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PRICHTINA. LE MARCHE AUX FRUITS

PRICIITINA. UN CARREFOUR.

L'AI lianu- incoiiniii'.

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Bulgare, et celui de Dibra, détenu actuellement par un orthodoxe grec.

Mais les Serbes avaient déjà assez à faire pour se maintenir sur leurs positions, et Prichtina était leur dernière redoute. C'est là seulement qu'ils ont obtenu sans conteste un siège de député ; celui de Kalkandlem, qu'ils possèdent aussi, est le paiement d'une entente entre eux et les Albanais de cette région contre les Bulgares : les Albanais ont soutenu les Serbes à Kalkandlem et les Serbes ont voté à Tachlitza, dans le vilayet de Monastir, pour un officier albanais, Vasfî bey, contre un Bulgare. Sans doute, il convient d'être prudent sur les indications que donnaient les élections : on sait que, si le droit de suffrage était reconnu à tout individu âgé de vingtcinq ans, il ne s'exerçait qu'à deux degrés ; dès lors, sur les délégués élus par le peuple, le Gouvernement et le Comité jeune-turc pouvaient exercer une action d'autant plus efficace qu'elle était plus limitée. Toutefois, la Porte, qui ne redoutait pas beaucoup les Serbes, ne leur était pas violemment hostile et, à leur égard, le résultat des élections approchait de la vérité.

Nous traversons les ruelles de Prichtina ; nous croisons des musulmanes à la. robe et au voile noirs, portant parfois un petit enfant tout en blanc ; elles vont respirer l'air rafraîchi par l'approche de la nuit prochaine ; en me voyant arriver, elles s'écartent et penchent leur ombrelle noire pour que je ne puisse

rien distinguer d'elles. Sur les cailloux pointus des rues, nous marchons aussi vite que possible, pour fuir la chaleur de ces murs blancs percés de minuscules fenêtres ; au coin d'une rue, on me montre la voiture de luxe du pays, celle qu'emploient les riches pour transporter leur maisonnée ; on y est assis à la turque sur des planches recouvertes de tapis ; un châssis fermé, percé dedeuxlarges échancrures, sert à donner de l'air et à permettre de prendre place à l'intérieur ; des ressorts font tout le prix de ce char que traînent deux chevaux.

Du bazar nous passons au marché aux odeurs multiples : la lumière tout à tour y éclate ou est cachée par des planches mal jointes ; au marché aux fruits, un mauvais hangar couvert ici de tuile, là de chaume, là de bois, court autour d'une place quadrangulaire ; marchands agenouillés ou assis à la turque, coiffés du fez rouge ou de la coiffe blanche, des Albanais restent immobiles derrière leur tas de fruits, étalés à même le sol ; ce sont des pommes surtout, des melons et des pastèques, que l'on offre pour quelques sous ; bruni sous le soleil, attendant sans impatience l'acheteur, s'il doit venir, ne marr quant nul empressement à lui vendre, le marchand passe son temps, qui ne compte pas, à regarder son tas de pommes, à échanger quelques mots avec les voisins et passants et à attendre que l'on ferme le marché pour pouvoir dormir.

Je croise une femme serbe avec sa petite fille, à

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l'entrée de la porte de leur pauvre jardin enfermé dans ses murs en terre battue. La mère est assez jolie, si je la compare à toutes celles que j'ai vues ici : le visage fin, les cheveux plats séparés par une raie et nattés, une coiffe blanche sur le haut de la tête, la blouse de linge brodé, un grand tablier blanc qui l'enserre, le jupon à rayures de couleur formant pantalon et resserré à la cheville, les pieds nus dans des sandales, elle n'a pas mauvaise allure dans ce costume de travail. Elle se laisse photographier gentiment sans grimace et s'étonne que ce soit déjà fait.

Par la chaussée inégale nous regagnons le consulat et nous nous installons sur le balcon ; c'est l'heure où, par la grande rue de Prichtina, passent gens et bêtes de retour du travail ; les chèvres rentrent les premières ; puis les troupeaux de moutons sont poussés et harcelés par chiens et petits pâtres ; enfin, lourdement, les buffles regagnent l'étable ; avec et après ce défilé, les paysans reviennent, portant leurs outils ; tout est mis, chaque soir, à l'abri des fortifications du village ; pendant ce temps, le soir tombe ; au consulat et devant le han, des lanternes brillent ; les derniers passants se hâtent ; les portes du village et les maisons se ferment ; c'est la nuit ; maintenant, rien ne bouge, personnen'oseplus sortir ; la ville est comme endormie ; la lune se lève et éclaire de sa lumière astrale le minaret qui, au bout de la rue, jette sa pointe blanche.

C'est tout près de Prichtina que s'est joué le sort de l'empire serbe de Douchan ; c'est là qu'il a péri, écrasé sous les coups des Turcs, conduits par le sultan Mourad, le victorieux. De Prichtina on y peut aller en une heure environ et de là regagner la gare en le même temps ; le terrain est un peu mouvementé ; de-ci, de-là, on devine comme des tertres ; le sol n'y est pas cultivé, et mon voiturier prétend que des soldats y ont été enfouis jadis ; sur le faîte d'un des plis de terrain, d'où l'on domine tout le pays, on a placé un mausolée et plusieurs tombes : ici côte à côte ont été enterrés les deux porte-drapeau des deux armées, victimes de leur vaillance à une large pierre tombale surmontée de deux colonnes inégales signale le sépulcre de Rifaat Pacha, le grand vizir du sultan Mourad ; quant à celui-ci, on lai a élevé un monument; c'est un bâtiment carré surmonté d'une coupole et précédé d'un portique ; à l'intérieur, tout est nu ; une enveloppe de bois cache le tombeau et un simple linge brodé est étendu sur une partie du bois. Le vieux Turc qui garde le tombeau et nous a fait entrer paraît peu satisfait de faire visiter ses reliques à un chrétien curieux, et, s'il accepte un léger bachisch, c'est d'un air mal content qu'il bredouille quelques mots de remerciement. Ainsi, pour consacrer leur triomphe et le rappeler, les Turcs ont voulu ensevelir sur le lieu même la dépouille de Mourad le victorieux et de son

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grand-vizir ; les corps de ceux-ci ont, en quelque sorte, pris possession de la terre qu'ils ont conquise.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

D'Uskub à Prichtina, un train par jour fait le trajet en une matinée (de sept heures du matin à midi). La ville est à plus d'une heure en voiture de la gare. Le han est inhabitable. En une journée on peut se faire conduire à l'abbaye serbe de Gradchanitza (deux heures de voiture) et au tombeau du sultan Mourad.

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