‹ L'Aisne pendant la Grande GuerreChapitre 4 sur 31 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

nous verrons leurs conceptions se dévoiler. Le public en sera saisi ; il jugera.

Autour de ces nœuds et de ces carrefours industi'iels qui furent., dans le Nord, la gloire de notre France, des agglomérations d'un caractère nouveau sont prévues. Voies ferrées, voies fluviales, routes, tramways, gares, garages, usines, ateliers, logements ouvriers, hygiène publique, confort populaire, enseignement, tourisme, tliéâtres, tout sera repris sur de nouvelles bases. Les villes de cette future nouvelle France pourraient devenir des modèles... à l'américaine et à la française.

J'indiquerai, du m,oins, ce que les hommes les plus compétents et les plus autorisés disent de la restauration rurale. Mon vénéré président et ami, Jules Méline, dans son beau livre : Le Salut par la terre, envisage la situation de nos pays dévastés, et il conseille de commencer par une réfection de la carte agricole et par le « remembrement », c'est-à-dire le regroupement des parcelles, permettant l'emploi des tracteurs et des machines sur de plus larges espaces :

« Ce problème du remembrement, dit-il, apparaît, de plus en plus, comme le problème capital et la condition première de notre reconstitution agricole; il est comme le nœud de toutes les autres, et Vinteyisification de la production agricole dépend, en grande partie, de sa solution. Le morcellement des exploitalions tend à devenir un véritable fléau... Il y avait un intérêt urgent à refaire la carte agricole de nos communes en procédant au remembrement général... Cette réforme capitale, indispensable, vient heureusement d'aboutir ; le Parlement, sur la proposition du D' Chauveau, qui a déployé une si énergique

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persévérance pour la solution du double problème de la machine et du remembrement, a voté, le 27 novembre 1918, une loi qui en assure la réalisation. Cette loi, applicable à Vensemble de la France, a été accompagnée d'autres mesures prises dans l'intérêt de nos malheureux départements envahis. Il importe au plus haut degré que le remembi-ement réussisse dans nos malheureuses régions dévastées, si l'on veut entraîner le reste de la France. C'est de là que devra partir l'étincelle qui gagnera tout le pays. Quand on verra, dans les autres départements, les merveilleux résultats obtenus dans nos départements actuellement si malheureux, on voudra partout les imiter ; et c'est ainsi qu'insensiblement se reconstituera la carte agricole de la France, en même temps que la valeur du sol se relèvera comme par enchantement. »

Ce que le président Méline dit du remembrement, appliquez-le à toutes les branches du travail rural. Engrais, semences, main-d'œuvre, transports, marchés, tout se tient. Ces admirables pays frontières qui ont tant souffert pour la France se relèveront, une fois de plus, pour la sauver encore.

Autorité, crédit, travail, tels sont les trois sommets du triangle lumineux qui s'inscrira sur les murs de l'histoire pour maintenir, à la France de la paix, l'éclat incomparable acquis à la France de la guerre.

Après les dévastations des guerres de religion et de la Ligue, Sully releva le royaume de Henri IV en ayant toujours sur les lèvres sa fameuse devise « Pâturage et labourage so7it les deux mamelles de

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la France ». Après les guerres de Richelieu contre la maison d'Autriche, Colbert refit la France en reprenant en sous-œuvre, par les métiers et les cor" parutions, toute l'organisation économique du pays. Le baron Louis fit de même, après 1815, pour l'organisation financière ; et, après 1870, la République de Thiers et de Gambetta rouvrit, par une sage administration, les sources, un instant taries, de notre prospérité nationale.

En France, les grandes détresses ont toujours eu d'admirables lendemains. Doit-il en être autrement aujourd'hui ? La victoire ne crée-t-elle pas la confiance, et la confiance, étant la mère du crédit, n'estelle pas l'ouvrière des grandes œuvres ?

L Allemagne se remet au travail. Elle n'a rien perdu de son activité ambitieuse. Ayant manqué la victoire militaire, elle nous menace d'une défaite économique. Elle a détruit dans ce but nos provinces les plus riches et les plus actives. Déjouons son odieux calcul. Opposons-lui une frontière de labeur, de richesse et de fidélité.

Gabriel Ha.notacx, de l'Académie française.

Juin 1919.

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