LAC DE SCUTARI. AU LARGE DE VIR-BAZAR
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SCUTARI ET SES ENVIRONS
leurs ombrelles blanches ou noires ; le vent parfois assez violent qui règne sur le lac pendant la journée tombe, et le soleil bientôt disparaît derrière les montagnes de .la rive occidentale ; cette côte de Scutari à Vir-Bazar, à l'autre extrémité du lac, est abrupte et dénudée ; les montagnes présentent des éboulements descendant jusqu'à la rive et des à-pics fréquents ; aussi, d'un bout à l'autre, n'aperçoit-on que deux ou trois villages non loin de Scutari, dont le principal, Skja, semble disparaître sous la masse du Mali Krajs, dont les pentes entièrement dénudées projettent leurs cailloutis jusqu'au bord de l'eau ; peu après, passe la ligne frontière ; on devine ensuite quelques maisons de-ci, de-là ; c'est la région monténégrine entre le lac et la côte d'Antivari à Dulcigno ; cette partie du Monténégro a été cédée par la Turquie en 1878 et contient encore un certain nombre d'Albanais, dont les villages sont cachés aux replis intérieurs des montagnes.
La rive orientale du lac offre un contraste frappant avec la rive occidentale ; elle est si plate et si marécageuse que l'on distingue mal du large où finit l'eau et où commence la terre ; à vrai dire, le bas-fond, dont une partie est remplie d'eau, s'étend sans rides jusqu'aux montagnes de la Malicia, dont les hauteurs dressent à 2 000 mètres et plus leurs sommets neigeux, et dont le massif tourmenté était un des suprêmes refuges des Albanais contre les atteintes des Turcs. Du lac en promenade, on cher-
che avec des jumelles à apercevoir les troupes régulières qui sont en expédition dans ces régions pour punir les gens de Ghako et leurs amis ; mais cette forteresse naturelle semble inexpugnable, et, lorsqu'on songe qu'elle s'adosse au massif monténégrin, sans que les Turcs puissent empêcher le passage de l'une à l'autre, on comprend mieux encore ce qu'était la force de résistance des Albanais. La plus grande partie de la côte orientale était turque, la frontière traversant le lac suivant une ligne nord-sud, et il fallait parvenir jusqu'au petit port de Plavniça pour se trouver en territoire monténégrin. Le lac n'est pas seulement pour Scutari une parure et un lieu de promenade, c'est la plus importante de ses voies d'accès.
Pour parvenir de Scutari et de l'Albanie du Nord à l'Adriatique, on a le choix entre trois routes. Deux d'entre elles, les plus fréquentées et les plus commodes, empruntent dans toute sa longueur le lac. On sait que celui-ci a une quarantaine de kilomètres sur 12 de large ; les petits bateaux de la compagnie d'Antivari effectuent la traversée en quatre heures environ. Le service assez médiocre est rendu difficile par l'absence complète de port ; les eaux sont si peu profondes que le bateau doit rester au large ; de grandes barques à fond plat, les londra, amènent de Scutari les passagers et les mar-
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chandises, qu'il faut ainsi transborder. A Vir-Bazar il en est de même : le Danitza, sur lequel je fais cette traversée, est, paraît-il, un des meilleurs navires assurant ce service ; en vue de Vir-Bazar, il stoppe à 2 kilomètres de la rive ; le petit golfe, près duquel est construite la ville, s'étend devant nos yeux dominé par l'ancienne citadelle et entouré d'un cirque de montagnes entièrement pelées ; nous devinons une barcasse qui se dirige de la terre au navire ; en plein lac un vieux bateau est amarré et sert de ponton : le Daniiza y accoste et débarque gens et marchandises ; plusieurs barques arrivent ; des officiers monténégrins aux uniformes éclatants et des gens du pays rallient le Danitza, qui va continuer sa route vers la rivière de Rieka. Une barcasse très large et très plate emmène les passagers qui débarquent à Vir-Bazar ; elle est si chargée que tous restent debout, et les bateliers la manœuvrent à la perche ; il n'y a pas plus de lm.50 d'eau et moins encore quand on approche de la rive. Il en est d'ailleurs de même sur la rive occidentale. Certains services de bateaux, au lieu d'être directs de Scutari à Vir-Bazar, font escale à Plavniça ; c'est un petit village bâti près de l'embouchure de la rivière du même nom, qui n'a d'autre importance que d'être sur le lac la tête de ligne de la route qui conduit à Podgoriça. Le navire s'arrête aussi à quelques centaines de mètres de la rive très basse et marécageuse.
A Vir-Bazar, on peut choisir la route d'Antivari ou celle de Gettigné et de Gattaro ; la première est sans aucun doute la route commerciale ; mais la seconde est très fréquentée par les voyageurs : ceux-ci, qui vont souvent à Trieste ou à Fiume, ou en viennent, empruntent les paquebots du Lloyd autrichien ; ils s'arrêtent au dernier port de commerce autrichien sur l'Adriatique, Gattaro, au lieu de pousser jusqu'à Antivari ; au contraire, les personnes venant d'Italie utilisent les services de la Puglia, et la ligne directe Bari- Antivari les mène à la ligne ferrée italienne Antivari- Vir-Bazar.
D'ailleurs, le simple aspect du petit train à voie étroite qui court de Vir-Bazar à Antivari montre que les voyageurs y sont plus rares que les marchandises : le parcours, d'une trentaine de kilomètres, est suivi chaque jour par un seul train dans chaque sens ; ce train grimpe et redescend la chaîne de montagnes côtières à la vitesse réduite de 10 kilomètres à l'heure et se compose de marchandises, un seul vagon étant réservé aux voyageurs des différentes classes. La ligne a été ouverte, il y a deux ans, par la Compagnie d'Antivari, société italienne, qui possède également le service des bateaux du lac. De Vir-Bazar à l'Adriatique, la distance est d'une dizaine de kilomètres, et on peut y parvenir assez facilement en franchissant des hauteurs de 700 mètres environ ; mais le Monténégro cherche à s'émanciper économiquement de l'Au-