LA BATAILLE DE GUISE-SAINT-QUENTIX
Dès l'aube, le général Lanrezac s'estaperçu qu'il n'est plus entièrement maître de ses mouvements : tandis qu'il attaque sur Saint-Quentin, il est attaqué à la fois à l'Ouest de Guise, à Guise et à l'est de Guise. Son attention est, nécessairement retenue de ce côté.
Les deux corps allemands qui tentent ainsi de déplacer l'a.ve de la bataille sont répartis, à leur arrivée, sur toute la ligne de l'Oise : à droite, le X« corps (Macquigny-Guise-Flavigny) ; à gauche, la Garde (de Flavigny à Montceau-sur-Oise, Marly, Étréaupont). Grâce à sa tète de pont de Guise, l'ennemi, prenant l'initiative, attaque de front à partir des premières heures du jour.
Le général Lanrezac a compris le danger auquel l'expose la manœuvre ennemie : aussi, dès le 28 au soir, il a pris ses dispositions pour être en mesure d'exercer le cas échéant, une action décisive de ce côté. Il peut disposer d'un corps tout à fait intact, le 1" corps. Changeant Tordre de marche, il a glissé ce corps entre le 3» et le 10", de manière qu'il puisse, le cas échéant, frapper à droite ou frapper à gauche; en un mot, il a consolidé encore la forme angulaire qu'il a adoptée en s'inspirant des circonstances et de l'initiative de l'ennemi.
De telle sorte que, dans la nuit du 28 au 29, le i" corps, doublant le pas, est en train de s'intercaler juste en face du débouché de Guise, sur les pentes des plateaux ; l'opération demande quelque temps pour être exécutée; mais, à 9 heures 30, la 1" brigade et un groupe d'artillerie auront atteint Landifay et pris la liaison avec le 3* corps. Les autres éléments arrivent successivement : la 2" brigade et le 2» groupe d'artillerie divisionnaire à hauteur du
chemin de Faucouzy sur ia grande route transversale de Vervins à Guise; la 2" division, plus en arrière de quatre kilomètres, à Housset.
Par cette belle manœuvre, Lanrezac pare à tout événement : si une fissure se produisait entre les corps qui opèrent sur Saint-Quentin et ceux qui restent entre Guise et Vervins, on la comblerait par l'intervention du l" corps; sinon, le d«' corp§ renforcerait puissamment l'olfensive principale sur Saint-Quentin.
Combats du 10° corps et du !«■■ corps sur les pentes et la crête du plateau du Mariais. — Tandis que l'ennemi a franchi ou est en train de franchir les ponts de l'Oise de Macquigny à Étréaupont, trois corps de l'armée Lanrezac s'apprêtent à le recevoir ou même à descendre sur lui du haut du quadrilatère marlois.
La bataille s'est engagée très ardente, dès l'aube du 29. Aux dernières heures de la nuit, la nouvelle de la perte des ponts de Guise et de Flavigny s'élant confirmée, le 10» corps a reçu l'ordre de prendre son point de départ de Puisieux et de s'emparer, à la pointe du jour, du village d'Audigny qui commande les fonds d'Oise. La 20° division est chargée de cette mission ; la 19» division la soutiendra au sud de Colonfay, à cheval sur la route de Sains- Richaumont, tout en gardant les autres ponts de l'Oise à Romery, Montceau, Proisy.
La 38° brigade est en réserve du corps d'armée à Sains-Richaumont.
En même temps, la bataille se prolongeait, plus à droite encore, jusqu'à Vervins. Toute la route transversale au plateau était en feu.
Tandis que le 1" corps se prépare à intervenir au
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centre, la 40 division do cavalerie et la bU° division de réserve résistent autour de Vervins. De ce côté, cest-à-dire à son extréme-gauche, lennemi a franchi l'Oise; il débouche d'Etréaupont-Aulreppes pour tenter son mouvement tournant par tlaution vers la Vallée-aux-Bleds-Voulpaix. Mais la brigade de cuirassiers lui tombe sur le dos vers Voulpaix- Féronval, la brigade de dragons vers Haution-Féronval, la brigade légère demeurant en réserve à Fontaine-les- Vervins. Vers midi, la 51» division de réserve qui vient de Tavaux commence à arriver à Gercy ; elle s'engage sur le front Voharies-Gercy et prend en flanc les Allemands qui attaquent le 10" corps et déjà l'ennemi est refoulé au delà de la crête de Voulpaix et en direction del'Oiscquand, enfin, se déclenche, sur tout le front de bataille, la contre-attaque générale prévue et préparée par le commandement, exécutée parle général Franchet d'Esperey.
La bataille de Guise est à son tournant.
Le général Franchet d'Esperey s'est fait rendre compte de la situation. A la heures 30, il adresse, à toutes les forces dont il dispose, l'ordre de prendre l'offensive en encadrant le X» corps et en liant partie, à droite, avec la 4» division de cavalerie et la 51» division de réserve, à gauche avec le 3' corps, Le 10» corps tient toujours le carrefour de Sains- Richaumont. Il a repris du terrain à Lemé. La 4« division de cavalerie et la 51° division de réserve ont arrêté le débordement allemand par la droite (Voulpaix-la-Vallée-aux-Bleds-Féronval).
C'est la minute décisive ; l'ennemi est à bout de souffle ; nulle part il n'a pu enlever la crête du qua-
drilatère ; ne disposant que de deux corps, le, X» corps, entre Jonqueuse et Golonfay, et la Garde, entre Guise et Étréaupont sans cavalerie, sans réserves, déjà il est arrêté. Comment supporteraitil une puissante réaction soigneusement préparée et vigoureusement menée avec des troupes fraîches ?
A 15 heures 30, l'offensive générale se développe depuis Mont-d'Origny jusqu'à Vervins, c'està-dire sur toute la ligne tranversale du quadrilatère. Le général Hache à gauche, sur Mont-d'Origny-Jonqueuse, comme nous l'avons dit précédemment; puis, mêlées en quelque sorte aux divisions du 10» corps, les divisions et les brigades du l»'- corps : près du général Hache, en liaison avec lui, la 4» brigade (général Pétain) marchant sur Bertaignemont et la Ràperie, un peu en arrière toutefois ; au centre, la force principale du corps, la l" division, marchant d'abord sur la ferme la Bretagne et Le Hérie, et au delà sur Clanlieu et Audigny ; à droite, la 3» brigade partant de Housset et marchant sur Chevennes et Le Sourd. L'artillerie des corps fait feu de toutes ses pièces sur les pentes où se sont arrêtées les troupes allemandes épuisées.
Le 10» corps est resté, presque partout, sur le front de bataille. Le 13» hussards a couvert la gauche du corps d'armée vers Le Hérie-la-Viéville jusqu'à l'arrivée du 1<"' corps. Entre Housset et Chevennes se trouve la 40» brigade et une grande partie de la 39» brigade avec le 70» régiment: de l'extrémité est de Sains jusqu'à Voulpaix, la ligne reste formée par sept bataillons dont^e bataillon Boniteau qui n'a pas cédé un pouce de terrain depuis le début de la journée.
L'infanterie s'ébranle d'un seul mouvement, vers