LA BATAILLE DE GUISE-SAINT-QUENTIN 28-30 AOUT
La bataille de .Guise-Saint-Quentin, livrée les 28, 29 et 30 août 1914, a été comme le prélude ou l'ouverture de la bataille de la Marne : elle l'annonça et parut, un instant, en présenter l'idée et le dessein. L'émotion ne dura pas ; les notes qui avaient vibré s'assourdirent. Mais, une semaine s'était à peine écoulée que le drame reprenait et s'achevait, sur la Marne, par la victoire.
On ne sait guère, de cette bataille, que ce qu'en apprit au public le communiqué du 31 août, 17 heures. A propos de l'ensemble des Opérations dans le Nord, une phrase était glissée incidemment : «... Cependant, une bataille générale a été engagée avant- hier dans la région Ham-Péronne ; cette bataille a été marquée, pour nous, par un succès important sur notre droite où nous avons rejeté la Garde prussienne et le X° corps dans l'Oise... »
En réalité, la bataille de Guise-Saint-Quentin fut tout autre chose qu'un heureux incident tactique, un coup de boutoir habilement asséné à l'ennemi et lui causant de lourdes pertes .• ce fut le premier
acte 'du grand drame stratégiaue que le général Joffre avait monté et dont il avait dicté le schéma dans l'Instruction générale du 25 août, 22 heures.
L'opération, quoique particulière encore, est déjà de grande envergure ; elle inaugure la défense du territoire français, au lendemain des batailles de Belgique. Si, par suite de circonstances que nous allons exposer, elle ne parvint pas à protéger le massif de Goucy-Saint-Gobain, boulevard de Paris, elle contribua certainement à détourner l'ennemi de la capitale et, par conséquent, à sauver Paris luimême.
Notre grand Etat-major, ayant repris, rien que par le fait qu'il la livrait, la maîtrise des événements, n'eut plus qu'à attendre l'heure de la bataille de la Marne pour sauver la France.
Dès le 27 au matin, le général Joffre fait savoir au général Lanrezac, qui commande la 5» armée, qu'il considère l'offensive, projetée d'ailleurs par la 5» armée, comme indispensable. Il décide que la t)« armée portera sa gauche, le lendemain 28, entre l'Oise et Saint-Quentin pour attaquer les forces ennemies marchant contre l'armée anglaise. Le général Lanrezac a toute la journée du 27 pour se préparer. En même temps, c'est-à-dire le 27 août au matin, le général Joffre prévient le maréchal French, chef de l'armée britannique, qu'il donne l'ordre à la 5e armée d'exécuter, à la hauteur de Guise-Vervins, une vigoureuse attaque sur les forces ennemies qui suivent l'armée britannique, de façon à dégager celle-ci ; d'autre part, à la gauche de cette même armée, le corps de cavalerie du général Sordet la protégera contre toute action débordante
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de l'ennemi. Dans ces conditions, la présence de l'armée anglaise sur la ligne de la Fère contribuera au succès d'une manœuvre combinée sur le front de la Somme, en même temps que sur le front de l'Oise.
Les mesures ont été prises dans la journée du 27 ; le 28 au matin, le général Joffre s'est transporté au Quartier Général du général Lanrezac, à Marie, et il lui a donné, par écrit, l'ordre d'attaquer sans perdre une minute. L'objectif principal est la ligne Saint-Quentin-la Fère, puisqu'il s'agit d'abord de dégager l'armée anglaise et, en second Heu, de combiner l'action de la 3« armée avec celle du général Maunoury. Cependant, le général Lanrezac n'est pas sans inquiétude pour sa droite : il craint que l'armée Bi'ilow ne débouche un peu plus haut, sur l'Oise, vers Ribemont ou Guise. Il est donc convenu qu'il prendra ses dispositions pour se protéger fortement de ce côté.
Le général Joffre se transporte alors au Quartier Général du maréchal French : il a gardé, jusqu'à cette heure, l'espoir que l'armée britannique lui apportera un concours quelconque, ne fût-ce que par sa présence autour de la Fère. Mais le maréchal French ne peut que lui montrer ses troupes exténuées. Leur état exige au moins un jour de repos. Elles ne pourraient intervenir utilement que si les circonstances devenaient plus favorables.
Joffre s'incUne ; mais il ne change rien à ses ordres : car, s'il n'attaque pas, il est attaqué. Déjà, on a perdu la journée du 28, et les Allemands ont passé J'Oise au pont de Guise. Avec ou sans les Anglais, on marchera dès le lendemain 29, à l'aube.
