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CHAPITRE II

Conseils et Renseignements sur les permes

à Céréales, les permes d'Elevage

et les permes Mixtes

Le lendemain, après déjeuner, pendant que Mme Girard et les enfants allaient se promener dans la ferme, M. Rolland demanda à M. Girard s'il était arrivé avec des idées arrêtées et un plan tout tracé.

— Non, pas le moins du inonde. Quand, après avoir perdu dans une faillite une partie de notre avoir, nous avons décidé de venir au Canada, dont on entendait tant parler, j'ai été consulter votre parent, qui m'a donné raison et m'a promis, comme il l'a fait du reste, de me recommander à votre bienveillance. J'ai déposé dans une banque de Winnipeg 3500 francs, ce qui. avec 2 ou 300 francs que nous avons sur nous, constitue toutes nos ressources et je ne dois compter que sur cet argent pour assurer le bien-être de ma famille. J'ai souvent entendu parler du Manitoba, tantôt en bien, tantôt en mal, mais j'arrive ici sans idées préconçues et bien décidé à me laisser guider par votre amitié et votre expérience. Vous savez que je ne recule pas devant la besogne. Les diverses cultures de France me sont restées familières, malgré ma récente vie de citadin après mes déboires, mais il est probable que les méthodes ne sont pas les mêmes ici et que j'aurai à acquérir une nouvelle expérience, pour

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me conformer aui nécessités et aux habitudes et usages «le mon nouveau pays.

— Allons, vous êtes un sage 1 Si tous les colons français qui sont venus dans cette province avaienl eu une faible partie de votre sagesse, bien moins

nombreux eussent été ceux (jui s'en sont retournés ruinés et exaspérés. Beaucoup déblatèrent aujourd'hui avec la dernière violence contre le Canada, les uns par mesquine vengeance, les autres pensant se justifier ainsi de leur déconfiture.

Plusieurs Français, fiers de quelque diplôme qui leur conférait, eût-on dit, une supériorité- universelle, se figuraient arriver dans un pays de sauva g et voulaient en remontrer à tout le monde. La déception ne fut pas longue à venir et, une fois dégonflé le portefeuille confié par les bons parents, ils durent s'en retourner, furieux de n'avoir pas été compris ni même écoutés ; certains, laissant en outre aux Manitobains quelques cruels souvenirs de leur débâcle.

D'autres, plus pratiques et surtout plus sérieux. apprirent à leurs dépens que les règles de l'élevage et de la culture ne sont pas invariables et que ce qui est bon dans une contrée peut être nuisible dans une autre. Beaucoup se sont ruinés en persévérant dans cette voie ; quelques-uns ont végété, tout en travaillant ferme ; enfin un petit nombre se sont rendus à l'évidence et je suis de ceux-là. J'ai su heureusement capituler à temps et depuis j'en ai été récompensé par une aisance plus que suffisante pour mes goûts.

Quand vous aurez passé quelque temps dans ce pays, vous jugerez par vous-même combien le Manitoba diffère de la France pour l'élevage et la culture.

Puisque nous avons du temps à nous, je vais vous donner <le suite quelques renseignements généraux sur les fermes de notre province.

PERMIS a CÉRÉALES

Laissons de côté ces prodigieuses termes modèles appartenant à des sociétés et à des millionnaires et où tout marche à la vapeur, à L'électricité et à la gazoline.

En revenant hier de la gare, vous avez vu celle vaste plaine de blé appartenant à des fermes limitrophes. Gomme je le disais à ?>I,iu Girard, ce blé a pousse sans ramier cl sur un seul labour. Voilà le côté brillant du tableau et ce qui frappe et enthousiasme les colons français arrivant avec des capitaux et qui pensent devoir faire fortune dans le courant d'un Lustre. Mais dans tout tableau il y a une ombre, et cette ombre, la voici :

Si, en France, Le blé se fait sur fumure et après trois labours, le temps pour faire ces travaux ne presse pas ordinairement et le cultivateur n'a pas surtout à paver aux engagés le salaire de ce pays, qui, au moment des battages notamment, s'élève parfois jusqu'à 20 fr. par jour, sans compter une nourriture dont plus d'un bon bourgeois de France se déclarerait satisfait.

Au Manitoba, on ne fait, il est vrai, jusqu'à présent, qu'un seul labour, mais le temps pour le faire est fort restreint. Commencé à l'automne, en même temps que Les battages (surcroît d'ouvrage) qui débarrassent Le champ, il se termine au printemps, si la gelée n'a pas permis de Le finir à L'arrière saison. Au printemps, (pie les labours soient terminés ou non, il faut, dès que la terre esl suffisamment dégelée, ensemencer et herser au plus vile.

