GEOGRAPHIE MILITAIUK DE L AISNE
Rethel, l'Aisne fait un coude, de telle sorte, qu'accourant des provinces de l'F.st et de la Lorraine, ou, du moins, du Barrois, elle vient, à travers l'Ile-de- France et la Picardie, se rattacher à l'Oise, presque à la Normandie.
Entre la montagne de Laon et les bords de l'Aisne, s'élève un massif d'une altitude moyenne de 150 à 200 mètres qui s'allonge des hauteurs de Soissons au versant de Craonne, accessible de Reims et de l'Aisne par Berry-au-Bac, butté à l'est vers Tracyle-Mont et qui se décompose, lui-même, en deux massifs, séparés l'un de l'autre par le cours d'une rivière parallèle à l'Aisne, l'Ailette. Et ce massif est traversé, du nord au sud, par un couloir qui donne accès de Paris en Flandre et de Flandre à Paris : c'est le couloir de Soissons.
Ce massif commande donc, d'une part, la route de l'Est, la route de Reims ; d'autre part, la route de Soissons, la route du Nord.
Il est dominé, dans sa partie occidentale, par un donjon qui est le plus beau et le plus puissant monument militaire- que l'art fran(,ais et peut-être l'art universel ait élevé, le donjon de Goucy-le-Chàteau.
Tout cela va s'expliquer et s'animer par la connaissance de Ihistoire et par la contemplation, inflment plus éloquente, de ce qui se passe depuis le début de la guerre.
Pour expliquer les choses en quelques mots, et à l'aide d'une indication géologique très rapide, je rappellerai simplement que la base initiale de toute la construction terrestre dans cette région, c'est la constitution, antérieure à tout, du massif de l'Ardenne. L'Ardenne est, à proprement parler, le sque-
lette. C'est une vieille montagne très ancienne, très usée ; composée de formations ignées, elle apparaît, au début des âges, comme une masse volcanique surgissant au-dessus des eaux. La mer recouvrait ses flancs à la hauteur même où se trouvent maintenant les plateaux de l'Aisne. Les eaux, en se retirant lentement, ont laissé, sur les pentes du massif d'Ardenne, d'une part, les calcaires de l'Aisne et, d'autre part, les argiles et les limons des Flandres. L'Ardenne réunit et sépare, à la fois, la Belgique et la France. L'Ardenne, c'est la borne ; à ses pieds, l'Aisne et l'Escaut, c'est-à-dire la Picardie et les Flandres, sont les chemins.
La physionomie des deux paysages diffère du tout au tout, selon qu'elle est tournée vers la mer du Nord ou vers l'Océan, selon qu'il s'agit des bassins de l'Escaut ou de la Somme, d'une part, ou des bassins de l'Aisne, de l'Oise et de la Seine, d'autre part.
Le hasard de ma vie m'a fait connaître profondément ces deux pays adossés en quelque sorte. Je suis né à Beaurevoir en Cambrésis, à la source même de l'Escaut; j'habite près de Beaurieux en France, sur les collines de l'Aisne.
D'une part, le climat est froid, le ciel immense est gris, rayé par les lignes parallèles des nuages que le vent du Nord accumule et déverse en pluies incessantes sur le sol détrempé pendant de longs mois. On voit, dans les vieux almanachs, ces figures de ciel dessinées par une seule ligne d'horizon d'où monte un vol de corbeaux. Gomme ce pays, avec ses neiges, ses vents ronflant sur les plateaux, la moiteur pénétrante des longs hivers humides, parut rude à mon enfance ! Les maisons sont de briques et d'ardoises : elles s'agglomèrent en épais villages