‹ L'aisance qui vientChapitre 33 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Construction de l'église - Les frais du culte —

Encore la chasse — Le mal des raquettes

— Retour du printemps

Pour remplacer la chapelle de mission devenue insuffisante, on avait construit dans le courant de l'été et à l'automne une spacieuse église. M. Fortin avait offert le terrain ; d'autres avaient donné des sommes parfois considérables, au moins en égard à leur situation de fortune ; d'autres enfin, les plus nombreux, parmi lesquels M. Girard, étaient allés, lorsque l'ouvrage était moins pressant, abattre des arbres, équarrir le bois, apporter les matériaux, aider à la construction selon leurs capacités. Il fallait voir la bonne volonté et l'entrain avec lesquels les colons avaient travaillé à édifier la maison de la consolation et de la prière. Aussi, l'église fut-elle aménagée intérieurement avant les grands froids et, à la joie générale, elle fut consacrée dans le courant de novembre par Mgr l'Archevêque qui félicita les paroissiens de leur esprit de concorde et les encouragea à vivre d'une vie toujours plus chrétienne. La cérémonie de la dédicace est solennelle et laisse dans l'esprit un souvenir durable et profond ; dans ce jour de fête, deux hommes étaient particulièrement heureux, le Père Febvre, devenu curé résidant, et l'abbé Thiéblot, le créateur de la nouvelle paroisse. Sur la demande de ce dernier, l'église avait reçu pour patron saint Germain qui fut, dans l'ancienne France, un saint presque aussi populaire que saint Martin et qui était un peu un pays pour notre missionnaire

M. Rolland fit à ses amis le plaisir de passer les fêtes de Noël et du Jour de l'An à Bon-Espoir.

— Paie-t-on des impôts pour l'entretien du clergé et des églises? lui demanda M. Girard. Jusqu'à présent, en dehors de ce qui a été fait pour la construction de Saint-Germain, on ne m'a rien demandé et je n'ai donné qu'aux quêtes et aussi au bazar.

— Dans la province de Québec, la dîme est due et peut être collectée par voie judiciaire. Au Manitoba, il n'est légalement rien dû ; mais tout catholique tient en honneur de payer volontairement ce qui lui est régulièrement réclamé. Dans chaque paroisse, la dîme annuelle, qui ne se fait plus en nature, est fixée par l'autorité supérieure qui tient compte, dans chaque paroisse, du nombre et de la situation pécuniaire des habitants. Généralement, le curé perçoit cette dîme, lors de sa visite paroissiale. Elle est toujours réclamée avec douceur et bien souvent le curé attend patiemment que le colon ait gagné son argent pour le payer.

Gomme en France, le curé a droit également à son casuel. De plus, il touche la location des bancs d'église, dont il fixe les prix lui-même, car, ici, il n'y a ni marguillers. ni conseils de fabrique. Le curé est seul maître et administre à sa guise, sous le contrôle de ses supérieurs.

Quand l'église, le presbytère, le cimetière ont besoin de réparations ou lorsqu'il faut en construire, chaque paroissien donne volontairement son concours, comme vous l'avez fait ici-même. L'un participe aux travaux, l'autre fait les charrois. On organise des concerts, des bazars, et des soirées de paniers. Enfin, la générosité des paroissiens fait le reste au moyen de souscriptions.

Pendant les fêtes, on servit à table de l'orignal et

de la biche. Ces viandes furent trouvées aussi délicates et aussi tendres que celle du meilleur bœuf gras. Naturellement, Léon raconta sa chasse. Suivant lui, il avait tué la biche et le Métis Beaulieu avait abattu l'orignal. On voulut bien le croire, d'autant plus que Beaulieu confirmait son récit. On donna les têtes au fermier pour les faire empailler. La viande fut partagée, mais on donna les peaux au Métis pour les faire passer par sa femme qui devait confectionner une paire de mocassins à chacun des habitants de Bon-Espoir.

Peu après le départ du fermier, on reçut la visite d'un commis-voyageur en assurances. Les constructions et tout le mobilier furent prudemment assurés pour une période de trois ans, moyennant une prime raisonnable, mais payable de suite.

L'hiver, coupé de bordées de neige, n'arrête pas le chasseur intrépide. Léon, qui de plus en plus prenait goût à la vie en plein air, chassait dans tous ses moments perdus ; il réussit à tuer quatre loups et toucha les primes. Habitué maintenant aux raquettes, il s'en servait pour aller même assez loin placer les collets à prendre les lièvres. Il allait compléter les soixante peaux que lui avait demandées une vieille sauvagesse pour lui faire une couverture de voyage en peaux de lièvre (certainement la meilleure et la plus chaude) quand, à la suite d'un trop violent exercice, il attrapa le mal de jambes, dit : Mal de raquettes. Une Métisse le traita avec des remèdes sauvages, et comme le mal avait été pris au début, il en fut quitte pour un repos forcé d'une dizaine de jours, mais l'emploi des raquettes lui fut défendu pour le restant de la saison.

L'arrivée des corneilles annonça la fin des gros froids.

Bientôt la ménagère disposa d'assez de lait pour entreprendre, ce qu'elle avait à cœur, la fabrication du fromage canadien, d'autant plus que des voisins s'engageaient à lui vendre leur lait. Un gréement de fromagerie fut acheté d'occasion et à la fin de mai elle cessa de faire du beurre pour fabriquer le fromage.

Pendant que son mari semait en avoine et en orge tout ce qu'il avait défriché, elle agrandissait son jardin et y semait force légumes et fleurs. Mais tous deux avaient parfois pesté contre les étourneaux. Ces oiseaux suivent de près les corneilles ; on les voit venir en grandes bandes noires que certains, colorés de la tête et du cou, piquent de rouge ou de marron, de jaune ou de bleu. Ce sont d'effrontés pillards qui, messagers du printemps, en font paver l'heureuse nouvelle.

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