DEUXIEME PARTIE
de longues heures, quelquefois pendant des journées entières, obscurci par d’énormes nuages sans qu’il tombe une goutte de pluie; que, dans d’autres cas, la pluie s’échappe en abondance, soit d’un nuage isolé, soit d’une nappe étendue, mais peu compacte; que tantôt les gouttes sont très ténues et très pressées, tantôt elles sont d’un volume énorme et très écartées les unes des autres; tantôt enfin ce ne sont pas des gouttes qui tombent, mais des filets continus, ou même de véritables flots; que si, en général, la pluie commence faiblement pour augmenter ensuite, puis cesser graduellement, il n’est pas rare non plus de voir des grains qui débutent à l’improviste avec une extrême intensité, pour s’arrêter aussi tout à coup, comme par enchantement.
A côté de ces bizarreries inexplicables, il en est dont un examen un peu attentif donne aisément la raison. Ainsi il arrive souvent que la pluie tombe abondamment à une grande hauteur, sur le sommet d’une montagne, tandis que, sous les mêmes nuages, elle est nulle ou presque nulle à la surface du sol; ou réciproquement, que la pluie esl très faible en haut et très forte en bas. C’est que, dans le premier cas, les gouttes, en approchant de terre, passent par des couches d’air sec et chaud où elles se vaporisent en tout ou en partie; dans le second cas, les couches inférieures sont humides et froides, et les gouttes de pluie s’y grossissent par la condensation de, nouvelles quantités de vapeur.
Une foule île causes influent sur l’abondance ou la rareté des pluies dans les divers pays : les vents régnants, la proximité de la mer, les saisons, la latitude. En thèse générale, on peut dire que plus un pays est chaud, plus l’évaporation y est considérable, et plus il y doit pleuvoir. On remarque, en effet, que, toutes choses égales d’ailleurs, l’abondance des pluies diminue de l’équateur au pôle. Cependant cette règle souffre de nombreuses exceptions, dues à diverses circonstances locales. Une carte météorologique dressée par M. Berxgaus indique quatre régions où il ne pleut jamais. Ce sont, en Afrique, le grand désert du Sahara; en Asie, le nord de l’Inde ou de la Chine (ou de l’Indo-Cbine) ; en Amérique, quelques points du Mexique et des côtes du Pérou ou du Chili.
D'après les relevés donnés par M. de Gasparin dans sa Météorologie agricole, la partie de l’Italie située au nord des Apennins est la contrée de l’Europe où il pleut le plus. L’Angleterre vient ensuite, puis la France méridionale, etc. La Russie n’arrive qu’au dernier rang. A Paris, la hauteur d’eau qui tombe annuellement est de 0m564, répartie comme il suit : pour l’hiver, 0m 1 07 ; pour le printemps, 0m174; pour l’été, 0ml(il; pour l’automne, 0m122. C’est donc en hiver qu’il tombe le moins d’eau. On a trouvé à Bordeaux, pour hauteur moyenne des pluies tombées en un an, 0m650; à Madère, 0m 767 ; à la Havane, 2m32; à Saint-Domingue, 2m73.
Lorsqu’ en hiver, par un changement de temps subit, la pluie vient à tomber après une gelée de quelques jours, en touchant le sol, dont la température est restée inférieure à 0°, elle se congèle et forme à sa surface cette couche glacée qu’on nomme verglas. La pluie continuant à tomber et le sol s’échauffant peu à peu, cette couche finit par se dissoudre.
Les Parisiens se souviendront longtemps du verglas du 1er janvier 1875. Vers
PHENOMENES DE L’AIR
dix heures du soir, la pluie fine et serrée qui tombait depuis quelque temps déjà commença à se congeler, et en peu d’instants le sol de la ville était recouvert d’une couche de glace rendant impossible la circulation des voitures et même des piétons. Une foule de personnes durent rester cette nuit-là dans les maisons où elles étaient allées passer la soirée, et celles qui sortirent des théâtres vers minuit eurent mille peines à rentrer chez elles. De nombreux accidents ont été causés par ce dangereux verglas, et les journaux de l’époque fourmillent d’épisodes tantôt tristes, tantôt burlesques, qui ont signalé cette nuit mémorable.
Quand la température de l’air est voisine de zéro, surtout lorsqu’elle est au-dessous, les vapeurs vésiculaires, au lieu de se condenser en pluie, se précipitent en particules glacées, qui, réunies en petites masses, constituent la neige. Ivaemtz dit que plus la température de l’air s’abaisse, moins il tombe de neige, parce qu’ alors l’atmosphère contient moins de vapeurs. Il est cependant constant que, dans les pays où l’hiver est très froid, il tombe chaque année de grandes quantités de neige. Il est bien vrai que dans ces pays et dans cette saison l’air contient moins de vapeurs; mais à mesure que la température se refroidit, les vapeurs formées précédemment ou apportées par les vents chauds se condensent en grande abondance, et les nimbus, au lieu de verser de la pluie, donnent de la neige.
Le grésil résulte probablement de ce que les flocons de neige, passant par des couches moins froides que celles où ils se sont formés, éprouvent un commencement de fusion, puis se congèlent de nouveau par suite de l’évaporation qui se produit, et du mouvement très rapide que le vent leur imprime. C’est surtout à l’époque des giboulées de mars et d’avril que le grésil tombe mêlé à de la pluie. Ce mode de précipitation est vulgairement désigné sous le nom de neige fondue. Il ne faut pas confondre le grésil avec la grêle , qui accompagne exclusivement les orages électriques, et dont il sera parlé au chapitre suivant.