‹ L'air et le monde aérienChapitre 87 sur 210 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Aux trois formes fondamentales des cirrus, des cumulus et des stratus1 se rattachent les formes mixtes qne les météorologistes désignent sous les noms de cirro - cumulus , cirro - stratus , cumula - stratus , strato- cumulus.

Les cirro-cumulus se produisent lorsque les cirrus restent stationnaires. Ils indiquent en général un temps sec, et sont fréquents en été, rares en hiver. Ce sont des nuages moutonneux et ondulés qui font le ciel pommelé, lequel, selon un dicton populaire, « n’est pas de longue durée. » Le fait est qu’ils sont ordinairement le signe d’un changement prochain dans l’état de l’atmosphère; mais ce changement est au moins aussi souvent favorable qne défavorable. Selon Kaemtz, les cirro-cumulus annoncent la chaleur. Les cirro-stratus , au contraire, précèdent le vent et la pluie, et se voient fréquemment dans les intervalles des orages. Ces nuages se juxtaposent en bandes horizontales qui, au zénith, montrent un grand nombre de nuages allongés et déliés, mais qui, à l’horizon, apparaissent sous la forme d’une seule couche très longue et très étroite.

Les cumulo- stratus prennent naissance lorsque les cumulus deviennent plus épais, se rejoignent et s’étendent sur le ciel. Ils ne tardent guère à se changer en nimbus. Kaemtz distingue les cumulo -stratus des strato -cumulus. Ceux-ci se rapprochent plus que les premiers des stratus par leur forme; mais ils sont placés plus haut que les stratus. Ils se montrent surtout dans l’après-midi, en masses très denses, arrondies, à contours irréguliers, et le soir ils envahissent le ciel tout entier.

L’abondance des nuages varie comme celle des vapeurs, mais dans des conditions différentes, selon l’heure du jour, la saison, la direction du vent, l’état électrique de l’atmosphère, le climat. Ces circonstances se combinent ou se contrarient de cent manières; en sorte qu’il est impossible d’en préciser les effets, et* qu’il faut s’en tenir sur ce sujet à des données générales et approximatives.

En général donc, le ciel est plus couvert le matin avant le lever, et le soir après le coucher du soleil qu’au milieu du jour et même que pendant la nuit. Vers midi, ce sont les rayons du soleil qui redissolvent dans l’air la vapeur vésiculaire. La nuit, ce sont les courants supérieurs résultant de l’ascension de masses d’air échauffées pendant le jour, qui chassent et dissipent les nuages. Quelques physiciens attribuent aussi au rayonnement de la lune un pouvoir calorifique capable de contribuer à ce résultat, sinon de le déterminer intégralement.

Je n’apprendrai rien au lecteur en disant que l’air est plus souvent chargé de nuages en hiver qu’en été, plus souvent aussi au printemps qu’en automne.

L’état électrique de l’atmosphère paraît dépendre lui-même de la température, et du plus ou moins d’activité de l’évaporation à la surface du sol; puis il réagit ensuite sur la précipitation des vapeurs. Je traiterai plus loin du rôle, si important et encore si mal connu, de l’électricité dans les perturbations atmosphériques.

i Par respect pour la langue latine , à laquelle ces noms sont empruntés , quelques auteurs , notamment M. L. Maillard ( Notes sur Vile de la Réunion), que j’ai cité plus haut, disent au pluriel cifri) cumulij strati, nimbi. Je me permettrai de faire observer que, dans son zèle pour la grammaire latine, M. Maillard oublie que strati est un barbarisme , le substantif stratus (génitif stratus ) appartenant à la quatrième déclinaison.

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

Pour ce qui est des vents, on conçoit, sans qu’il soit besoin d’y insister, que ceux qui sont à une température élevée tendent à dissoudre les vapeurs, tandis que les vents froids tendent à les condenser. On remarque cependant que dans nos contrées les vents tièdes du sud, du sud-ouest et de l’ouest sont les plus nuageux, tandis que par les vents du nord-est et de l’est le ciel est presque toujours serein. C’est que les premiers arrivent des régions chaudes, où ils se sont imprégnés d’une grande quantité de vapeur; à mesure qu’ils avancent vers le nord, ils se refroidissent, et cette vapeur passe à l’état vésiculaire. Le contraire a lieu pour les vents du nord-est, par exemple, qui ont passé sur des pays froids, où l’évaporation est peu considérable, et qui, s’échauffant sous nos latitudes, s’éloignent d’autant plus de leur point de saturation.

A mesure que des latitudes polaires où, pendant la plus grande partie de l’année, le ciel est voilé de brumes épaisses, on descend vers la zone tropicale, on voit le ciel devenir plus pur et plus transparent. Son état ordinaire peut toutefois varier d’une manière très notable, par suite de circonstances tout à fait locales. J’ai déjà indiqué ces circonstances et les effets qui s’y rapportent. Je dirai seulement ici quelques mots d’un phénomène très remarquable que présente la zone des calmes équatoriaux : c’est l’immense ceinture de nuages qui enveloppe en cet endroit le globe terrestre tout entier, sur une largeur d’environ cinq degrés. Maury compare cette ceinture à l’anneau de la planète de Saturne, et la désigne sous le nom de cloud-ring. Elle est soumise à un déplacement annuel qui suit la déclinaison du soleil, et lui fait parcourir l’espace compris entre le cinquième degré de latitude sud et le quinzième de latitude nord.

Le cloud-ring, « en voyageant, dit M. Zurcher, avec la zone des calmes équatoriaux, protège alternativement contre l’ardeur du soleil les divers parallèles qu’il couvre, et y ramène la pluie à des époques déterminées... Les décharges électriques sont très fréquentes au sein de ce sombre dais de nuages. Le son s’y répercute comme au milieu des montagnes, et les marins qui traversent les régions qu’il couvre entendent le roulement continuel du tonnerre... La pluie continuelle dégage une énorme quantité de calorique latent, qui contribue puissamment à produire dans la région équatoriale la raréfaction d’air par laquelle sont créés les vents alizés. C’est aussi à cette raréfaction qu’on doit attribuer la baisse très sensible du baromètre dans toute l’étendue de la zone. »

Lorsque les vésicules aqueuses dont se composent les nuages s’accumulent et se réunissent en gouttes assez grosses pour que l’action des courants horizontaux et celle des courants ascendants ne suffisent plus à les tenir en suspension, elles tombent sous forme Ae, pluie. Des causes particulières, et jusqu’ici peu connues, interviennent évidemment dans ce phénomène, plus complexe qu’on ne pourrait le croire au premier abord; car l’explication très simple que je viens d’en donner, d’après les météorologistes les plus autorisés, ne rend pas compte des caractères très divers qu’il présente dans des circonstances en apparence identiques. Ces causes favorisent ou contrarient, retardent ou accélèrent la condensation et la précipitation des vapeurs vésiculaires.

Tout le monde a pu remarquer que, dans certains cas, le ciel demeure pendant

Page 1