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[ci, plus qu'en tout autre pays Time i§ moue;/ el pendant les périodes enfiévrées du labourage, du semage, de La moisson et des battages, le cultivateur, à cause de l'incertitude de la température, ne

doit reculer devant aucun sacrifice pour gagner du temps le plus possible.

Jugez alors quel matériel agricole et quel personnel il faut pour labourer, semer, herser, moissonner et battre ces immenses étendues de terrain dans le laps de temps le plus court et combien doivent être grandes les avances que le cultivateur est obligé de faire.

Si le colon commence sans dette et avec l'argent nécessaire pour faire face à toutes les éventualités, une ou deux bonnes récoltes assurent son avenir, car les beaux bénéfices qu'il en retirera le mettront à même de supporter facilement les mauvaises récoltes futures.

Mais s'il débute au moyen d'emprunts ou s'il est obligé d'y recourir au moindre incident qui se présente, la position est fort risquée et, la première récolte manquant, le voilà à la merci de créanciers qui lui mangeront une partie de sa mise de fonds ; s'il persiste, ce sera la ruine complète, à moins de circonstances trop heureuses pour que l'on puisse les escompter.

Dans ces fermes, les bénéfices sont plus importants que dans les fermes d'élevage et les fermes mixtes, mais les risques sont aussi bien plus nombreux.

Un des mauvais côtés de la ferme à céréales, c'est que la culture, pour être vraiment rémunératrice, doit se faire sur une assez grande échelle. Autrement l'achat, l'entretien et l'usure du matériel agricole nécessaire, absorbent la plus grande partie du gain. On ne peut raisonnablement acheter une

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moissonneuse-lieuse (binder) quand on ne cultive que trois hectares de blé et autant d'avoine, alors, il faut avoir recours pour la moisson aux voisins qui, bien entendu, ne travailleront pour vous que lorsque leur propre récolte aura été mise en sûreté.

Enfin, le travail sur ces fermes n'est pas uniforme toute l'année : à part les périodes enfiévrées, où le cultivateur doit exercer une surveillance de chaque instant, il n'a rien ou peu à faire. Pour plusieurs, cette saison de repos est néfaste et les entraîne à des voyages onéreux ou à des dépenses inutiles.

fermes d'élevage

Passons à la ferme d'élevage, bien plus à la portée de nos compatriotes, surtout à leur arrivée dans le pays.

Le bon côté de l'élevage, c'est que vous pouvez commencer en petit ou en grand, suivant vos ressources.

L'installation première n'est point onéreuse et les 150 acres d'un homestead ne sont même pas nécessaires, puisque la libre pâture existe encore au Manitoba.

J'ai connu un Canadien ayant un tro ipeau de plus de deux cents bêtes à cornes et qui ne possédait qu'un hectare environ, sur lequel se trouvaient sa maison et ses étables. Il louait des terres à foin, ce qui se fait encore maintenant.

Evidemment ce n'est pas en commençant avec cinq ou six vaches laitières que le colon fera vite fortune, mais il ne risque rien ou du moins fort peu tle chose et, pour peu qu'il ait quelques autres cordes à son arc, il gagnera suffisamment pour (aire vivre sa famille.

Si la femme peut l'aire face aux travaux journaiers de la maison, le mari peut aller travailler aux

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battages, aui chemins de fer, aui chantiers à bois,

OU même s'occuper dans la commune ;i son état

professionnel, s'il en a on.

Partie du gain servira à augmenter Le petit troupeau, agrandir les étables et avec Le croit annuel, il aura au bout de trois ou quatre ans assez de \a< l laitières pour entreprendre la fabrication du fromage canadien. Son troupeau sera devenu «assez important pour nécessiter tout son temps et il devra rester sur sa Terme pour surveiller, acheter, vend re et échanger au mieux de ses intérêts.

S'il est travailleur, économe et s'il sait surtout épargner autant que possible la main d'oeuvre étrangère toujours très onéreuse ici, la situation est assurée et ne fera qu'embellir d'année en année, malgré les quelques pertes d'animaux qu'il pourra éprouver de temps à autre.

Dans les fermes d'élevage, à part la saison des foins, il n'y a point d'époques enfiévrées et le travail y est à peu près le même chaque jour de l'année.

Si ce genre de vie un peu monotone finit par l'ennuyer, rien ne l'empêchera, quand il aura gagne les capitaux suffisants, soit d'entreprendre la culture mixte, soit de s'adonner exclusivement à la culture des céréales, où, avec son expérience acquise du pays, il aura alors chance de réussir.

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