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CHAPITRE IX

Demande de patente — Le mal de Neige Maladie de M. Girard

Depuis le souchet au plumage somptueux jusqu'à l'élégante sarcelle, toutes les tribus de canards avaient quitté lacs et cours d'eau qu'allait étreindre une épaisse couche de glace. Plus de poules d'eau dans la rivière à la Perche : grèbes aux couleurs varices, ces émériles nageurs avaient gagné des climats plus doux. Lapins, belettes et hermines avaient revêtu leur parure d'hiver. Le poêle ronllait à Bon-Espoir et, dans la maison toujours gaie, c'étaient, après souper, quand le long babil de François s'éteignait, d'agréables veillées où alternaient jeux, lectures et causeries.

Au commencement de L'hiver, M. Girard qui. six mois auparavant, avait donné notice de son intention au Commissaire des Terres à Ottawa, ayant accompli ses trois ans de résidence sur son homestead et, suivant lui, rempli toutes les charges et conditions imposées, fit application pour sa patente à l'inspecteur des homesteads de sa circonscription.

Un mois plus tard environ, il reçut la visite de l'inspecteur qui venait examiner le homestead pour l'aire son rapport à l'administration. Il trouva tout en règle et dit à M. Girard que l'obtention de sa patente n'était plus qu'une question de délais administratifs. Cependant, ajouta-t-il, il vous reste encore une chose à l'aire : comme VOUS êtes un étranger, vous devez me justifier de votre naturalisation.

— Que faut-il faire pour cela?

— C'est très simple: Vous présenter devant un juge de paix, un magistrat ou toute personne ayant pouvoir de certifier un affidavit (déclaration sous serment) et après lui avoir justifié de trois ans de résidence au Canada, prêter entre ses mains le serment d'allégeance au roi d'Angleterre. Il enverra la pièce au Juge de Comté qui fera le nécessaire et vous retournera votre certificat de naturalisation.

— Combien cela coûte-t-il ?

— En temps ordinaire de cinquante sous à une piastre environ ; mais si nous étions dans une période électorale, cela ne vous coûterait môme rien. Les meneurs de chaque parti politique prennent à leur charge tous les frais et démarches de naturalisation des votants qu'ils pensent être pour eux.

— Cette naturalisation vous fait-elle perdre le titre de citoyen français ?

— Je ne le pense pas, car si elle vous donne le droit à la protection britannique tant que vous êtes sur son territoire, vous ne pouvez vous réclamer de ses agents diplomatiques dès que vous êtes reparti sur une terre étrangère. La qualité de citoyen français ne se perd pas si facilement, les divers Etats étant justement jaloux de conserver leurs nationaux.

Cette année-là, le printemps vint de bonne heure. En finissant de rentrer son foin à la ferme au commencement de la fonte des neiges, M. Girard fut atteint du mal d'yeux, dit « Mal de neige », et dut se contraindre à porter quelque temps des coggles, espèces de lunettes à verres noircis et entièrement closes, pour éviter la réverbération de la lumière du soleil sur la neige fondante et par suite fort reluisante. Mais peu après, il se sentit mal à Taise.

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il était abattu et avait des accès de fièvre. M. Rolland amena le docteur Paradis qui ne trouva rien de grave et prescrivit un traitement. Au bout de quelques jours, le fermier, Le retrouvant dans le môme état, lui conseilla d'aller à l'hôpital de Saint- Bonifaee. Ici, lui dit-il, le médecin demeure fort loin, ses visites vous coûteraient fort cher ; à l'hôpital, vous serez mieux soigne et à bien meilleur compte. Pour un dollar ou un dollar cinquante cents par jour, vous aurez votre chambre et aucun autre extra à payer que les médicaments et le docteur que vous choisirez.

Mme Girard, à qui l'idée d'hôpital répugnait un peu. comme en général à bien des Français, ne savait que répondre et demanda à M. Rolland comment faisaient les malheureux qui n'ont pas d'argent.

— Les petites Sœurs Grises qui dirigent cette maison les reçoivent quanti même, mais au lieu d'occuper une chambre, ils couchent dans un dortoir commun. Quand ils sont guéris, on leur présente une note très raisonnable et ils paient quand ils le peuvent. Parfois plusieurs s'acquittent en entier ou en partie en faisant quelques travaux professionnels ; mais jamais aucune action n'est prise contre eux. Pour venir en aide à l'institution, la plupart des municipalités lui votent un secours annuel en proportion de la population et des ressources de lu commune.

Le malade se décida à partir cl. trois semaines plus tard, il revenait entièrement guéri et très content de la manière dont il avait été traité.

Avant son départ de Winnipeg. il alla voir la fille d'un compatriote arrivé depuis peu de France et qui étudiait à L'Académie de Sainte-Marie, dirigée par les Sceurs des saints noms de Jésus et Marie. On lui ht visiter le couvent qu'il trouva magnifique

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et parfaitement agencé. Ce doit-être, disait-il eD riant à M. Rolland, le Coupent des Oiseaux du Manitoba.

Pendant son absence de la ferme, Léon, qui était

devenu un robuste gaillard, avait sufli à faire le train journalier. A Noël, le fermier lui avait fait cadeau d'une traîne et de trois chiens bien dressés. En dehors de ses heures de travail, son grand plaisir était d'aller en traine à chiens poser et visiter ses pièges. De plus en plus, la chasse devenait sa passion.

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