MITROVITZA. BATAILLE D'INDIGÈNES
L'Albauie inconnut
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MITROVITZA
avec lui 1 400 hommes et trois batteries ; avec cette petite troupe, il a parcouru la plaine de Diakovo et la région d'Ipek, brûlé les koulé des chefs, — ces sortes de châteaux-forts aux murs de 60 à 80 centimètres d'épaisseur et ne prenant jour que par de minuscules fenêtres et des meurtrières ; il a laissé des postes de côté et d'autre, et son nom est devenu la terreur des Albanais ; son action contraste singulièrement avec le laisser-faire antérieur, et Djavid Pacha sait bien que ce n'est qu'un essai. Les koulé vont se reconstruire, les Albanais se grouper, et il faudra recommencer : mais Djavid Pacha y compte, si la situation extérieure de la Turquie lui en laisse le loisir ; et, jeune, vif, l'allure guerrière, l'éclair de joie aux yeux, il conclut : « Partez vite, car je compte faire encore une petite visite à MM. les Albanais, sans doute cet automne. »
Au bazar et au marché, je fais, pour la route, des achats de linge, de boîtes de conserves, de melons et pastèques, de pains, etc., sans oublier la poudre insecticide, bien insuffisante, hélas! Le propriétaire du han me fait cuire des poulets étiques ; dans des sacs que mon drogman confectionne, nous enfouissons le tout, prêt à être chargé le lendemain.
Le marché est très animé, et le soir les ruelles sont pleines d'une foule disparate au possible : les Serbes et les Turcs y coudoient les Albanais ; les Bosniaques musulmans, fuyant la Bosnie autrichienne,
y trouvent un refuge, en attendant que le Gouvernement les installe sur des terres voisines, aux alentours, en effet, le pays est cultivé aujourd'hui par les races les plus diverses ; le vieux fonds de paysans serbes subsiste, et ceux-ci servent généralement de fermiers ou de métayers à des beys ou à de grands propriétaires turcs ; à Mitrovitza, le plus grand propriétaire est un Turc, Fuad Pacha, si je ne me trompe ; la récolte se divise entre lui et ses métayers, à ce qu'on me dit, sur la base d'un tiers à son profit et de deux tiers au bénéfice des paysans. A côté de ces grandes propriétés et des villages de fermiers, se trouvent aussi beaucoup de petites propriétés ; ce sont tantôt les domaines de cultivateurs albanais indépendants qui, descendus de la montagne, les ont acquis ou pris et les travaillent pour leur propre compte, tantôt des villages de musulmans bosniaques, que l'on a installés sur des terres en friche. Dans cette partie de la Vieille- Serbie, le chrétien serbe était ainsi, à la veille des victoires serbes, refoulé de deux côtés par l'Albanais au Sud et le Bosniaque à l'Ouest.
L'élément étranger est aussi représenté à Mitrovitza et, notamment, par les deux consulats de Russie et d'Autriche, les seuls qui y aient leur résidence. Le consulat autrichien, où je dîne le soir, est une demeure confortable, sans doute la plus élégante du pays et le meilleur centre d'information. Le Consul est alors M. Rudnay. Le Gouvernement
MITROVITZA
de Vienne place dans ces postes d'observation ses meilleurs agents, et il ne lésine pas sur la dépense : la politique des informateurs balkaniques a toujours été en honneur au Ballplatz, et on ne saurait lui en faire un reproche. Le poste peut n'être pas sans danger. On se rappelle qu'il y a quelques années un musulman fanatique, outré de l'établissement d'un étranger à Mitrovitza, étendit raide mort le consul de Russie.
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Mitrovitza est à une heure et demie de chemin de fer de Prichtina. C'est un centre de passagers, qui contient de nombreux « han » ; ils sont d'une malpropreté effroyable ; le marché est assez bien approvisionné. On loue ici des voitures jusqu'à Prizrend ; on peut en avoir pour 15 medjidié environ (le medjidié égale 4 fr. 50) par voiture. Une promenade du côté des montagnes du sandjack permet de voir la ville et le pays.