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CHAPITRE III

Départ de M. Girard pour la moisson — L'Herbe à la Puce — Le petit tyrai>

Il y avait à peine une semaine que le fermier avait commencé ses foins quand il engagea M. Girard à partir. Vous devez arriver, lui dit-il, quelques jours avant la moisson afin de pouvoir étudier le binder et vous familiariser avec son mécanisme ; vous reviendrez aussitôt que vous croirez en savoir assez.

Déjà les nuits sont fraîches au mois d'août. Il faut se hâter de moissonner ces champs de blé dont l'opulence réjouit le regard de X habitant et par où resplendit, dans le plein éclat de sa beauté, la prairie canadienne. Voici l'échancrure grandissante de cet admirable manteau doré, puis le sol pelé, rugueux, dépouillé. Çà et là se lèvent par bandes oies, canards et les grues au vol lourd.

Le 1er septembre, jour de la rentrée des classes, les enfants retournèrent à l'école.

Le soir même, en revenant, Madeleine dit à sa mère : Maman, j'ai été voir une de mes camarades de classe, Bertha Laviolette, qui est malade depuis plusieurs jours. Dans quel état est-elle ! Ses mains, ses poignets et tout son visage sont enflés, remplis de pustules qui suintent et c'est à peine si l'on voit les yeux. Je ne la reconnaissais pas, elle qui a ordinairement la peau si belle et si fine.

— Elle a certainement la petite vérole et tu as été bien imprudente d'aller la voir.

— Rassurez- vous , interrompit M . Rolland , Mlle Laviolette n'a pas la petite vérole ou picote,

comme l'on dit ici. Il n'y a actuellement aucun cas de cette maladie dans la paroisse et s'il en (Hait autrement la maison de M. Laviolelte aurait été mise en quarantaine. On ne plaisante pas avec la picote que les Anglais redoutent plus que toutes les fièvres réunies.

Je sais ce que Ml,e Bertha a et aura encore à plusieurs reprises, très probablement. L'année dernière, à peu près à cette époque, elle a attrapé ce qu'on appelle ici YHerbe à la Puce et que les Anglais nomment : The poison Ivy.

C'est une espèce de plante grimpante s' élevant haut, quand elle peut s'attacher à un arbre ou à tout autre support ; elle ressemble un peu à la salsepareille ou plutôt à la squine, mais n'a que trois feuilles au lieu de cinq.

Ces fleurs sont verdàtres et ses fruits blancs et visqueux tiennent jusqu'à l'hiver. Cette plante existe dans tout le Canada et une partie des Etats- Unis, mais elle croît surtout dans les mauvais

terrains.

Le poison qui est contenu dans toutes les parties basses de la plante et reste même dans le bois desséché consiste en une huile non volatile, insoluble dans l'eau, ce qui lait que le lavage des mains el île la figure infectée ne suffit pas pour en arrêter r effet.

Quelques jours après le contact surviennent de grandes démangeaisons, rougeurs, puis enflure et enfin l'éruption violente de petits boutons ayant quelque ressemblance avec les pustules de la petite vérole, laie l'ois la période d'inflammation passée, les boutons se dessèchent et finissent par disparaître, sans laisser, chose extraordinaire, la moindre trace sur la peau la plus délicate.

100 l'aiswck oi:i vik.nt

On prétend que cette éruption revient pendant sept années successives, si Ton ne se soigne pas immédiatement ; il est certain quelle revient plusieurs années de suite et toujours à peu près à la même époque.

Quelques personnes paraissent réfractaires à ce poison et d'autres au contraire y sont très susceptibles et le moindre contact les contamine.

Quelques jours plus tard, après le dîner, la conversation étant venue à tomber sur les mœurs et coutumes des oiseaux. — C'est drôle, s'écria Léon, au Manitoba la mode est renversée ; ce sont les petits oiseaux qui battent les gros. Nous avons vu aujourd'hui, Madeleine et moi, un tout petit oiseau poursuivant une grosse corneille et la harcelant à coups de bec. Celle-ci qui croassait de toutes ses forces avait l'air fort effrayée et ne paraissait avoir qu'un but : se sauver au plus vite.

— Tu es un bon observateur, Léon. Cet oiseau pas plus gros qu'un moineau appartient à la famille des tyrant fly catchers (terribles attraj)eurs de mouches). Les Anglais le nomment : Kingbird et aussi Tyrannus, tyrannus. Nous, nous l'appelons simplement le petit tyran. Son plumage n'a rien de remarquable, mais il a un vol excessivement rapide. Un peu rageur, le gaillard sait se faire respecter. Malheur à l'oiseau plus ou moins gros (peu lui importe) qui, par mégarde, s'approche trop près de son nid ou excite sa colère. De suite, il le poursuit, vole constamment au-dessus de lui et à chaque instant lui tombe sur le dos, en frappa ût à coups de bec son corps, son cou et sa tête. Effrayés de ces attaques successives qu'ils ne peuvent éviter qu'en se jetant à terre, les gros oiseaux ne cherchent qu'à s'éloigner au plus vite.

Le petit tyran ne passe pas l'hiver au Manitoba et n'arrive qu'au printemps.

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