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PRICHTINA. — FEMMES MUSULMANES DANS LA RUE

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D'USKUB A PRICHTINA

« Pourquoi ne voulez-vous pas voir les hommes ? » La réponse est toujours la même : « Cela nous serait très indifférent, mais c'est défendu ; c'est défendu et, si nous transgressons cette défense, nous craignons la vengeance de Dieu sur nos enfants. » Aussitôt nubiles, les femmes se voilent, et ici avec une extrême rigueur; cette sévérité s'atténue un peu dans la campagne, fort peu du reste ; mais, en ville, c'est-à-dire dans ce grand village, une femme qui laisserait deviner sa figure ou son corps occasionnerait un scandale épouvantable. Le musulman de l'intérieur est dominé par deux sentiments à l'égard de sa femme : il en est férocement jaloux et il la méprise comme un être inférieur ; il n'a pas de considération pour elle ; il lui fait faire les travaux pénibles de la maison et des champs ; c'est une domestique ; mais, en même temps, il a peur que cette chose ne demeure pas pleinement à lui, et il la met à l'abri de tous les regards ; la séquestration est le moyen commode d'assurer la domination absolue du musulman des classes populaires sur sa femme.

Non loin de Prichtina, à une heure en voiture, s'élève le vieux monastère serbe de Gradtchanitza. L'église est une des merveilles de l'art serbe ancien et la plus vieille de toute la région après Detchani ; je suis loin de penser, chemin faisant, que, peu de temps après mon passage, on célébrera ici même en grande pompe, en octobre 1912, la reconquête serbe,

comme dans le plus illustre sanctuaire historique de Vieille-Serbie.

Accompagnés de cawas du consulat, nous allons le visiter ; au lieu de prendre la voie droite, nous dessinons des s sur la plaine ; sur ma demande, on m'explique que ces huttes, que j'aperçois à 1 kilomètre environ, sont un village d'Albanais; il convient de l'éviter; passera côtéserait dangereux et pourrait sembler une provocation ; sur la piste que nous suivons, nous en croisons quelques-uns isolés ; tous ont leurs fusils et leurs armes ; quand ils approchent, la conversation s'arrête, on s'observe et on passe. Cette vie campagnarde est presque une vie de camp, en tout cas une existence sur le qui-vive et toujours en alerte ; au loin, je vois un village ; il est entouré de fortifications rudimentaires, mais cependant soigneusement clos; dans un cercle de plusieurs centaines de mètres autour du village, les terres sont cultivées ; puis la culture s'arrête ; le sol reste en friche ; un peu plus loin la terre recommence à être cultivée ; voici, en effet, un autre village, serbe, celui-là, et également fortifié. Nous approchons de l'abbaye ; tout autour, une large zone en friche, sorte de zone neutre, la sépare des villages lointains ; puis une clôture de bois avec fossé lui sert de fortification ; à l'entrée, des gens de l'abbaye, toujours aux aguets, nous annoncent, et voici l'archimandrite Miron Gyorgyevics qui s'avance.

C'est un homme majestueux dans sa grande robe

D'USKUB A PRICHTINA

noire, sur laquelle pend une large croix d'argent ; le front découvert, la coiffure de pope posée sur des cheveux longs, la barbe grise étalée, la figure belle et tranquille, il a de l'allure et contraste singulièrement avec trois moines qu'on va chercher pour me faire honneur ; ceux-là manquent de tenue autant qu'on peut le souhaiter : l'un jeune, l'autre vieux, le troisième entre deux âges, ils ont la tenue de pauvres ères et semblent effarés de ce qui leur arrive.

Le couvent est un peu délabré ; les moines y sont une dizaine; l'ordre et la règle ne s'y sentent guère; l'archimandrite m'offre quelque alcool et des cigarettes, puis il me fait visiter son église. Celle-ci est vraiment très curieuse, et son architecture la classe parmiles plus antiques. La tradition veutqu'aucune, si ce n'est Detchani, que je visiterai plus tard, ne lui cède en ancienneté dans tout le pays. Mais l'intérieur est misérable ; il donne une impression étrange de solitude et d'inhabité ; il y a des intérieurs de sanctuaires qui ont une vie ; ici c'est la mort ; de très vieilles fresques s'y devinent, mais il y fait une telle obscurité qu'il faudrait un éclairage et des échelles pour les bien voir.

Ces couvents sont bien moins des demeures de prière que des lieux de retraite, de refuge et de secours ; ils sont généralement situés dans des sites pittoresques, près d'eaux claires et de bois touffus ; pendant les jours de chaleur, on y va comme nous à la mer ou à la montagne ; c'est le lieu de repos.

Quand le pays traverse des heures critiques, quand on se défend et arme des bandes contre les Albanais, c'est dans les monastères que ces bandes trouvent le secours, l'argent, l'asile et la retraite ; le couvent est le sanctuaire de la nationalité, et le dehors religieux est un manteau qui voile l'action politique; d'ailleurs la plupart reçoivent des subventions, les Serbes du Gouvernement serbe, les Bulgares du Gouvernement bulgare, les Grecs du Gouvernement grec, et même Detchani, dit-on, du Gouvernement russe.

Ici, malgré la chaleur d'août, les bois proches entretiennent une agréable fraîcheur ; le petit peuple des cultivateurs et domestiques du couvent va et vient; c'est le moment des récoltes ; là-bas un cheval bat le blé, en tournant en rond et en piétinant les épis murs ; ici, on rentre des fourrages ; mais voici les premiers bestiaux qui reviennent. Il se fait tard ; il faut regagner Prichtina.

Au retour, on me montre la métropole ; c'est en effet à Prichtina que se trouve la résidence du métropolitain serbe. L'ancien patriarche demeurait à Ipek ; la métropole a eu ensuite son siège à Prizrend ; mais, devant l'invasion albanaise, on l'a transportée au cœur de la Vieille-Serbie, à Prichtina, le métropolite gardant cependant toujours le titre de Prizrend.

A Uskub, les Serbes ont aussi leur évê que, et ils réclament la possession de deux autres sièges, celui de Velès ou Kuprulu, aujourd'hui occupé par un

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