LA BATAILLE DE GUISE-SAINT-QCENTIN
dix-sept heures, sur un front de 25 kilomètres. Le général Franchet d'Esperey est à l'ouest de Le Hérie et il progresse avec la brigade Sauret. Les troupes françaises descendent au pas de charge en demi-cercle et convergent vers Guise par toutes les pentes du plateau. Elles balaient l'ennemi. Jonqueuse est repris ; Bertaignemont est repris ; Puisieux, Glanlieu. Colonfay sont repris ; Richaumont est repris; l'ennemi est chassé de la crête, puis des pentes; il est rejeté dans les fonds d'Oise.
A la tombée de la nuit, l'ennemi battait en retraite partout, poursuivi par nos éléments les plus avancés jusqu'aux portes de Guise. Sauf un incident, auMont-d'Origny, bientôt réparé, le succès était général et tous les corps engagés y avaient eu leur part.
Journée du 30. — La journée du 29 se résume en deux mots : échec à gauche, succès à droite. On eut, dans la nuit, la confirmation que le corps de la Garde et le X» corps actif avaient repassé l'Oise ; on sut aussi, qu'après les terribles efforts de la journée du 29, — passage de l'Oise en avant du plateau du Marlois, alternatives du combat à Jonqueuse, Audigny, Sains-Richaumont, Lemé, Haution, Voulpaix, et, finalement, lutte désespérée contre la magistrale offensive de Franchet d'Esperey, — ces corps étaient dans l'impossibilité de soutenir, à eux seuls, le poids d'une nouvelle lutte.
D'autre part. Bûlow ne pouvait leur venir en aide. Sa course folle vers l'Ouest avait dévoré tous ses effectifs disponibles. Au dernier moment, avec une témérité inouïe, il avait dégarni absolument sa gauche. En enlevant le X» corps de réserve et le
corps de cavalerie du général de Richthofen, il avait fermé les yeux sur ce qui pouvait arriver de ce côté. Et il n'avait, d'autre part, aucun soutien à attendre de l'armée von Hausen ; car celle-ci était engagée et avait eu à soutenir les rudes combats de La Fosse-à-l'Eau et de Signy-l'Abbaye contre de L angle de Gary et elle était arrêtée à la coupure de l'Aisne.
Si la droite de l'armée française continuait son mouvement sur Guise, en manœuvrant, à droite, dans la région d'Etréaupont où elle avait pénétré, l'ennemi, déjà rejeté sur la rive Nord, était pris par ses communications, coupé sur ses derrières et menacé dun désastre.
Mais, à gauche, du côté de Sainl-Quentin-la-Fère, la situation était toute différente. Non seulement l'armée britannique n'avait pu prendre part à la bataille du 2'J, mais elle s'était retirée, abandonnant la région de la Fére, et elle avait décidé de se retirer plus loin encore, derrière l'Aisne, jusqu'à Soissons.
Ainsi la poche non seulement s'était créée, mais s'approfondissait d'heureen heure. Quanta la fissure entre les deux armées allemandes, elle était comblée. Si Bûlow avait beaucoup perdu en dégarnissant sa gauche, il avait beaucoup gagné en renforçant sa droite. La cavalerie de Richthofen avait pris part à la bataille sur la route de la Fère et envoyait déjà une avant-garde sur la route de Saint-Gobain ; le X» corps de réserve, malgré sa course formidable, se mettait, lui aussi, en mouvement et marchait sur la Fère, par Montescourt. En plus, von Klûck, appelé à l'aide, envoyait à Biilow tout ce dont il pouvait disposer.
LA BATAILLE DE GUISE-SAINT-QUENTIN *'o
Les chances étaient pour le moins égales et il paraît juste de dire que, tactiquement, elles penchaient en faveur de l'armée française, si elle poursuivait son succès le lendemain.
Joffre ordonne la retraite. — Mais d'autres considérations étaient à peser. L'armée Lanrezac restait en flèche ; à sa droite et à sa gauche, elle était découverte. Malgré la merveilleuse position tactique qu'elle occupait sur les piateau.x du Marlois, avec la tète de pont de Guise reconquise et le mouvement possible sur les derrières de l'armée Biilow entre Guise et Etréauponl, fallait-il la maintenir à tout prix sur cette ligne avancée pour la lancer à la recherche de résultats incertains quand, sur tout le reste du front, les armées française et alliée reprenaient l'exécution de l'Instruction générale du 25 août c'est-à-dire le repli jusqu'à l'Aisne,, et, s'il était nécessaire, jusqu'à la Marne ?
A cette question il n'y avait pas deux réponses : le bon sens, la sagesse imposaient la plus pénible, la plus douloureuse. Le général Joffre a dit, qu'en donnant l'ordre d'arracher la S» armée à la victoire de Guise, il avait éprouvé un des déchirements les plus profonds de sa carrière militaire. Etcela se comprend. Mais son opinion était conforme à celle du vainqueur de la journée de Guise, le général Lanrezac. Celui-ci sentait le danger : « La situation de la 5° armée devient plus périlleuse de minute en minute. Si elle reste, le 30 août, dans la région Vervins-Guise-Ribemont. découverte qu'elle est à gauche par suite du recul précipité des Anglais et à droite par le départ de la 4» armée, dont elle est séparée par un trou de 30 kilomètres surveillé seule-
ment par quelques escadrons, elle devra faire face à l'Ouest, au Nord et à l'Est. »
La retraite fut donc décidée. La situation tactique la conseillait, la conception stratégique l'imposait. L'heure de l'offensive générale n'était pas sonnée.
La résolution en était prise au Grand Quartier Général et les ordres dictés par le général Joffre, dès la nuit du 29 au 30. Le général Lanrezac fut confirmé dans ces dispositions par un message du 30 août au matin.
La bataille de Guis&-Saint-Quentin avait d'abord refoulé l'ennemi, puis elle l'avait arrêté, enfin en lui faisant sentir le poids de l'initiative française elle ne lui avait permis de passer qu'au prix des plus lourds sacrifices. Au lendemain de la bataille de Guise, le chef de la II" armée, von Bùlow, crie au secours et, à cet appel, von Kluck est obligé d'abandonner sa marche sur Paris; il commence son fameux raccourcissement vers l'Est qui est l'origine de la bataille de la Marne.
Ainsi s'affirme l'importance de la bataille de Guise. Elle est le premier acte du grand drame militaire qui, par la volonté de Joffre, allait s'ouvrir.