DEUXIEME PARTIE
Les cyclones s’annoncent d’ailleurs, assure-t-on, plusieurs jours à l’avance par des signes auxquels ne se méprennent guère les habitants des contrées tropicales et les marins accoutumés à naviguer dans ces parages.
« Sous l’effort de l’ouragan, disent MM. Margollé et Zurcher, une immense partie de l’atmosphère est entrée en vibration. Bientôt aussi une longue houle se lève ; la mer brise sur les rochers et se couvre d’écume.
« Durant cinq à six jours, de nombreux cirrus se forment dans le ciel encore clair. Ces nuages légers et très élevés, composés de fines aiguilles de glace, se dissolvent bientôt en une couche blanchâtre, laiteuse, dans laquelle on voit fréquemment des halos. De lourdes nuées leur succèdent, en même temps qu’une panne sombre se montre à l’horizon.
« Tous les observateurs parlent de l’étrange couleur que revêtent les nuages au lever et au coucher du soleil. L’aspect du ciel est menaçant. Un brouillard rouge, qui teint à la fois la mer et le ciel, s’étend sur tous les objets, et donne au soleil cette couleur sanglante que Virgile, dans ses Géorgiques, indique comme un signe précurseur des tempêtes. Le phénomène, assez rarement, il est vrai, dure pendant la nuit, aux clartés de la lune, et la mer se couvre en même temps de lueurs phosphorescentes. Quelquefois le vent alizé, qui soufflait en brise régulière, tombe pendant vingt-quatre heures; le calme règne, interrompu seulement par quelques bouffées d’air chaud, étouffant. La nature semble réunir toutes ses forces pour accomplir l’œuvre de dévastation qui va marquer le passage funeste du météore.
« Chacun se réfugie dans les endroits les moins élevés et les plus couverts, quelquefois dans une maison d ouragan, solidement construite en pierres de taille. L’impression produite sur les animaux est surtout remarquable. Ils semblent agités par une vive anxiété. Les oiseaux de mer rallient de toutes parts la terre, où ils cherchent un abri contre les fureurs de la tempête qu’ils pressentent.
« Le banc de nuages noirs aperçu à l’horizon se couronne souvent d’une immense flamme électrique. Dans la mer de Java, suivant Piddington , des éclairs multipliés s en écoulent, semblables à une cascade lumineuse. Quelquefois des rayons s’élèvent simultanément au-dessus d’une frange pourprée, comme dans les aurores boréales... A partir de l’instant où tombent les premières rafales, la violence de la tempête s’accroît jusqu’au voisinage du centre. Une épaisse voûte de nuages a couvert le ciel. De l’abîme ténébreux, la pluie, souvent la grêle, se précipitent comme des torrents, et se mêlent à l’écume que le vent arrache à la mer.
« Au commencement des cyclones, un bruit sourd, étrange, s’élève quelquefois et tombe « avec un gémissement semblable à celui du vent dans les vieilles mai- « sons pendant les nuits d’hiver ». (Piddington.) Un bruit analogue, qui vient du large et qui annonce les tempêtes, est connu en Angleterre sous le nom d 'appel de la mer. Les rafales qui déchirent l’air pendant le cyclone font entendre, disent les relations, comme un rugissement de bêtes sauvages, un effroyable tumulte de voix sans nombre et de cris de terreur. Sur le passage du centre, un bruit formidable ressemblant à des décharges d’artillerie, un con-
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tinuel grondement de tonnerre, la voix même de l’ouragan, éclate et domine tout.
« Près de ce centre, où le plus grand vide se produit, le vent paraît décrire, en s’élevant, une spirale immense. Sa furie redouble. Dans l’axe du cyclone,
une puissante succion élève la mer en montagne conique, et forme la lame de tempête qui, en avançant sur la surface de l’Océan, inonde les côtes et produit le terrible phénomène des ras de marée 1 . »
1 Je laisse à MM. Margollé et Zurcher la responsabilité de cette explication des ras de marée : explication très contestable, et à laquelle on en a opposé d’autres également hypothétiques. Voyez, à ce sujet, le chapitre v de la seconde partie des Mystères de l’Océan.