation sur eux- mêmes et de translation en ligne courbe qui est le caractère propre des ouragans dont nous parlons.
M. L. Maillard, dans son savant ouvrage intitulé Notes sur l’île de la Réunion, cite un fait qui ne peut laisser aucun doute sur la marche particulière aux
cyclones. Il y a quelques années, le navire la Maria, déclaré incapable de tenir la mer, dut, à l’approche d’un cyclone, et par ordre supérieur, être abandonné dâns la rade de Saint-Denis. Ayant chassé sur ses ancres, il fut entraîné au large par le tourbillon. Dieu sait quelle route il fit, quelle courbe immense il décrivit, emporté ainsi par la tourmente. Le fait est que le lendemain il reparut au sudouest de l’ile, en vue de Saint-Leu, où il eut été jeté à la côte si, par bonheur, ses ancres, qu’il avait toujours traînées avec lui, ne se fussent accrochées au fond ; de telle sorte qu’il resta mouillé sur la rade, où il supporta bravement le reste de la tempête. Ce fut là que son équipage vint le reprendre pour le conduire à Maurice, où il fut réparé.
« S’il n’y avait eu que rotation, dit M. Maillard, le tourbillon eût naturellement ramené le navire à son point de départ; mais comme il fut soumis aussi au mouvement général de translation du cyclone, qui voyageait du N.-E. au S.-O., c’est à Saint-Leu qu’il vint si heureusement faire côte. »
Les cyclones, ces grandes convulsions de l’atmosphère, qu’on a comparées aux maladies de P organisme, ne sont, non plus que cclles-ci * soumises au hasard*
PHÉNOMÈNES DE L’AIR
Dans ces désordres, il y a encore un certain ordre; car ce sont, en définitive, des phénomènes naturels, et aucun phénomène, quel qu’il soit, ne se produit qu’en vertu de certaines lois. Or, de même que les médecins peuvent tracer à l’avance la marche d’une maladie, en indiquer les prodromes, les symptômes, la durée et la terminaison probables , de même aussi les météorologistes connaissent les signes précurseurs et la marche des spasmes de l’océan aérien. Romme, Redfield, Maury, Keller, Dove et Piddington ont déterminé la loi qui préside à leur foudroyante évolution.
« La loi principale des cyclones, dit M. Maillard, est leur tourbillonnement, qui, dans l’hémisphère nord, marche en sens inverse des aiguilles d’une montre, et dans l’hémisphère sud, marche dans le même sens que ces aiguilles. Ce tourbillonnement, dont la vitesse, quelquefois assez faible, peut aller jusqu’à cent et deux cents milles à l’heure, s’opère autour d’un centre qui lui -même a un mouvement de translation dont la direction est variable, mais à peu près connue. Ainsi, vers l’équateur, ce mouvement va de l’est à l’ouest, puis s’infléchit vers le nord ou le sud, dans l’hémisphère nord ou sud. Par 20° ou 25° la ligne de translation se courbe de plus en plus, finit par devenir nord et sud par 25° ou 30°, et décrit ensuite une autre partie de parabole à peu près semblable à la première.
« Le mouvement de translation des cyclones, qui varie d’un à cinq milles à l’heure, est en moyenne de cinq à dix milles, et leur diamètre entre cinquante et cent milles. (Dans les mers de Chine, la marche des typhons varie quant à la direction de translation; la loi des cyclones ne peut donc s’appliquer entièrement à ces phénomènes.) »
La figure ci-dessus, dessinée d’après celle que M. Maillard a donnée dans son ouvrage, représente le double mouvement de rotation circulaire et de translation parabolique des cyclones. On peut d’ailleurs se faire une idée très exacte de ces formidables ouragans, en considérant les petits tourbillons de vent rendus visibles par la poussière qu’ils soulèvent sur nos routes, sur nos promenades, et qui sont, pour ainsi dire, des miniatures de cyclones. Au centre du météore, il règne ordinainement un calme relatif, quelquefois même un calme absolu , qu’on attribue à la raréfaction de la colonne d’air autour de laquelle le cyclone tourne comme un immense anneau : c’est l’axe, ou, comme disent les Espagnols, Y œil de la tempête. Il n’est pas rare de voir en ce point les nuages se dissiper, l’azur ou les étoiles du ciel apparaître un instant; ou, si la région du calme est très restreinte, le centre du cyclone se révèle seulement par un cercle plus pâle dessiné sur le sombre voile des nuages.
C’est pourtant près de ce centre que la force du tourbillon est le plus à craindre; en sorte que les marins surpris par l’ouragan doivent, avant tout, chercher à s’éloigner de son centre et de sa ligne de translation présumée. Lorsque les vents sont bien établis, le vent régnant étant tangent au cyclone, « le centre se trouve toujours sur la perpendiculaire intérieure à la direction du vent, c’est-à-dire à droite de la marche du vent dans l’hémisphère sud , et à gauche dans l’hémisphère nord. » (Maillard.)