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CHAPITRE VIII

L'Ecole — La Chasse — La Bête puante — La J-ête du travail

L'école du village ayant rouvert ses portes l<premier septembre, M. Rolland y envoya Léon et Madeleine.

Comme la distance était d'environ cinq kilomètres, ils partaient chaque matin dans un buggy attelé d'un poney fort sage et que Léon était très fier <!c conduire. Ils emportaient leur dîner et rentraient vers cinq heures du soir, rapportant souvent avec eux les commissions dont on les avait chargés ainsi que le courrier.

M. Rolland était un médiocre chasseur et prêtait souvent son fusil à notre écolier qu'il avait pris en grande affection. Tous les samedis (jour de congé) et parfois le matin ou le soir, Léon partait à la chasse pour remplir, disait-il, le garde-manger, mais, bien qu'il tirât force cartouches, on le voyait rarement revenir avec une pièce de gibier.

— Prends avec toi l'engagé qui a remplacé ton père, lui dit un jour M. Rolland, c'est un Métis, très bon chasseur, et fais ce qu'il te dira. Il t'apprendra à connaître les bonnes places, à tenir compte du vent, à se cacher le mieux possible, à être surtout patient et à ne pas avoir peur de se mouiller au besoin. Moi, je sais tout cela, mais je ne puis m'y conformer, aussi, je ne suis guère plus heureux que toi. Comme tu es jeune et que cela te plaît, tu en prendras vite l'habitude et tu pourras devenir un excellent chasseur. La chasse dans ce pays n'est point à dédaigner, car. dans un moment de gêne

elle peut être d'un grand secours pour une famille.

Un samedi, après dîner, Léon partit pour la chasse, mais peu a pics rentrait tout penaud et l'air triste et désolé.

Kn l'apercevant, sa mère alarmée lui dit :

— Qu'est-ce qu'il y a? Es-tu malade ou as-tu eu un accident ?

— Non, non, je ne suis pas malade, mais ne viens pas. mère, car j'empoisonne.

— Ah ! mon gaillard, dit alors M. Rolland qui l'ayant vu, s'était approché et avait de suite reconnu l'odeur qui s'échappait de lui. Tu as voulu te mesurer avec un putois et c'est lui qui t'a gaffé (attrapé). Rassure-toi, je connais ta maladie; va vile te déshabiller dans ce petit bâtiment, ta mère va me donner d'autres vêtements et je vais aller te désinfecter.

— Est-ce dangereux ? demanda Mme Girard.

— Pas le moins du monde, mais rentrez vite pour éviter cette odeur repoussante, dont il est difficile de se débarrasser. Il vous racontera son histoire.

Quand, un quart d'heure plus tard, M. llolland

et Léon rentrèrent à la maison l'odeur était du

moins supportable.

— Léon, raconte-nous ton aventure, lui dit Mim Girard.

— Voilà. En sortant de la ferme j'avais vu une compagnie de poules de prairie s'abattre près d'un bosqu< t et j'allais les faire relever, quand, en traversant une pièce qui n'avait pas été fauchée, j'aperçus à deux mètres seulement de moi une bote noire à dos blanc qui, arrêtée, me regardait. Je mis enjoué et. me trouvant trop près, j'allais reculer pour tirer, quand je reçus tout à coup une pluie nauséabonde qui heureusement n'atteignit pas mes yeux. Je restai un moment ahuri et, bientôt revenu à moi, je

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rentrai «le suite. Je t'assure, maman, que lorsque je

verrai une bête pareille, mon premier mon venu u; sera de fuir.

— Est-ce que cette béte est dangereuse à L'homme, demanda Mme Girard.

— Du tout. Le putois d'Amérique (en anglais skunk), qu'on appelle, avec raison, ici, La !• puante, ressemble un peu, de forme, au blaireau mais est plus bas sur pattes et plus large du dos. La couleur est noire avec une grande raie blanche sur le milieu du dos. Bien que cette bête ait de bonnes griffes et de fortes dents, elle n'attaque jamais. Sa grande défense contre l'ennemi consiste a se retourner d'un bond et à lui envoyer ce liquide puant, qui provient d'une pochette placée sous la queue.

— Quelle sale et vilaine bête, s'écria Mme Girard, elle me dégoûte.

— Vraiment ? Alors pourquoi en portez-vous autour de votre cou? Le boa que vous m'avez montré dernièrement est fait de skunk.

— Si je l'avais su, je ne l'aurais pas acheté.

— Calmez-vous. Je vous en ferai manger d'ici peu, sans que vous le sachiez et vois le trouverez excellent. Une fois cette pochette enlevée, la chair n'a point de mauvais goût et beaucoup de Métis et quelques blancs en raffolent.

Un mercredi soir, en rentrant de l'école, Madeleine dit à M. Rolland : Pas d'école demain à cause du Labor day.

— C'est vrai, je n'y pensais plus.

— Qu'est-ce que cela signifie? demanda M. Girard.

— Labor day veut dire jour du travail. C'est la fête civique des travailleurs, qui chaque année est fixée par le gouvernement. En ce jour, toutes les

corporations d'ouvriers défilent en procession dans les rues des grandes villes et ces manifestations se doublent chez les catholiques, notamment dans la Province de Québec, de grandes démonstrations religieuses. Les banques et les maisons de commerce sont fermées ; mais, dans nos campagnes, cette fête passe presque inaperçue.

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