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LAC DE SCUTARI. EMBARQUEMENT EN PLEIN LAC

l.'Alliaïui- inconnue.

PL 2b, Page 156.

SCUTARI ET SES ENVIRONS

triche, et il a confié ses intérêts aux Italiens ; il a voulu que sa ligne aboutisse sur l'Adriatique en territoire monténégrin et, dès lors, celle-ci a dû s'infléchir vers le sud, suivre la frontière austro-monténégrine, franchir un seuil de 1 160 mètres d'altitude et gagner la côte à Pristan, au golfe d'Antivari, le premier port après la frontière. C'est ainsi que cette ligne escalade par des méandres infinis la barrière rocheuse à l'endroit le plus élevé de la région et épouse les contours de la route antérieure à la voie ferrée. Le voyage gagne en pittoresque autant qu'en longueur : le pays proche est aride, sans villages, et malgré les oliviers et les pins, presque dénudé ; mais la vision des cirques rocheux de montagnes que couronnent parfois les ruines de forts ou de koulé, l'aspect du massif énorme, cahotique et blanchâtre, de l'Albanie et du Monténégro surmontant à pic la surface éclairée du lac, le panorama grandiose de la baie et de la mer Adriatique, dont les eaux, d'un bleu profond, baignent une côte tortueuse ou les notes vertes et sombres alternent avec les notes blanches, composent, pour le passant, un spectacle de grandeur et de clarté intense.

Antivari est déjà et deviendra de plus en plus un centre italien, placé à la limite de la frontière autrichienne, comme pour barrer une expansion future. C'est une baie naturelle protégée contre les vents du sud, mais dont la côte un peu marécageuse était inhabitée ; la ville d'Antivari est à 7 ou 8 kilo-

mètres de là, au flanc de la montagne. Les Italiens ont obtenu la concession du port ; la Compagnie d'Antivari y construit des môles, des bassins et des quais ; aucun n'est terminé, et le navire ne peut encore aborder ; mais la construction d'un des môles paraît assez avancée (1) ; la Compagnie a bâti de toutes pièces la ville de Pristan au port même ; les bâtiments administratifs, les habitations des ouvriers, dont beaucoup sont italiens, le consulat italien, à côté, d'ailleurs, du consulat autrichien, le siège de la Compagnie d'Antivari et la succursale de la Sociéia commerciale d'Orienté, forment, avec quelques maisons particulières et un hôtel qui se décore du nom de Grand Hôtel, les principaux éléments de la cité nouvelle. C'est une ville en formation, un port d'avenir, la voie commerciale vers le Monténégro et Scutari, aussi longtemps que d'autres voies n'auront pas été aménagées. C'est le centre d'expansion économique et d'influence italienne sur la côte albanaise et monténégrine (2).

(1) Depuis 1909, les travaux ont continué, et aujourd'hui les navires accostent à quai au grand môle extérieur.

(2) La Compagnie d'Antivari, qui a construit la ligne et le port et qui a la concession de la navigation du lac et de la régie monténégrine, est une société d'action économicopolitique soutenue par la Banque commerciale italienne et le Gouvernement royal ; comme Société, elle est peu prospère ; la ligne de 43 kilomètres, large de 75 centimètres, avec des pentes de 4 p. 100, n'est pas une brillante affaire; le port d'Antivari pourra prendre de l'essor ; il possède une jetée naturelle ; la pointe du golfe le met à l'abri des vents du sud ; une jetée artificielle, que l'on construit, la protégera

SCUTARI ET SES ENVIRONS

La seconde voie d'accès de Scutari vers l'Occident est, depuis la construction de ce port et de ce chemin de fer, réservée aux voyageurs. Le bateau, après l'escale au large de Vir-Bazar, continue sa route vers le nord et pénètre dans le golfe de Rieka, en laissant, à sa droite, la petite île toute plate de Lessender (1), dont l'ancienne citadelle turque a été transformée en fabrique de poudre, et la montagne de Vrania : celle-ci est célèbre au Monténégro ; c'est une pyramide presque parfaite, qui s'élève du lac à plus de 300 mètres d'altitude et qui porte l'illustre monastère monténégrin du même nom. Du côté de la terre, la Moraça, qui se jette en cet endroit, a poussé ses eaux au sud et au nord de la montagne ; de la sorte, celle-ci forme aujourd'hui une île dont les rives épousent les pentes du mont. Du golfe, le bateau passe, sans que le paysage se modifie beaucoup, à la rivière de Rieka ; le courant assez fort de celle-ci n'empêche pas que de nombreuses barques n'en remontent les eaux ; malgré l'été et la sécheresse, le chenal est à plein bord ; à chaque coude, la rive montagneuse, érodée par le fleuve, fait contraste avec la rive d'alluvions, qui

des vents du nord-est ; c'est une baie en eau profonde qu'aucun torrent ne vient ensabler, à la différence de Dulcigno, l'autre port monténégrin, qui n'est qu'une simple crique ensablée et sans protection. La Compagnie d'Antivari, qui n'est qu'au capital de 4 millions de k., ne demanderait pas mieux que de se faire racheter par une compagnie puissante.

(1) Ou Lessandra.

doit être inondée aux hautes eaux. A Rieka, le bateau accoste au débarcadère, et le service automobile ou une voiture particulière escalade la route de montagne qui conduit à Gettigné ; il faut presque trois heures pour franchir les 15 kilomètres qui séparent les deux villes, mais cette dernière est située à 650 mètres au-dessus de la première.

Aucune leçon de chose n'est comparable à celle qui ressort d'une excursion ainsi faite de Scutari à Cettigné. Voici deux peuples, l'un albanais, l'autre monténégrin, qui sont voisins autant par leurs mœurs, leur esprit d'indépendance, leur goût des armes, leurs aptitudes physiques que par leur habitat géographique et leurs montagnes semblables. L'un est aussi peu riche que l'autre, et leurs contrées ne diffèrent guère de fertilité. Or, aux abords de Scutari, ni routes, ni moyens de communication n'existent ; ceux que les Turcs ont établis jadis sont laissés sans entretien ; au Monténégro, dès Rieka, Vir-Bazar ou Plavniça, un réseau de routes fort convenables a été tracé, et la route de montagne, comme celle que je suis en ce moment vers Cettigné, est parfaitement établie : par des contours appropriés et d'ailleurs très pittoresques, elle escalade les rochers de calcaire blanc et dénudé de ce pays si improprement appelé Tsernagora ou montagne noire ; des chemins de fer auraient été très dispendieux à établir; le Gouvernement a eu l'initiative d'organiser un des premiers services réguliers d'auto-

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