‹ L'aisance qui vientChapitre 38 sur 45 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

M. Girard reçoit sa patente — Droits et privilèges

des colons sur leurs bomesteads — Projets

de M. Girard — Les impôts — La

nouvelle Municipalité

Dans les derniers jours du printemps, M, Girard reçut sa patente et, de suite, partit pour la montrer à son ami.

— Eh bien, lui dit celui-ci, vous voilà heureux et arrivé au terme de vos désirs. Vous êtes enfin propriétaire, savez-vous bien ce que ce titre vous vaut?

Dame, cela veut dire que les 160 acres de mou homestead m* appartiennent irrévocablement et que je puis en disposer comme bon me semble.

— Oui, mais ce n'est pas tout. Il y a encore d'autres privilèges attaches à ce titre.

— Lesquels, s'il vous plaît?

— D'abord, un créancier ordinaire ne peut saisi r ni vendre votre homestead, tant que vous l'habitez avec votre famille. Comme disent les Anglais, c'est voire home et personie ne peut vous en chasser sans un acte volontaire de votre part. De plus, en cas de mauvaises affaires et de saisie de mobilier, vos créanciers sont tenus par la loi de vous laisser :

Trois chevaux de travail, trois vaches, cinq moutons, trois porcs, vingt poules :

Tous les instruments aratoires nécessaires pour cultiver, récolter et transporter les produits de la ferme;

Les semences nécessaires à 80 acres ;

La nourriture nécessaire à la famille et aux animaux réservés pendant onze mois ;

Enfin tous les objets de ménage qui sonl nécessaires à l'entretien de la famille.

Avec toutes ces garanties, prises par le gouvernement dans l'intérêt des colons, pensez-vous qu'ils ne se trouvent pas bien protégés contre un accident malheureux, une maladie ou toute autre cause imprévue ?

— Certainement.

— Il va de soi que le colon ayant le droit de vendre et hypothéquer son homestead, il donne en agissant ainsi, aux actes qu'il signe volontairement, toute leur valeur légale, avec toutes leurs conséquences.

— Naturellement. J'ai envie de vous dire un mot de mes futurs projets. Je pense toujours à la culture des céréales et d'ici un an ou deux, si tout continue à bien aller, j'espère avoir quelques fonds disponibles. Un cousin de France qui possède quelques capitaux m'a écrit qu'il avait envie de venir me rejoindre. J'ai l'intention de m'associer avec lui et d'acheter ou de louer d'abord une ferme à blé. Léon se plaît sur mon homestead ; il adore la chasse, la vie en forêt et comme il veut toujours épouser Mlle Ladouceur, je lui louerai ma ferme à des conditions très douces, après qu'il aura fait son service militaire. Je dois vous dire de plus que mon ami a quatre garçons de 18 à 25 ans, habitués aux travaux de ferme, ce qui nous économiserait pareil nombre d'engagés, toujours si onéreux et parfois même difficiles à trouver.

— Je vois que la vie d'éleveur commence à vous paraître trop monotone. Vous savez ce que je vous ai dit sur les fermes à céréales, la première année de votre arrivée ; je n'ai pas changé d'avis. A vous seul de décider. Vous avez toujours un atout sérieux dans votre jeu ; si vous ne réussissez pas, vous en serez quitte pour retourner sur votre homestead.

— Mes projets n'ont pas l'air de vous sourire.

— Vous connaissez mes idées. On ne fait pas aussi vite fortune dans l'élevage que dans la culture, mais l'avenir est bien moins incertain. Vous n'êtes pas un nouveau débarqué, un novice ; vous avez maintenant l'expérience voulue ; si vous vous croyez les reins assez forts, allez de l'avant. En résumé, comme vous êtes sobre, travailleur et économe, il vous faudrait beaucoup de malchance pour ne pas réussir. En tous cas, soyez prudent les premières années, et ne cherchez point à devenir millionnaire trop vite.

— Pendant que nous parlons de choses sérieuses, vous devriez bien me donner quelques renseignements sur les impôts. Jusqu'ici, je n'ai payé que les impôts de notre école ; mais quand nous serons organisés en municipalité, ou peut-être rattachés comme ward (section) à une commune, qu'aurai-je à payer ?

— Au Manitoba, on ne paie aucun impôt direct à l'Etat. Tous les impôts sont payés à la Municipalité qui verse au gouvernement la part qui lui a été fixée pour frais judiciaires ou toute autre cause. Au commencement de chaque année, le Conseil municipal nomme un ou plusieurs assesseurs qui se rendent chez chaque habitant et font l'évaluation de tout ce qu'il possède en biens meubles et immeubles, d'après des bases fixées par le Conseil. On a un délai pour protester contre une évaluation qu'on trouve trop élevée. Quand le Conseil dresse son budget, il calcule approximativement le montant des dépenses qu'il aura à faire dans Tannée et, pour y faire face, il prélève somme pareille qui est répartie sur les habitants, au prorata de ce que chacun possède. Les paiements sont exigibles en décembre. Ceux qui paient en avance bénéficient d'un escompte de 10 % ; ceux qui paient en retard

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paient un surplus de 10 %. Naturellement, les impôts varient chaque année, suivant que les dépenses à faire sont plus ou moins fortes.

En cas de non paiement, les terres, au bout d'un an ou deux, peuvent être vendues à la requête de la Municipalité, mais les expropriés ont pendant deux ans un droit de réméré, c'est-à-dire qu'ils peuvent dans ce laps de temps rentrer dans leur propriété en remboursant à l'acquéreur tout ce qu'il a dépensé, plus 10 % d'intérêt par chaque année.

Outre ces impôts, vous êtes encore tenu, suivant votre évaluation, à faire un ou plusieurs jours de corvée sur les routes ; si vous ne les faites pas la Municipalité vous charge 1 dollar 1/2 par chaque jour dû. Rien ne vous empêche de payer un autre individu pour faire ces corvées à votre place.

Les dernières formalités exigées par la loi manitobaine se trouvant enfin remplies, cette partie de la région arrosée par la rivière à la Perche où habite M. Girard et qui constitue déjà la paroisse de Saint-Germain est légalement érigée en rural municipality. Elle prend également, comme commune, ce nom de Saint-Germain, à la demande des habitants. On dresse une liste des électeurs et l'on procède à l'élection : M. Turcotte est nommé reeve (maire) et M. Girard est l'un des quatre conseillers municipaux ; deux autres Canadiens sont ensuite nommés l'un clerk (secrétaire) et l'autre treasurer (trésorier-comptable) .

A cette époque, les hôtes de Bon-Espoir furent de nouveau dans l'attente d'un grand bonheur : la venue, vers le début de l'hiver, d'un petit frère ou d'une petite sœur dont le cher François serait peutêtre d'abord jaloux, mais qu'il choierait ensuite bien tendrement, on en était sûr.

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