DE DIAKOVO A PRIZREND. LE PONT SUR LE EVENIK
L'Albanie inconnut
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D'IPEK A PRIZREND
cien. Quoi qu'il en soit, même germée prématurément dans des cerveaux imaginatifs, l'idée est assez ingénieuse et montre chez les Albanais un souci d'aménagement économique de leur pays par leur propre force et dans leur intérêt de race.
Vers trois heures du soir, je quitte Diakovo, et ma voiture court sur une vaste plaine poussiéreuse qui s'étend jusqu'au pont sur l'Evenik (ou Erenik), que nous traversons. C'est un pont d'un kilomètre peut-être, terrible à passer ; les pierres sont si peu taillées qu'on marche sur des pointes de cailloux ; mes souvarys préfèrent passer à gué, mais avec grande précaution, car, dans le lointain, nous avons entendu des coups de feu et aperçu un groupe d'Albanais assis à l'ombre de leurs chevaux et semblant se concerter ; je fais armer les fusils, mais inutilement : nous continuons notre route sans encombre.
Mon voiturier s'est trompé dans son horaire ; il faut six heures de marche forcée pour atteindre Prizrend, et quand nous y arrivons, la nuit tombe déjà. C'est jour de grand marché et, pendant les deux dernières heures de mon voyage, je croise sur la route au moins trois ou quatre cents paysans, presque tous Albanais, hommes et enfants surtout, dont un bon quart sont armés. Le désarmement est donc bien loin d'être complet, même dans la plaine, comme on me l'affirmait ; fusil sur l'épaule, cartouchières autour du corps, pistolet et poignard passé
dans la large ceinture qui les entoure de l'estomac aux cuisses, ils marchent d'un pas élastique et rapide ; la plupart vont à pied ; quelques montures les suivent chargées de provisions et d'achats de toute sorte ; tous me regardent, mais avec une curiosité atténuée. Prizrend, où j'arrive, connaît de longue date les étrangers et compte même en permanence deux consulats. La nuit est complète, quand ma voiture s'arrête devant le consulat de Russie, au terme de la première partie de mon voyage.
RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
Une voiture met trois heures et demie à franchir la distance de Ipek à Detchani. L'étranger présenté est très bien reçu à Detchani ; le couvent est riche, bien tenu et l'hospitalité s'en ressent. Il faut s'y arrêter un jour.
Diakovo est à trois heures et demie de voiture de Detchani ; la ville ne présente aucune ressource ; il vaut mieux ne pas y demeurer et repartir si l'on peut le jour même pour Prizrend.