CHAPITRE XIII
Mariage de Madeleine — Naissance de Geneviève — Léon bûcheron et chasseur
Vers la mi-septembre, on célébra le mariage de Madeleine avec M. Lafleur. D'ordinaire, c'est une toilette de couleur que porte la mariée ; mais, selon la coutume française, Mme Girard a tenu à ce que sa fille lut en blanc, ce qui a émerveillé toutes les vieilles métisses et sauvagesses des environs. La noce à la normande donnée par M. Rolland dans sa ferme n'a pas moins causé d'étonnement ; on a chanté d'anciennes romances et fait de pantagruéliques festins ; il avait d'ailleurs, afin de ne pas rompre avec les habitudes du pays et ne mécontenter personne, tenu table ouverte l'après-midi du premier jour pour tous les gens du village.
Au Manitoba, dans les classes populaires, le mariage n'a guère de solennité et, dans les classer riches, il comporte, comme en France, un lunch après la cérémonie religieuse; puis les époux, accompagnes à la gare par les invités qui les inondent de riz, partent pour voyage.
La noce terminée, M. et Mme Lafleur allèrent passer quelques jours à Winnrpeg et aux environs, puis ils revinrent s'installer définitivement à la Sapinière, le mari prenant la direction de la ferme au 1er octobre.
A Bon-Espoir, le départ de Madeleine n'avait pas été sans déchirer le cœur de son excellente mère et attrister toute la famille ; mais François, le petit égoïste ! accaparait l'attentions de tous et jetait dans la maison une note de turbulence et de
gaieté. D'ailleurs, bientôt survint la naissance
attendue : Mme Girard fit cadeau à son époux dune enfant aux yeux bleus, que l'on baptisa du nom de Geneviève et dont M. Turcotte et Mme Fortin furent parrain et marraine. Et bébé fournit un nouvel aliment à la tendresse de son père et de sa mère.
Léon s'occupe de plus en plus de la ferme et, en outre du train ordinaire, le voici qui fait du bois de corde. A la campagne, chacun fait son bois ; jusqu'à présent le charbon n'est guère utilisé au Manitoba que dans le sud-ouest et aussi dans toutes les villes pour chauffer les fournaises des grandes maisons. Pour venir en aide à des compatriotes voisins qui manquent actuellement d'ouvrage, Léon leur fait également couper du bois pour son compte. Il transporte ce bois au fur et à mesure près de la gare du chemin de fer et, au printemps, il l'expédiera en ville. Son père, heureux de le voir ainsi travailler, le laisse faire et, pour l'encourager, lui abandonne même tout le bénéfice de la vente.
Léon préfère la vie en plein air. La chasse est son grand divertissement et quand il peut économiser quelques heures, il est heureux de parcourir les bois d'alentour avec sa traîne à chiens. Devenu chasseur émérite, il ne compte plus les loups, lynx, skunk, etc., qu'il a tirés. Quel malheur, lui disait un jour M. Rolland, que tu ne sois pas né un siècle ou deux plus tôt, tu aurais fait un excellent coureur des bois.
Léon connaît les projets de son père et il est très content de savoir qu'il restera sur son cher homestead ; il lui tarde d'avoir accompli son service militaire pour pouvoir épouser Mlle Ladouccur.