28 l'aisxe pendant la grande guerre
La bataille du 29. — L'offensive sur Saint-Quentin. — La bataille de Guise Saint-Quentin se divise nettement, en deux parties : la bataille à gauche, en direction de Saint-Quentin, la bataille à droite, face à Guise-Étréaupont. Le sommet de l'angle que forment ces deux batailles, vise sensiblement Fontaine- Notre-Dame, c'est-à-dire les sources de la Somme à Fonsommes ; il s'agit, en fait, de franchir la crête et de rejeter l'armée de Bûlow dans Saint-Quentin, et sur la Somme ; ne pas oublier que l'armée du général Maunoury attaque l'armée von Kliick, ce même jour, plus bas sur la Somme, à Proyart.
La force d'attaque sur Saint-Quentin se composait des corps suivants : 1° à gauche, le 4» groupe des divisions de réserve sur l'Oise, entre Vendeuil-Sérylès-Mézières ; 2» au centre, le 18» corps, sur les pentes du Marlois (Villers-le-Sec-Parpeville) ; 3» à droite, le 3» corps, en face de Guise (Gourjumelles- Bertaignemont-le-Hérie) ; ce corps est à la tète de l'angle et relie la bataille pour Saint-Quentin à la bataille pour Guise.
Le 18° corps (général de Mas-Latrie, prend la pointe; il est appuyé, à droite, par le 3» corps (général Hache) et, à gauche, par le groupe des divisions de réserve (général Valabrègue).
Le 18° corps était à peu près intact, car il avait à peine donné à Charleroi, mais il était très fatigué en raison des difficultés de la marche en retraite. Pour une mission aussi difficile, la composition de la masse d'attaque de ce côté était un peu faible ; ajoutons que, dans les corps, on comptait encore, le 29 au matin, non seulement sur la présence, mais sur l'action d'une partie, au moins, de l'armée britannique, attaquant Saint-Quentin par le Sud.
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Le 18» corps, qui n"a pris nul repos de la nuit, s'ébranle à six heures, avec deux divisions en première ligne : la 36« division à gauche, direction Homblières; la 38 « division à droite, direction générale Marcy, par la cote 120 (N.-E. de Sissy). La 35» division, qui a été retardée dans sa marche vers Guise, comme nous l'avons dit ci-dessus, est en réserve et se portera sur la ligne du combat, selon les besoins, au fur et à mesure qu'elle arrivera : elle doit se rassembler à Parpeville,
Du haut de Villers-le-Sec, l'artillerie lourde seconde l'offensive et canonne au loin, de l'autre côté de la rivière, les villages occupés par l'ennemi.
En quelques minutes, les troupes des deux divisions de tète ont descendu dans la vallée: elles la traversent et abordent les hauteurs de la rive droite. A six heures trente, le 18" corps occupe les premiers objectifs assignés, les troupes grimpent les pentes de la rive droite en débouchant de Riberaont, Sissy, Chàtillon-sur-Oise, Séry-lès-Mézières et Mézières-sur-Oise ; elles tiennent admirablement leurs contacts.
A huit heures cinq, les objectifs indiqués pour le deuxième bond sont atteints. Toutes les hauteurs de la rive droite sont occupées. L'artillerie divisionnaire, avec ses batteries de 73, a suivi le mouvement et couronné ces mêmes hauteurs en prenant ses vues sur Saint-Quentin et la route de Guise.
En soutien, la 33° division arrive elle-même sur le terrain à neuf heures trente ; on voit ses bataillons compacts déboucher de Parpeville-Pleine-Selve pour caler toute la manœuvre.
Succès ! L'ennemi cède partout. Sur les plateaux, Itancourt, Neuville- Saint- Amand sont abordés.
L'aile gauche du 18» corps est à la ferme Lorival, juste à égale dislance de la route de Guise et de "la route de la Fère.
Mais, ici, les troupes ont une grande désillusion. On leur avait annoncé l'arrivée des forces britanniques. Elles les attendent des heures. Et rien ne se présente. La liaison de cavalerie s'est étendue vers la route de la Fère et n'a pas trouvé une patrouille britannique. « Les Anglais n'arrivent pas!... » Le colonel du 49» est sur cette position de Lorival, les yeux tournés vers l'Ouest, et il ne voit rien. Il n'est pas encore prévenu du grand changement qui vient de se produire dans les ordres.
