‹ L'air et le monde aérienChapitre 90 sur 210 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

communs. «Dans un orage ordinaire, dit Arago, il s’en produit des milliers pour un éclair sinueux et fulgurant. »

Les éclairs de la troisième espèce diffèrent totalement des précédents; ils sont extrêmement rares, et remarquables surtout par deux caractères bien tranchés, savoir : leur forme sphérique, qui les a fait désigner sous le nom d 'éclairs en boule, et leur mouvement de translation, qui est relativement très lent. Tandis que les éclairs ordinaires ne durent qu’une fraction de seconde, les éclairs en boule persistent pendant plusieurs secondes; on peut aisément les suivre et apprécier leur vitesse. Ils présentent encore d’autres particularités étranges : souvent on les voit rebondir à la surface du sol; quelquefois ils éclatent comme des bombes, avec un fracas épouvantable ; d’autres fois ils laissent après eux une traînée de particules enllammées, qu’on a comparées aux fusées de nos feux d’artifice. On ignore complètement l’origine de cette sorte d’éclairs, qui a soulevé parmi les savants les plus vives discussions, et dont on serait tenté de révoquer en doute la possibilité, s’ils n’avaient été observés et décrits par des témoins dignes d’une confiance absolue.

Deslandes, dans une note adressée à l’Académie des sciences sur l’orage célèbre qui éclata en Bretagne dans la nuit du 14 au 15 avril 1778, dit que l’église de Couesnon, près de Brest, fut détruite par « trois (/lobes de feu de trois pieds et demi de diamètre chacun, qui, s’étant réunis, avaient pris leur direction vers l’église d’un cours très rapide ».

Le 16 juillet 1750, une maison de Dorking (Surrey) fut fortement endommagée par un coup de foudre. « Tous les témoins de l’événement, dit Arago, déclarèrent qu’ils avaient vu dans l’air de grosses boules de feu ( larye balls of fire) autour de la maison foudroyée. »

« Le 20 juin 1772, dit encore Arago, pendant qu’un orage grondait sur la paroisse de Steeple-Aston (Wiltshire), on vit dans les airs un globe de feu osciller pendant assez longtemps au-dessus du village, et se précipiter ensuite verticalement sur les maisons, où il produisit beaucoup de dégâts. »

Les savants Schiibler, Muncke, Kaemtz, Peltier ont également donné la description de phénomènes semblables, qu’ils avaient eux-mêmes observés. M. le professeur Jamin cite, dans son Cours de physique, l’exemple suivant, qu’il tenait d’une honorable personne, Mme Espert, qui habitait lors de l’événement la cité Odiot, près des Champs-Elysées, à Paris. « Passant devant ma fenêtre, qui est très basse, dit cette dame, je fus étonnée de voir comme un gros ballon rouge, absolument semblable à la lune lorsqu’elle est colorée et grossie par les vapeurs. Ce ballon descendait lentement et perpendiculairement du ciel sur un arbre des terrains Beaujon. Ma première idée fut que c’était une ascension de M. Grimm ; mais la couleur du ballon et l’heure (six heures et demie) me firent penser que je me trompais, et tandis que mon esprit cherchait à deviner ce que ce pouvait être, je vis le feu prendre au bas de ce globe suspendu à quinze à vingt pieds au-dessus de l’arbre. On aurait dit du papier qui brûlait doucement avec de petites étincelles ou flammèches ; puis, quand l’ouverture fut grande comme trois fois la main, tout à coup une détonation effroyable fit éclater toute l’enveloppe, et sortir de cette machine

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

infernale une douzaine de rayons de foudre en zigzags, qui allèrent de tous côtés , et dont un vint frapper yne des maisons de la cité, où il fit un trou dans le mur, comme l’aurait fait un boulet de canon. Ce trou existe encore. Enfin un reste de matière électrique se mit à étinceler comme une flamme blanche, vive et brillante, et à tourner comme un soleil de feu d’artifice. »

Enfin voici à ce sujet une observation due à M. Gaultier de Claubry, et qui se rapporte à l’orage du 9 juillet 1874, à Paris.

Le thermomètre marquait 37 à 38 degrés. La couleur du ciel était ardoise, assez uniforme; quelques nuages seulement s’y trouvaient stationnaires. Deux orages se distinguaient, du S.-O. et de l’E.-N.-E., lorsqu’un coup formidable se fit entendre en même temps qu’éclatait la foudre. M. Gaultier de Claubry était à la fenêtre de son appartement, situé au quatrième étage, rue du Cardinal -Lemoine, d’où la vue est très étendue. Une flamme parut dans la rue Thouin, presque en face; une forte commotion se fit sentir.

C’est dans la rue Blainville que s’est produit le principal effet, venant de l’E.-N.-E. Une masse de feu passa par-dessus l’école des sœurs, et, après avoir dégradé quelques maisons, se précipita sous la forme d’une boule de 25 à 30 centimètres de diamètre sur le pavé, roula sur le trottoir et éclata. Une partie pénétra dans une boutique pour y éclater de nouveau , et fondit en partie un fil de fer fixé au plancher et qui soutenait un tuyau de poêle.

Une ouvrière resta comme pétrifiée ; elle avait perdu l’ouïe, elle balbutiait et pouvait à peine se servir de ses membres. Ces symptômes disparurent promptement. Le magasin avait été rempli comme de flammes. La tête de la maîtresse du magasin semblait en feu; un légère brûlure à l’angle externe de l’œil droit résulta de ce phénomène.

Une forte odeur de soufre en combustion se faisait remarquer, et l’air était à peine respirable. Le concierge de cette maison, qui se trouvait sur le pas de la porte, sentit pénétrer dans ses vêtements une matière brûlante qui lui semblait les enflammer; la lumière qui l’enveloppa était comme une flamme.

Une dame de la rue Thouin se vit également enveloppée de flammes. Une autre dame- de la place Lacépède éprouva la même sensation et fut légèrement brûlée à la jambe. Enfin, rue Lhomond, une personne ressentit une commotion dans le bras droit, en saisissant le bouton d’une sonnette.

Le thermomètre ne marquait plus que 21 degrés après cette phase de l’orage.

Quelques météorologistes admettent une quatrième et une cinquième espèce d’éclairs.

Les éclairs de la quatrième espèce sont ceux qu’on appelle communément éclairs de chaleur, parce qu’ils se manifestent toujours par les temps très chauds ; le vulgaire, n’entendant aucun bruit après leur apparition, les considère comme un simple effet de l’élévation de la température, plutôt que comme un phénomène électrique et orageux. Mais de toutes les théories émises sur l’origine de ces prétendus éclairs de chaleur, la plus plausible est celle qui les rattache à la seconde espèce (celle des éclairs diffus), et les' attribue à des orages éloignés, dont les tonnerres ne peuvent être entendus à cause de la distance, mais dont les éclairs pro-

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