‹ L'Albanie inconnueChapitre 4 sur 49 · XI · texte numérisé non relu

XI

PRÉFACE

Ces questions se pressent à la lecture d'un livre d'un intérêt si passionnant, et ce livre, lui-même, aidera à les résoudre. Il arrive à son heure, puisqu'il révèle à l'Europe la plus attardée de ses provinces au moment précis où elle devient la plus jeune de ses nations.

Gabriel Hanotaux.

INTRODUCTION

De 1908 à 1913, V Albanie a joué le premier rôle dans la question d'Orient : en 1908, c'est elle qui a décidé de la chute de l'ancien régime ; depuis 1909, c'est elle qui a été la pierre d'achoppement du régime jeune-turc; en août 1912, le triomphe des Albanais victorieux entrant à Uskub a sonné le glas de la domination de la Sublime Porte en Macédoine ; quand, en octobre 1912. les armées des Alliés balkaniques sont entrées en Turquie, ils sont entrés dans une Turquie anarchique, je veux dire dans une Macédoine où les autorités, depuis quelques mois, avaient été en fait annihilées et parfois chassées par les Albanais ; enfin la question albanaise est le plus grave problème qui reste à résoudre après le rejet des Turcs à Constantinople et en Asie-Mineure.

Le pays et les hommes qui ont joué un rôle si important dans noire histoire d'hier, d'aujourd'hui et de demain, sont cependant des inconnus. Quelques voyageurs ont parcouru les abords de la région, soit en Adriatique, soit en Macédoine; presque aucun n'y a pénétré, et nul n'y a passé depuis mon voyage.

(xiii )

INTRODUCTION

Celui-ci date de deux années; mais, malgré sadate, ce témoignage reste le plus récent et, comme il est presque unique sur quelques points, je le livre au public. J'ai indiqué les événements nouveaux qui se sont passés depuis 1910 et dont V authenticité est certaine : ils sont en petit nombre, les faits étant presque toujours défigurés, quand leur écho dépasse les limites de ce pays et même quand il y demeure. Le lecteur trouvera avant tout dans ces pages la transcription de ce que j'ai entendu, la reproduction de ce que j'ai vu et les impressions qu'a produites sur moi un contact prolongé avec les choses et les gens d'Albanie.

L'Albanie recule ses limites jusqu'à Uskub ; les Albanais assignent à leur pays comme frontière du nord la Serbie et le cours du Vardar. Uskub est à la fois une de leurs citadelles avancées et une de leurs métropoles. Cette prétention des Arnaules me conduit à choisir ce lieu comme point de départ de mon voyage ; j'y arrive au début d'août; quelques années avant, à la fin d'un automne froid et boueux, je suis demeuré dans celle ville, sans désirer y prolonger un séjour peu agréable. Mais j'eus, à ce moment, des entretiens avec un homme qui est au fait des questions albanaises et que je retrouve ici ; de ces conversations me vint l'idée d'entreprendre un voyage de reconnaissance dans cette Albanie difficile d'abord et mystérieuse de sentiments, qui subsiste comme une survi-

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