Mais voici que le commandement traduit ce changement pour les divisions du 18» corps par une modification soudaine dans la manœuvre : au lieu de continuer à se porter vers le Nord pour couper la ligne de Guise, ces divisions s'étendront au Sud- Ouest, vers Urvillers, de façon à consolider l'offensive des divisions de réserve sur la route de la Fère. Car la mission des divisions de réserve est modifiée également : au lieu de se borner à soutenir le 18" corps, elles auront à procéder elles-mêmes à l'attaque sur Saint-Quentin.
Le 18» corps opère le mouvement de conversion à gauche qui lui est ordonné.
Offensive des divisions de réserve, le 29 avant midi. — Selon les premières instructions, le groupe des divisions de réserve n'avait pas un rôle de première ligne dès le début de la bataille. Dans la disposition en forme d'angle, adoptée par le commandement, ces divisions se présentaient en échelons refusés, à gauche du 18» corps, avec un triple
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objet : caler ce corps à l'Ouest, garder les liaisons avec l'armée britannique vers la Fère, protéger la route de la Fère à Saint-Quentin. L'action décisive des divisions de réserve, descendant de la côte de Surfontaine, ne devait se produire que comme coup demcissue final sur Saint-Quentin. On les ménageait pour cet objet.
Jusqu'à dix heures du matin, les divisions se reposent (sauf la brigade Journée qui revient de Guise et est accrochée à la défense des ponts). La 69» division de réserve (général Legros). occupant la droite, couvre le 18» corps contre toute attaque venant de gauche. Elle surveille, à cet effet, les ponts d'Hamégicourt. Mais, à neuf heures et demie, le général Valabrègue, qui commande le groupe, .est prévenu qu'il n'y a plus lieu d'attendre l'armée britannique et il reçoit l'ordre d'attaquer immédiatement Saint-Quentin par le Sud. Donc, le 4« groupe de divisions de réserve doit, avec toutes ses forces disponibles, franchir l'Oise, à son tour. Outre l'artillerie divisionnaire, il est appuyé par trois groupes d'artillerie lourde mis à sa disposition.
La brigade Néraud, de la 60» division de réserve (général Legros), passera l'Oise aux ponts d'Hamégicourt, Berthenicourt et se portera sur Urvillers pour tendre immédiatement la main au 18» corps sur llancourt. D'autre part, cette même division gardera ses communications avec la route de la Fère par Essigny-le-Grand. La 53» division de réserve opérera plus au Su-d et, après avoir franchi l'Oise, occupera la région Benay-Cerizy. Une brigade de la 69» division, la brigade Rousseau, passe l'Oise à Berthenicourt et se tient en réserve à la ferme Puisieux pour se porter, selon les besoins, soit au
Nord vers Urvillers-Itaiicourt en vue de soutenir la liaison avec le 18" corps, soit au Sud, vers Benay- Gerizy, pour protéger la route de la Fère.
Le général Legros, commandant la 69° division, prend la direction du mouvement. Se tenant fortement en liaison avec le 18« corps par Berthenicourt et Méziôres-sur-Oise, il débouche au delà de la rivière et marche sur Urvillers et Essigny-le-Grand. Il atteint Urvillers, puis Essigny-le-Grand. En liaison avec le 18° corps à Itancourt, il accomplit ainsi le mouvement d'encerclement sur Saint-Quentin : cinq kilomètres au plus séparent les premières lignes des faubourgs de la ville.
Mais von Biilow commence à réagir. Les troupes de son Yll" corps se défendent énergiquement sur Urvillers. Urvillers est perdu, puis repris. Le combat s'acharne en ce point. L'artillerie lourde allemande canonne les soldats du général Legros qui réclament, à leur tour, l'appui du canon. Bûlow sent un moment de fléchissement de la ligne ennemie. Il concentre sur Urvillers tous les feux de rartillerie dont il peut disposer. La position devient intenable.
Le général Valabrègue, en attendant que sa 53» division puisse intervenir, réclame l'appui du 18° corps sur sa droite : « Tout l'appui que vous pourrez me donnera Urvillers, fait-il dire au général do Mas-Latrie, consolidera les résultats à atteindre en commun par le 18° corps et le 4° groupe de divisions de réserve. » Et, en elTet, c'est à Urvillers que se trouve, maintenant la clef de Saint-Quentin.
Offensive du 3« corps avant midi. — Le 3° corps qui, dans la disposition en angle, venait un peu en