‹ L'Aisne pendant la Grande GuerreChapitre 19 sur 31 · DANS LA BATAILLE · texte numérisé non relu

DANS LA BATAILLE

De là-bas, à huit ou dix kilomètres, la trombe monte avec un hurlement, elle traverse les airs en giclant, touche le sol et le creuse d'un choc lourd : un boum, un trou, quelques éclats et puis le silence : « Une marmite ! » disent les soldats, et ils tournent à peine la tête. Ils riraient plutôt de cette fureur canonnante. Un champ de betteraves a subi, pendant tout un après-midi, la vaine rafale. Répand-on cette semence pour que nous récoltions, contre eux, une moisson de fer?

Dans un calme parfait les soldats français gardent cette ligne qui protège la France ; alternativement, ils vont faire la relève dans les tranchées; une foule d'héroïsmes inconnus se succèdent là. On les gnore, ils s'ignorent eux-mêmes. Les braves gens ! Ils sont si sûrs de la victoire qu'ils n'ont plus de nerfs; l'ordre qui les jettera sur les lignes canonnantes, ils savent qu'il viendra, et ils l'attendent dans une parfaite sérénité.

B. — Le Chemin des Dames.

(octobre 1914).

Le Chemin des Dames relie Anisy-le-Château à l'ouest à Craonne, par Hurtebise, à l'est.

La ferme d'Hurtebise offre un exemple poignant de la vie historique de ces contrées : elle est vouée à la désolation et à la gloire. En 1814, elle assistait à la victoire remportée par Napoléon ; l'Empereur s'assit, le jour de la bataille, sous les tilleuls sécuaires de la « Mutte au Vent » qui ombrageaient le portail de la ferme.

Hurtebise, son nom lindique, est exposée à tous

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les vents, dans un pli de lenain que l'ait le plateau de Graonne, quand il se creuse pour unir la Vallée- Foulon tournée vers l'Aisne à la vallée de l'Ailette qui ouvre le chemin de Laon.

Les ruines puissantes de l'abbaye de Vauclerc, bâtie par saint Bernard, détruite par la Révolution, sont à ses pieds. En face, sur une autre extrémité du promontoire, se voyait encore, il y a quelques mois, une vieille ferme mérovingienne, citée dans un récit d'Eginhard, contemporain de Gharlemagne ; elle s'appelle La Tour de Paissy ; un colombier, une « tour » aux fondations antiques, la signale à toute la vallée.

Le Chemin des Dames longe les champs de la ferme; et, au point culminant, un vieil orme, un « Sully », surveille le plateau. On dit que l'Empereur, quittant le moulin de Graonne, à l'heure où les armées ennemies battaient en retraite, s'avança jusqu'à « l'arbre de Paissy ». La route des Dames, comme les très vieux chemins, suit les crêtes.

En prenant la déclive du coteau, on gagne la vallée de l'Aisne par le chemin que suivit Jeanne d'Arc et qui s'appelle encore « le chemin des Romains ». Un dolmen érige son énigme séculaire sur la terrasse naturelle d'où on aperçoit Soupir et, au loin, Vailly. Quand Jeanne d'Arc prit cette route, elle allait à Vailly avec Gharles VII pour recevoir les clefs de la ville de Laon.

On se bat à Vailly, on se bat à Vauclerc, on se bat à cette extrémité de la route des Dames que les « communiqués » appellent « le plateau de Californie ». Vauclerc et Vailly sont les deux seuils du massif de Graonne. La vallée de l'Ailette le contourne, et, par Anisy, mène à Laon, d'une part, et, d'autre part, à Goucy-le-Chàteau,

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