DEUXIÈME PARTIE
dirigés vers la ligne centrale : preuve évidente, selon lui, que la pression s’exerçait du dehors en dedans, et qu’il devait y avoir au centre un minimum de pression barométrique.
A quoi M. Faye réplique que, si l’on considère le mode d’action mécanique de cette sorte de tarière que constitue, selon lui, la trombe, on ne peut s’étonner que, sur plus de mille arbres arrachés ou brisés entre deux hautes bordures d’arbres restés debout, ceux des bords aient été, par la résistance élastique de cette double palissade naturelle, rejetés sur l’axe du trajet. « Ces arbres, dit M. Faye, devaient forcément, après avoir été tordus, arrachés ou cassés, retomber dans la tranchée, la cime plus ou moins dirigée vers la région centrale. » Et il insiste sur ce qui, d’ailleurs, tranche le débat, à savoir que M. Lars Anderson et son valet ont vu, de leurs yeux vu, la trombe descendre. Il termine en reproduisant ses conclusions antérieures, nullement entamées, confirmées au contraire, à ce qu’il lui semble, par l’exemple de la trombe de Hallsberg. Ces conclusions sont les suivantes :
1° Les mouvements gyratoires à axe vertical se produisent dans l’atmosphère aux dépens des inégalités de vitesse des grands courants horizontaux. Comme les tourbillons que nous voyons dans les cours d’eau, et auxquels ils ressemblent mécaniquement, ils sont toujours descendants. Leur fonction mécanique est d’épuiser sur le sol résistant la force vive qu’ils recèlent; ils suivent le fil du courant supérieur avec la vitesse uniformisée et réduite de celui-ci.
2° Les mouvements tourbillonnaires à axe non vertical ne sont pas persistants et de forme géométrique comme les premiers; ils tendent à se détruire à mesure qu’ils se forment, et prennent ainsi l’allure de mouvements tumultueux.
3° Les mouvements gyratoires à axe vertical, connus sous les noms de trombes, de tornados, de cyclones, sont de même nature, et ne diffèrent essentiellement que par leurs dimensions, leur durée et l’étendue de leur parcours, etc.
Je m’arrête à cette dernière conclusion, qui est la plus importante, on pourrait dire la plus grave, et qui donne lieu à de sérieuses contradictions. Qu’il se produise dans l’air, par suite des inégalités de vitesse de courants parallèles ou par la rencontre de courants suivant des directions différentes, qu’il se produise, disonsnous, des tourbillons tout à fait comparables à ceux des cours d’eau, ayant comme ceux-ci une direction descendante, soit verticale, soit oblique, et présentant des dimensions et une puissance extrêmement variables ; que l’action aspirante attribuée par M. Hildebrandsson et par quelques autres météorologistes à ces tourbillons soit une pure illusion : sur ces deux points M. Faye aura, je le crois, facilement gain de cause, et sa théorie a du moins cette qualité précieuse d’être satisfaisante pour l’esprit et conforme aux idées générales de la cinématique. Mais où cette théorie devient difficilement soutenable, c’est lorsqu’il identifie les trombes avec les cyclones. Car si, dans le phénomène décrit par M. Lars Anderson, on reconnaît bien un tourbillon d’air entraînant dans son mouvement gyratoire et descendant une masse nuageuse électrisée, on n’y peut trouver qu’une ressemblance éloignée avec le météore nuageux très bizarre, mais au demeurant très inofîensif, que M. Mouchez a maintes fois observé.