‹ L'Aisne pendant la Grande GuerreChapitre 5 sur 31 · CHAPITRE PREMIER GÉOGRAPHIE MILITAIRE DE L AISNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER GÉOGRAPHIE MILITAIRE DE L AISNE

La Bataille de l'Aisne est engagée depuis le 12 septembre 1914.

Je voudrais essayer d'expliquer, — à l'aide de la géographie et à l'aide de l'histoire, — comment cette bataille est le nœud formidable de la guerre actuelle, comment elle relie la défense du Nord à la défense de l'Est, comment elle est, non pas seulement une bataille, mais toute une campagne, la campagne de France.

La rivière d'Aisne est, en effet, l'articulation qui rattache les provinces orientales aux provinces septentrionales. Paris étant couvert par ces provinces, le problème de la défense de Paris est là : le joint de notre histoire est là.

Etant né dans ces régions, ayant ma maison sur les falaises de l'Aisne, ayant, depuis ma plus tendre enfance, arpenté le pays, en promeneur, en chasseur, en voyageur, en parent, en candidat, en historien, je l'aime chèrement, et, par tous les fils de ma vie, je suis attaché à son sol et à son àme.

G. Hanotaus. 1

Je voudrais donc conduire le lecteur sur la ter rasse de mon jardin', à 150 mètres d'altitude audessus de la rivière, ayant sous les yeux le magnifique spectacle de la vallée avec ses villages riants, ses pentes fleuries, ses routes et ses sentes dévalant vers les bois, la ligne majestueuse de l'autre coteau s 'étendant sur l'horizon, avec la rivière ellemême incrustée dans la verdure comme une lame d'argent, avec tout ce qu'il y a de gaieté et de lumière dans un paysage de l'Ile-de-France ; et, de là-tiaut, je vais essayer d'expliquer comment cette terre s'est animée, s'est peuplée, s'est défendue, s'est enrichie, s'est ornée pour devenir ce qu'elle est et ce qu'elle défend à la fois, c'est-à-dire l'une des parties les plus belles et les plus aimables de notre France .

Si l'on vient de la mer du Nord et de la Belgique vers Paris, on avance, comme l'indique la carte, par une grasse et riche plaine infiniment étendue et plate, qui paraît comme une continuation de la mer elle-même. Cette plaine ne prend fin que quand elle e h eurte, en quelque sorte, au pied de la colline de Laon. Les habitants de Laon affirment que, du haut de la flèche de leur cathédrale, avant qu'elle ne fût abattue, on voyait, au-dessus des immenses guérets plats, apparaître, dans la brume, l'église de Gassel en Flandre.

Faites le mouvement inverse : allez de Paris vers la mer du Nord et vers la Belgique; vous remarquerez que la rivière d'Aisne fait comme une barre qui coupe la route, de Soissons à Rethel. A partir de

1. Pargnan, près de Beaurieux, canton de Craonne, en terrasse sui- la vallée de l'Aisne.

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