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LES ORAGES ÉLECTRIQUES

Les météorologistes distinguent aujourd’hui deux sortes d’orages : les orages électriques et les orages magnétiques. Sous la dénomination d’orages électriques , nous comprenons tous les phénomènes par lesquels se manifeste F électricité atmosphérique, c’est-à-dire les orages proprement dits, avec les météores aqueux et ignés qui les précèdent ou les accompagnent, et les trombes.

« Les hautes régions de l’atmosphère, disent MM. Zurcher etMargolIé, sont un immense réservoir d’électricité qui s’écoule vers le sol, tantôt silencieusement, tantôt au milieu des éclats de la foudre. Le premier mode de communication se manifeste surtout en hiver. En été, quand l’air est sec, il n’est plus conducteur du fluide, qui se concentre alors dans les nuages. L’équilibre des forces électriques est rompu, et ne se rétablit que par les conflagrations de l’orage. »

Sauf dans des cas assez rares , l’orage qui va éclater est toujours précédé d’un travail sourd, plus ou moins lent, plus ou moins sensible. Son approche affecte à la fois les éléments, les êtres animés et les plantes. Les personnes nerveuses sont alors en proie aune agitation vague, quelquefois à des spasmes douloureux. Les malades, les blessés, les valétudinaires ressentent une impression pénible, qui n’est pas toujours sans gravité. Les animaux donnent des signes de malaise ; les plantes elles -mêmes semblent prises de langueur, et l’on dirait qu’elles attendent avec anxiété le feu qui va les consumer, ou la pluie bienfaisante qui va les ranimer.

Ces effets sont dus à un état particulier de l’atmosphère que, dans le midi de la France, on nomme la touffe : espèce de calme plat où nul souffle ne vient corriger l’élévation de la température. On voit le ciel se charger de nuages très denses que le P. Beccaria comparait à des masses de coton amoncelées. Ces nuages semblent se gonfler, diminuent de nombre et augmentent de volume sans se séparer de leur première base. Les contours, d’abord nombreux et distincts, se fondent ensuite peu à peu les uns dans les autres, de manière à ne plus laisser à l’ensemble que l’aspect d’un nuage unique. A ce moment, de brusques rafales balayent en tourbil-

PHENOMENES DE L’AIR

lonnant la surface du sol. Puis le vent cesse, ou plutôt il remonte. Les montagnes nuageuses se mettent en mouvement, roulent les unes sur les autres, s’attirent, se heurtent, se repoussent, comme les vagues d’un sombre océan agité par une tempête intérieure. Bientôt la pluie tombe. Ce sont d’abord de larges gouttes clairsemées, puis de longs fdets verticaux, de plus en plus pressés. En même temps les éclairs sillonnent les nues , le tonnerre gronde , les éclats de la foudre se succèdent à des intervalles plus ou moins rapprochés, lorsque même ils ne se produisent pas à la fois sur plusieurs points du ciel. L’orage est alors dans toute sa force. Il dure ainsi, en se déplaçant lentement sous l’impulsion du vent, jusqu’à ce que l’atmosphère se soit allégée des masses d’eau qui s’y étaient accumulées, et que l’équilibre électrique se soit rétabli.

Le symptôme essentiel et caractéristique des orages , ce sont les explosions de la foudre. Depuis les travaux de l’abbé Nollet, de Dalibard, de Buffon, du docteur Bergeret, de Romas, et surtout depuis les admirables découvertes de Benjamin Franklin, l’opinion unanime des physiciens est que la foudre est un phénomène identique par sa nature avec l’étincelle électrique qu’on tire du conducteur de la machine électrique, ou de la bouteille de Leyde ; qu’il est dù à la recomposition du fluide neutre par la combinaison violente des électricités contraires, soit entre deux nuages, soit entre un nuage et la terre. Cette théorie, toutefois, si plausible qu’elle nous paraisse, si universellement qu’elle soit admise, laisse place à des doutes et à des obscurités qui ne permettent pas encore de donner de la foudre une définition scientifique. Il faut, pour éviter toute erreur, et pour que la définition s’applique à toutes les hypothèses présentes et à venir, se contenter d’indiquer exactement les faits sensibles qui constituent ce phénomène. C’est pourquoi nous dirons, avec Arago, que la foudre est un météore qui se manifeste, quand le ciel est couvert de certains nuages, par un jet subit de lumière, et par un bruit plus ou moins fort et prolongé. Ce jet de lumière, c’est X éclair. Le tonnerre n’est que le bruit qui accompagne l’explosion de la foudre.

Arago et la plupart des météorologistes divisent les éclairs en trois espèces.

La première comprend les éclairs linéaires, qui se montrent sous l’aspect d’un filet .de lumière très mince et très arrêté sur les bords. La lumière de ces éclairs est toujours très vive, et en général d’un blanc bleuâtre; on en a vu cependant de rouges et de violacés. Malgré leur rapidité proverbiale, ils ne se propagent pas en ligne droite : presque toujours ils serpentent et décrivent dans l’espace une courbe sinueuse ou une courbe brisée à angles variables. Quelquefois aussi on les voit se partager, à un certain point de leur course, en plusieurs branches parfaitement distinctes. Ce sont les éclairs les plus dangereux, ceux qui atteignent le plus souvent les objets terrestres, qui portent avec eux la mort et l’incendie, et constituent proprement la foudre.

La lumière des éclairs de la seconde espèce, au lieu d’être restreinte à des traits sinueux presque sans largeur apparente, est diffuse, et embrasse d’immenses étendues. Tantôt ces éclairs n’illuminent que le contour des nuages ; tantôt on dirait que ceux-ci s’ entrouvrent pour leur livrer passage, et alors toute la surface du nuage est comme inondée de lumière. Les éclairs diffus sont de beaucoup les plus

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