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CHAPITRE XII

La Provision de Bois — Les Poudreries — L'Hospitalité

M. Girard et surtout sa femme étaient elï'rayés de la quantité de bois qu'on brûlait dans les poêles dont un ne s'éteignait jamais pendant la durée de l'hiver.

— Combien payez-vous donc la corde de bois? demanda un jour la ménagère.

— Rien du tout jusqu'à présent, qua. I je le coupe et le transporte moi-même. Généralement je charge de ce travail un de mes engagés ; mais s'il est plus avantageux de les employer à d'autres ouvrages, il ne manque pas de personnes pour couper le bois à raison de 2 IV. 50 la corde, Laquelle vaut 3 stères 62. i)n peut même trouver facilement des gens qui nous pendront chez vous mu4 corde de bois poui 7 IV. 50 ou 10 IV. suivant la distance. Nous voyez que seuls les paresseux risquent de se laisser geler au Manitoba. J'ai toujours du bois sur ma ferme pour un an d'avance et chaque hiver je renouvelle ma provision. Comme il est bon que vous sachiez de quelle façon l'on procède, vous feriez bien d'accompagner quelquefois l'engagé qui y travaille celte année; on prend Le bois sec dans les endroits où le feu a passé. Si la provision n'est j is suffisante on abat du bois vert qui a bien le temps de sécher pendant l'été. On coupe de préférence le bois pendant L'hiver parce qu'il se fend plus facilement et que le charriage en gros traîneau est bien plus aise qu'en wagon. Le charriage du bois à la ferme doit cire terminé avant la fonte des neige

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Les enfants allaient toujours à L'école. I n matin, ils étaient partis par un beau temps, quan 1 vers deux heures la neige commença à tomber et sous la poussée d'un vent violent qui s'éleva tout à coup. se mit à tourbillonner de tous les coté-. C'était l'annonce et le début d'une poudrerie.

On avait bien recommandé aux bonnes sœurs qui dirigeaient l'école de renvoyer de suite les enfants à la moindre apparence de mauvais temps ou de Les garder si une tempête se déchaînait subitement. Malgré ces précautions, Mrne Girard était inquiète et voulait que son mari allât au devant de Léon et de Madeleine.

— Si vous tenez à devenir veuve, lui dit M. Rolland, c'est un bon moyen à employer, car le péril est réel pour qui ne le connaît pas encore. J'irai moi-même avec mon engagé métis et nous ferons de meilleure besogne que votre mari ne pourrait faire. Restez tous deux tranquillement ici et prépareznous, en cas de besoin, un bon grog et des linges chauds. La poudrerie en somme ne fait que commencer et nous serons certainement rentrés avant qu'elle ne soit dans toute sa force.

Montés sur les deux bronchos, M. Rolland et le Métis partirent de suite, accompagnés de Pataud.

A peu près à mi-chemin du village, ils aperçurent les enfants qui revenaient au pas ; le cheval, à cause du vent, se refusant à trotter. Ils arrivèrent sur eux sans être vus et au moment même où le cheval, manquant la route, s'enfonçait dans la neige molle et ne voulait plus avancer. Madeleine commençait à s'effrayer, quand elle aperçut à côté d'elle le fermier qui lui souriait et lui demandait ce quelle faisait là. Complètement rassurée, elle se mit à rire en disant : Dame ! Nous vous attendions !

On remit le cheval sur le chemin. Léon enfourcha le cheval de M. Rolland, et ce dernier s'assit dans le traîneau, à côté de Madeleine.

— Marche de près dans les traces du Métis qui ira en avant, dit le fermier, ou plutôt laisse ton cheval suivre son camarade, moi je marcherai derrière vous. Ce qu'il faut, c'est rester toujours les uns près des autres.

On rentra au pas, mais sans trop d'encombre, à la Sapinière, où un bon grog et la chaleur du poêle remirent les enfants en bonne humeur.

— Tu n'as rien de gelé ? avait demandé Mme Girard à sa fille.

— Non, maman. J'ai même eu souvent plus froid qu'aujourd'hui ; ce qui m'ennuyait et surtout m'effrayait, c'est qu'on ne voyait presque rien à quelques mètres devant soi.

— Pourquoi ètes-vous partis par un temps pareil ?

— Quand les bonnes sœurs nous ont dit de partir il tombait très peu de neige et il ne faisait pas de vent ; elles pensaient que nous avions bien le temps d'arriver avant que l'ouragan ne se déchaînât.

— Eh bien, mes amis, s'écria le fermier, en voilà pour deux ou trois jours; c'est l'habitude des poudreries au Manitoba.

On allait passer à table pour souper quand Pataud se mit à aboyer. L'engagé sortit et crut entendre la clochette d'un traîneau, puis rien, et enfin comme des cris d'appel. Il rentra prévenir M. Rolland, pensant que quelqu'un se trouvait en détresse. On se munit de lanternes et l'on partit à la découverte.

Les cris se faisaient entendre de nouveau; avec l'aide du chien on arriva assez vite à l'endroit d'où ils paraissaient venir : dans un traîneau une jeune

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fille criait et pleurait; le cheval était tombé dans une petite excavation où il se débattait en vain, et près de lui se tenait un homme qui essayait de le dételer.

Grâce à sa lanterne, le fermier reconnut M. et MUe Ladouceur qui revenaient de visiter un parent.

— Je croyais, dit M. Ladouceur, avoir encore le temps de rentrer au village, quand, la poudrerie devenant plus méchante, je décidai de m' arrêter chez vous, à cause surtout de ma fille. J'approchais de votre barrière, quand mon cheval manquant Le chemin sans que je m'en aperçoive alla s'abattre dans ce trou.

On parvint à remettre le cheval sur pied et l'on revint à la ferme. Léon donnait fièrement le bras à Mllc Ladouceur pour entrer dans la salle.

Le souper et la soirée se passèrent gaiement, pendant qu'au dehors le vent roule avec violence . entraînant la neige dans une course folle et que les arbres décharnés plient et se tordent dans la tempête. Madeleine était enchantée d'avoir une compagne et lui disait : Tu as de la chance et tu dois des remerciements à la poudrerie qui te permet de passer la soirée avec ton cavalier.

— Voyez-vous la jalouse ! riposta Léon, si cela te fait plaisir je puis écrire à M. Lafleur de venir un de ces soirs verser à la porte de la Sapinière. Il est bien capable de risquer l'aventure pour tes beaux yeux !

— En sortant avec nous, dit M. Rolland, Léon ignorait certainement qui il allait secourir et c'est juste qu'il ait été récompensé de son courage et de son bon cœur.

— Dans ces jours de tempête, observa M. Girard,

vous devez avoir parfois des voyageurs qui demandent l'hospitalité.

— Assez souvent. D'ailleurs, qu'il lasse beau ou mauvais, l'hospitalité ne se refuse jamais ici et, à moins d'abus évidents, elle est toujours donnée volontiers et d'ordinaire à titre gracieux. Ce n'est du reste qu'un acte de réciprocité, car ceux qui l'accordent aujourd'hui peuvent avoir besoin du même secours un jour ou l'autre.

Le lendemain, grâce à une courte accalmie, M. Ladouceur put regagner le village, mais il laissa par précaution sa fille que l'on reconduisit le dimanche suivant, en allant à la messe.

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