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IPEK. LE MARCHE

L'Albanie incom

l'I. '.), l'a-,- (il).

DE MITROVITZA A IPEK

de cartouches, il porte une sorte de gilet rayé, avec revers de broderie d'or laissant apercevoir le haut d'une chemise de flanelle ; la calotte blanche posée sur le sommet de la tête, dégageant des cheveux divisés par une raie que vient de faire sa mère, un ruban passé autour du cou et soutenant quelque amulette, complètent le costume, qui est vraiment seyant. Les hommes remplacent, en général, le gilet d'étoffe par un boléro brodé d'or ou en simple tissu qui s'ouvre largement sur la chemise blanche. Mais la toute petite calotte de feutre blanc est de rigueur et constitue vraiment la coiffure nationale des Albanais ; quelquefois, elle s'élargit et forme une demisphère au lieu d'un cône ; mais c'est assez rare ; pourtant, en traversant le marché d'Ipek, quelques instants après, plusieurs personnes, et notamment des enfants, portent des coiffures ayant cette forme. Il faut avouer que, pour nos yeux d'Occidentaux, elle termine une silhouette d'une façon un peu imprévue ; mais on s'y habitue très vite, et l'on finit même par la trouver beaucoup plus plaisante que le fez rouge.

En sortant de chez Zenel bey, je vais rendre visite à un autre notable albanais ; ils sont ici trois ou quatre riches commerçants, Elias Aga, Djelo Effendi, Jifco Effendi, qui ne sont point pacha, ni bey, mais qui ont acquis dans des industries diverses une grosse fortune. Le plus considérable de tous est Elias Aga ; au lieu d'être un simple « effendi », un

« monsieur », c'est un « aga » ou propriétaire ; le titre est intraduisible, mais est à égale distance de « monsieur » et de « seigneur » ; celui-là a acquis sa fortune dans les farines ; c'est lui qui moud dans des moulins aménagés mécaniquement tout le blé (il y en a peu) et le maïs du pays. Il est absent de son domicile et loin d'Ipek en ce moment. Mais sans doute flatté de la visite d'un étranger, son fils vient me la rendre aussitôt, et, en guise de présent, m'apporte un mouchoir de soie filée chez lui ; il me fait mille compliments et souhaits de bienvenue, me répète que lui, son père, sa famille sont très sensibles à l'honneur que je leur ai fait ; il voudrait que je retourne chez eux et vienne y prendre mon repas le soir ; mais j'ai annoncé déjà mon arrivée au couvent de Detchani, et je dois décliner son invitation. Il part en ne tarissant pas de vœux et de saluts, et c'est sous ces auspices, plus heureux qu'à l'arrivée, que je quitte Ipek la mystérieuse.

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Il faut partir de Mitrovitza en voiture à cinq heures du matin, en s' arrêtant seulement deux heures en route, on n'arrive qu'à cinq heures du soir ; la deuxième partie de la route est très pénible à cause de la poussière dans une plaine broussailleuse.

A Ipek, on doit être recommandé à un habitant qui vous loge ; le monastère de Saint-Sava, à une demi-heure d'Ipek, peut vous accueillir. C'est une très jolie promenade, comme d'ailleurs tous les environs d'Ipek. Il est bon d'avoir des lettres de recomman dation pour toutes les villes à partir d'Ipek.

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