DEUXIEME PARTIE
suspension par des causes extraordinaires; elle est aussi facile à comprendre que celle de la poussière. »
Rien sans doute n’est plus varié, rien n’est plus changeant que les formes et l’aspect des nuages. Cependant une observation attentive et suivie permet de constater, au milieu de leurs métamorphoses continuelles, la prédominance de certains types qui, dans des circonstances météorologiques déterminées, apparaissent constamment, et qui, en se combinant, en se fusionnant dans d’autres circonstances, donnent naissance à des sous-types, à des espèces intermédiaires faciles à reconnaître.
Howard a distingué les nuages, d’après leur forme, en quatre espèces principales, savoir : les cirrus, les cumulus, les stratus et les nimbus.
Les cirrus (en latin, boucle ou mèche de cheveux), appelés par les marins queues de chat, et par les paysans suisses nuages de sud-ouest, sont des nuages légers et diaphanes, qui ressemblent, soit, comme leur nom l’indique, à des mèches de cheveux plus ou moins frisées, soit à des faisceaux de longs fdaments, soit à des réseaux déliés. Ils occupent toujours les plus hautes régions de l’atmosphère, et l’on sait aujourd’hui qu’ils sont formés de particules de glace ou de flocons de neige très divisés; ce qui s’explique par la basse température qui règne au sein des couches d’air très raréfiées où ils sont suspendus.
« L’apparition des cirrus, dit Kaemtz, précède souvent les changements de temps. En été, ils annoncent de la pluie; en hiver, de la gelée ou du dégel. Même quand les girouettes sont tournées vers le nord, ces nuages sont souvent entraînés par des vents du sud ou du sud-ouest, et bientôt ceux-ci se font aussi sentir à la surface de la terre. » On peut admettre que ces nuages sont amenés par des vents du sud, qui déterminent la baisse du baromètre, et dont les vapeurs se précipitent à l’état de pluie. Telle est du moins la théorie de M. Dove, et elle justifie la dénomination sous laquelle les paysans suisses ont désigné ce genre de nuages.
Les cumulus ( balles de coton des marins) sont bien reconnaissables à leur forme arrondie et mamelonnée à la partie supérieure, rectiligne à la partie inférieure, à leurs contours nettement dessinés et d’un blanc argenté. On les voit très souvent, dans les beaux jours, étagés au-dessus de l’horizon, où ils présentent l’aspect de montagnes couvertes de neige. Ils sont moins élevés que les cirrus; mais ils se maintiennent cependant, d’ordinaire, à d’assez grandes hauteurs.
Les stratus (ce mot latin signifie couche) forment à l’horizon de longues et larges bandes. Leur couleur fondamentale est le gris; mais comme ils se produisent surtout le soir à la tombée du jour, du côté de l’ouest, les feux du soleil couchant les teignent de couleurs très vives et très belles. On observe aussi des stratus du côté de l’orient, au lever du soleil, et quelquefois même en plein jour, sur divers points de l’horizon; mais ils sont alors ou plus diffus, ou combinés avec d’autres nuages, et revêtent un caractère mixte dont je parlerai tout à l’heure.
Enfin les nimbus sont de grands nuages très épais, de nuance foncée, frangés, déchiquetés ou estompés sur les bords, et nageant dans les couches inférieures de
PHÉNOMÈNES DE L’AIR
l’air, quelquefois avec beaucoup de lenteur, d’autres fois avec une extrême rapidité. Ce sont des nuages de mauvais temps; lorsqu’on les voit apparaître, on peut affirmer à coup sûr que Ja pluie ne sc fera pas attendre. Howard appelait les
nimbus des cirro-cumulo- stratus, pour indiquer qu’il les considérait comme un mélange de tous les autres nuages; et en effet, c’est lorsque, par suite de l’abondance des vapeurs vésiculaires, une grande masse de nuages divers, occupant en hauteur et en largeur une vaste étendue, viennent à se réunir et à se souder, que le ciel se charge de nimbus, et que la pluie ou la neige commence à tomber.