‹ L'Aisne pendant la Grande GuerreChapitre 3 sur 31 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

Le programme de la restauration se résume en quelques idées directrices :

!• Agir, non pas de loin, mais de près, — sur les lieux ;

2» Assurer le paiement rapide sinon des iyidemnités, du moins des avances permettant de les escompter;

Z" Inaugurer un régime agricole et industriel adapté à ces terribles circonstances, et le suivre dans ses applications avec le concours des populations et de leurs élus.

En un mot : autorité, argent, travail.

1» L'autorité doit être sur les lieu.''. Il est iinpossible de continuer à tout subordonner à l'action de Paris. M. Lebureau est, de son naturel, tardigrade ; il est discuteur, disputeur, chicaneur, chipoteur, et, comme disait mon pauvre ami Revoit, « conlrepiédiste ». Nos vieilles administrations suffisaient, peutêtre, au temps où les choses allaient d'elles-mêmes. Mais leur routine offre une résistance invincible quand il s'agit des temps de crise, quand il faut tout renouveler, hommes et choses.

Avec juste raison, on a désigné un Commissaire général pour l'Alsace-Lorraine . Situation exceptionnelle, pouvoir d'exception. De même pour l'immense entreprise de restauration de nos vays libérés. Les organismes anciens sont insuffisants. Ils manquent de hardiesse et de force. Créons un pouvoir d'action sur les lieux. Il aura toujours les yeux assez tournés vers Paris. Ne craignons pas une décentralisatioti qui aura tant besoin du centre.

2° Une autorité, quelle qu'elle soit, ne peut abor-

rfe?" une œuvre et obtenir des résultais que si elle dispose de ressources. Ces ressources, il ne peut être question de les réclamer d'un pays ruiné de fond en comble : elles doivent venir du dehors.

D'abord, il faut les obtenir de ceux qui ont voulu et accompli de tels forfaits. Les Allemands reconnaissent qu'ils ont, à ce sujet, un devoir -immédiat. Ils s'engagent à relever ce qu'ils ont détruit. On discute sur la quotité des iiidemnités et sur les modalités du paiement. Admettons que l'on ne discutera plus longtemps. Cependant, nos populations meurtries ne peuvent pas attendre.

Cette année est perdue pour elles. Perdront-elles encore l'année prochaine ? De délai en délai, jusques à quand prolongerez-vous leur agonie ?

C'est tout de suite qu'il faut de l'argent, ou du moins ce qui le remplace — le crédit.

On avait commencé. Quelques avances avaient été faites à 7ios agriculteurs. Et, soudain, tout s'est arrêté. Pourquoi ? Les discours de M. Ribot et de M. Klotz ont exposé les embarras financiers de l'Etat. Mais, ici, il ne s'agit pas précisément de l'Etat. Les particuliers, les communes, les départements, les syndicats, tous nos groupements sont prêts à souscrire des emprunts pour leur compte. On ne prête pas seulement à la ricliesse, on prête aussi au travail.

Le travail est le meilleur de tous les débiteurs. Adressez-vous directement q. lui : il paiera.

J'ai voulu en avoir le cœur net et j'ai abordé ce sujet auprès de hautes personnalités américaines. En deux mots, j'ai dit : « Prêtez SOO francs ou 1.000 francs à lai jardinier de la France du Nord pour acheter ses outils et mettre en culture son jar-

din. Il est bonne paye. Ayez confiance en lui. » On m'a répondu : « Prenez garde! Des combinaisons particulières entraveraient le fonctionnement futur des grandes opérations de crédit public ». — Peut-être. Mais le crédit public, ce n'est pas lui qui travaille, ce n'est pas lui qui produit. La meilleure façon de consolider le crédit de l'État, c'est encore d'assurer le travail et la prospérité des citoyens.

Je n'avais pas à insister. On veut avoir a/faire à quelqu'un et non à une poussière anonyme. Donc, créez un pouvoir spécial qui soit ce quelqu'un. Si la France qui se refait avait un chef, ce chef aurait (sans nuire au crédit de l'État) un crédit immense.

S" Il aurait du crédit, parce qu'il se présenterait avec une méthode, des idées, des vues d'avenir.

En un mot, l'autorité trouverait des ressources si elle avait un programme.

Eîi ce moment, personne ne sait où, l'on va. Or, le Français déteste l'obscurité dans les mots et dans les choses : « Ce qui n'est pas clair, n'est pas français. )> Dans ce pays, quand la tâche est bien préparée et distribuée, tout le inonde s'y met ; mais quand le doute et la confusion régnent dans l'esprit, ils gagnent le cœur, et tout s'arrête.

Nos villes sont détruites; nos campagnes sont incultes.

Il faut donc unprogramme urbain et un programme rural.

Sur le programme urbain, je ne dirai qu'un mot aujourd'hui : des hommes d'intelligence et de dévouement travaillent, je le sais, à le tracer. Bientôt,

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