‹ L'air et le monde aérienChapitre 96 sur 210 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

à l’ordre du jour, et a été discutée fort doctement par des savants du plus haut mérite; mais on ne peut dire que, dans ce cas, une lumière bien vive ait jailli du choc des opinions. Les uns semblent avoir raison, à moins que les autres n’aient raison de leur côté, auquel cas ce seraient les premiers qui auraient tort : ceux-ci distinguant profondément les trombes des cyclones, comme des phénomènes d’ordre tout différent; ceux-là, au contraire, considérant les trombes et les cyclones comme des phénomènes de môme famille, sinon tout à fait de même espèce. Nous retrouvons en tête de ces derniers M. Faye, qui applique aux trombes comme aux cyclones et au fœhn sa fameuse théorie des tourbillons descendants. Parmi les autres se distingue un savant officier de notre marine, M. le contre-amiral Mouchez, confrère de M. Faye à l’Académie des sciences. Au fond, il se pourrait bien qu’il y eût dans ce. débat une question de mots plutôt que de choses, et que l’on disputât faute de s’être préalablement entendu sur la valeur des termes qu’on emploie. Mais encore, en se plaçant à ce point de vue, doit-on convenir qu’il n’est pas toujours aisé d’attribuer à tel phénomène donné le nom qui lui convient exactement. Nous avons tous lu dans les auteurs et dans les journaux la description des météores redoutables qui traversent une contrée avec une rapidité foudroyante, renversant, détruisant tout sur leur passage. Mais ces météores, que sont-ils? L’un dit trombe; un autre, cyclone ; un troisième, pour ne pas se compromettre, se servira d’une expression vague : ouragan ou tourbillon. Au fait, de quoi s’agit-il? c’est ce qu’il faudrait savoir. On doit rendre au moins à M. le contre-amiral Mouchez cette justice que, lorsqu’il a voulu donner sa théorie des trombes, les météores qu’il a décrits de visu étaient bien de véritables trombes et ne pouvaient être confondus ni avec les cyclones ou tempêtes tournantes, ni avec de simples bourrasques ou avec des tourbillons de vent. La trombe est, en effet, un nuage orageux affectant une forme et possédant des propriétés sui generis; elle ne se produit que dans des circonstances particulières, que M. Mouchez a parfaitement indiquées, et qui n’ont absolument rien de commun avec celles qui précèdent et accompagnent le cyclone.

« La trombe, dit M. Mouchez dans une note communiquée à l’Académie des sciences le 29 décembre 1873, prend toujours naissance au bas d’un nuage particulier, d’un nimbus fort dense, dont elle n’est qu’un appendice, et elle ne 'paraît, pouvoir se former qu'en calme plat, ou avec une très faible brise , car un vent même modéré la dissipe immédiatement. Toutes les trombes que j’ai eu l’occasion d’observer se sont formées dans les conditions suivantes, toujours identiquement les mêmes : calme plat, ciel généralement dégagé en quelque point de l’horizon, et couvert dans d’autres de nuages noirs très denses terminés dans la partie inférieure par une ligne droite horizontale, et dans la partie supérieure par des masses floconneuses beaucoup plus claires; la ligne inférieure se dessine souvent sur un ciel bleu ou voilé de légers cirrus.

« Quand ces circonstances se rencontrent avec d’autres circonstances encore inconnues, on voit se former, près de la partie inférieure d’un nuage, une protubérance qui s’allonge lentement vers la mer, et prend bientôt la forme d’une colonne ou tube, qui reste verticale si le calme est absolu, et s’ondule légèrement s’il

PHÉNOMÈNES DE L’AIR

existe quelque souffle de brise. Quand ce tube, dont la partie supérieure est toujours enveloppée d’un second tube ou manchon plus diffus, atteint les 4/5 environ de la hauteur du nuage, on voit la surface de l’eau commencer à bouillonner

sous la trombe; puis on aperçoit très distinctement, quand on est à une petite distance, un jet de vapeur s’élever de la mer, en gerbe verticale, autour du pied de la trombe si celle-ci est verticale, et en faisceau oblique faisant l’angle de réflexion égal à l’angle d’incidence si la trombe est inclinée. Pendant que cette émission de vapeur ou d’eau a lieu, le tube s’éclaircit de plus en plus, et finit par ne plus apparaître que sous la forme de deux traits noirs très déliés. Quand le jet

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